CHAP. IX. L ÉTAT PUESE>'T DE 1/ HUMANITE
et avec les données d'une pliilosophie suffisamment compréhensive et scientifique. Quant à celle des Luthériens et des Jansénistes nous avons vu qu'elle est contraire à la philosophie de l'homme comme elle l'est à l'enseignement de l'Eglise. Elle fait Dieu injuste et cruel, ou elle rend l'Incarnation nécessaire .
Ainsi de tout côté nous nous heurtons à des faits certains, à des vérités qui s'imposent. Seule la solution catholique explique tout, seule elle se tient. Rappelons-la encore une fois pour en montrer le bien fondé et pour en indiquer quelques applications.
Elle est toute fondée sur la distinction entre l'ordre naturel et l'ordre surnaturel, entre les biens naturels ou exigés par la nature, et les biens surnaturels ou gratuits, auxquels la nature n'a nul droit.
Dieu pouvait ne pas créer lliomme ; mais s'il le créait, il lui devait ce sans quoi il ne saurait développer son être humain ni atteindre sa destinée d'homme • il lui devait les dons naturels. Mais Dieu n'a pas été avare de ses bienfaits pour le chef-d'œuvre de ses mains ; non seulement il les
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lui a jirodigucs dans la liyiie de sa nature ; il y a joint des dons qu'elle ne pouvait l'aisonnablement désirer, des dons même qu'elle pouvait à peine rêver ou soupçonner : ce sont les dons préterna- Inrels et surnaturels. Il pouvait ne pas nous appeler à cette destinée supérieure ; il pouvait fixer les conditions auxquelles nous aurions droit à ces privilèges ; nous les refuser, par conséquent, si ces conditions n'étaient pas remplies ; nous les rendre, si cela lui plaisait, et aux conditions qu'il lui plaisait.
Ce sont là les dons qu'Adam a perdus \)ar son péché, perdus pour nous en les perdant pour lui. Dieu pou\ait ne pas nous les rendre ; mais il a voulu vaincre le mal par le bien : il nous les a rendus surabondamment par Jésus-Cluist, avec certaines restrictions cependant et à certaines conditions.
On voil comment, avec celle distinction, tout se tient et tout s'explique : comment Dieu peut permettre notre ruine en Adam sans aucune injustice et nous condamner justement si nous ne voulons pas profiter de notre réparation en Jésus- Christ.
Alais cette distinction est-elle fondée, est-elle réelle ? Elle l'est. Nous en avons pour garant l'affirmation de l'Eglise, et le témoignage de notre raison. L'affirmation catholique ressort avec évidence
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de la condamnation des doctrines contraires dans Baïus,dans Quesnel, dansle Conciliabule de Pistoie. Il en ressort que ni la vision béatifique, ni la grâce, ni l'immortalité, ni l'exemption de douleur, ni l'absence de convoitise ne sont des choses dues à la nature innocente : ce sont dons gratuits, que Dieu pouvait ne pas nous faire en nous créant, sans lesquels il pouvait nous créer.
Celte doctrine, l'Eglise la portait vivante dans sa pensée, sans l'avoir encore affirmée solennellement ; il seniiDle même que sur cpielques points elle n'en eût pas encore, malgré les analyses des scolastiques, pris ime conscience pleine et distincte, au commencement du xv!*" siècle. C'est l'erreur ipii l'amena, comme il arrive souvent, à mieux déo:aser la vérité. C'est l'antithèse (fui la força de
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formuler plus nettement la ilièsc. La raison pliilosophiqne eut grande part à celte mise en relief de la vérité traditionnelle et c'est une des principales causes pour lesquelles les tenants de l'opinion opposée, depuis Luther jusqu'aux derniers des Jansénistes, ont montré tant d'horreur pour la scolastique.
JOO KATUnE ET SURNATUREL
On voit maintenant quelle réponse il faut faire à la question si souvent et si âprement disputée dans les derniers siècles. « Dieu pouvait-il créer l'homme dans l'état dépure nature? » Il le pouvait sans cesser d'être juste, bon et sage ; autrement l'ordre surnaturel ne serait plus gratuit.
Il est vrai, toute une école de théologie, celle des Augustiniens, a introduit ici des distinctions subtiles entre ce que Dieu peut faire de puissance absolue et ce qu'il peut faire de puissance ordonnée , entre ce a[u"A peut faire et ce qu'il lui convient de faire. Mais ces distinctions, quand on dissipe les confusions et les obscurités, ne servent qu'à voiler des idées fausses, et si elles ont servi à se séparer de Jansénius et de Baïus et à éviter les foudres de l'Eglise, il reste que ceux qui les employaient n'échappaient aux erreurs condamnées qu'en se soustrayant à la logique.
Ils disaient donc : Dieu, de puissance absolue, peut créer l'homme dans l'état de pure nature ; mais il ne le peut de puissance ordonnée. Ils entendaient par puissance absolue, la puissance, abstraction faite de la sagesse ou de la justice ou de la bonté, et par puissance ordonnée, la puissance