‹ Nature et surnaturelChapitre 47 sur 89 · CUAP. IX. L ETAT PRESE>T DE L HUMANITE OOI · texte numérisé non relu

CUAP. IX. L ETAT PRESE>T DE L HUMANITE OOI

en accord avec la sagesse, ]a justice et la bonté. Dire en ce sens que Dieu ne pouvait, de puissance ordonnée, créer l'homme dans l'état de pure nature, c'est dire qu'il ne le pouvait sans manquer à sa justice, à sa sagesse, à sa bonté ; c'est dire qu'il ne le pouvait pas (i).

Ils disaient encore : Dieu le pouvait ; mais il ne lui convenait pas de le faire. Ici encore il y a

(i) Saint Thomas et l'ensemble des Scolastiques ont aussi distingué en Dieu la puissance absolue et la puissance ordonnée, mais en un sens tout différent Pour eux, la puissance absolue de Dieu, ce n'est pas la puissance comme séparée de la sagesse, de la justice, de la bonté — cette séparation ne peut pas plus se concevoir qu'on ne peut concevoir Dieu injuste, imprudent, cruel — c'est la puissance considérée en dehors des libres décrets de la volonté divine ; la puissance ordonnée, ce nest pas la puissance d'pccord avec la sagesse, la justice, la bonté — m ce sens, la puissance de Dieu est nécessairement ordonnée — c'est la puissance dans son rapport avec les libres décrets de la volonté divine, liée en cjuelque sorte par ces décrets. Dieu pouvait décréter d'autres mondes que celui-ci ; mais le décret porté, il est irrévocable, car Dieu n'est pas comme lliomme, il ne change pas. Ainsi de puissance absolue. Dieu peut faire autre chose que ce qu'il fait (pourvu que cet autre cliose n'ait rien qui ne soit sage, juste, bon) ; de puissance ordonnée. Dieu ne peut faire c|ue ce qu'il fait, s'étant lié luimême, librement, irrévocablement, à ne faire que cela. Mais Dieu ne peut, de puissance absolue, damner un innocent, car Dieu ne peut èlre cruel.

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équivoque. Car il y a convenance et convenance. Si telle chose ne convient pas à Dieu parce que ce serait contre sa sagesse, ou sa bonté, ou sa justice, il ne peut la faire ; si elle ne lui convient pas, parce qu'il ne lui plaît pas de manifester parla dans tout son éclat quelqu'un de ses attributs, ou bien parce que telle façon d'agir répond moins bien à ce qu'il veut nous dire de lui-même, Dieu pouvait faire que ce qui ne lui convient pas lui convînt ; et donc les deux choix sont f?galement possibles. Les Augustiniens parlaient au sens absolu, et dès lors ils niaient que l'état de pure nature fût réellement possible. Quant à nous, nous voyons d'admirables convenances dans le plan que Dieu a choisi en fait, et nous tirerons parti de cette constatation. Mais cette convenance de ce qui est n'implique pas disconvenance de l'opposé, qui aurait pu être, et aurait dès lors convenu, quoique pour d'autres raisons.

Dieu pouvait donc créer l'homme dans l'état de pure nature. L'Eglise n'a rien dit sur ce point précis. Mais elle a parlé sur une question qui revient au même. Baïus soutenait que Dieu n'a pas pu créer l'homme tel qu'il naît présentement. L'Eglise l'a condamné. C'est nous dire que Dieu pouvait créer l'homme tel qu'il naît présentement.

Mais que faut-il entendre par là ? Que Dieu

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pouvait créer l'iioinme avec le péché originel, enfant de colère, ennemi de Dieu 1* Evidemment non. Mais qu'il pouvait le créer sans la grâce et la vie surnaturelle, sujet à la mort, à la douleur, à la convoitise. C'est là, en elTet^ notre état actuel, abstraction faite du péché d'Adam ; et c'est là ce que Baïus niait. Mais cet état, matériellement parlant et abstraction faite du péché d'Adam, c'est précisément l'état de pure nature.

« Mais, nous dit-on, la convoitise est un péché, selon saint Paul, c'est donc un mal moral. » Le Concile de Trente nous a déjà dit que péché ici ne doit pas s'entendre au sens strict ; il n'y a donc pas mal moral au sens plein et précis du mot.

« Mais on nous enseigne que l'homme ne peut, sans la grâce, éviter le péché mortel et observer toute la loi naturelle pendant longtemps. Qui ne se rappelle le fameux passage de saint Paul : Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas, etc. Rom., vin, i5, sq.

« On nous enseigne encore que l'humanité, j^rise en bloc, ne saurait sans la révélation arriver à la somme de vérité religieuse et morale nécessaire

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pour mener une vie vraiment humaine, une vie d'animal raisonnable et religieux. C'est la doctrine expresse du Concile du Vatican. Ne faut-il pas conclure de ces deux faits indéniables, ou que la grâce et la révélation sont nécessaires, ou que Dieu ne pouvait pas créer l'homme dans l'état présent, ou du moins que, s'il le pouvait, on ne saurait plus juger de la justice, de la sagesse et de la bonté divines d'après nos petites lumières et nos petites idées, et que, par conséquent, les raisons tirées de ce chef ne valent pas contre Baïus, Jansénius et leurs adhérents, ou, si elles valent contre eux, valent aussi contre nous ? »

Il faut admettre les deux vérités qu'on nom oppose; mais non les conclusions qu'on en veut tirer. Il y a, en elTet, une distinction à faire qui repose sur un fait incontestable.

La Providence actuelle — j'entends par là l'ensemble des moyens préparés par Dieu pour nous mener à notre fm — cette Providence est d'ordre surnaturel, comme l'état mémo où nous sommes et la fin oîi nous tendons. La grâce et la révélation sont des moyens spéciaux adaptés à cet ordre de Providence.

Mais, dans l'ordre naturel, il y aurait une Providence naturelle, et donc des moyens adaptés a. cet ordre, comme la grâce et la révélation le sont à l'ordre présent. Par quels moyens cette Providence

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naturelle suppléerait-elle à nos insuffisances, par quelles voles nous mènerait-elle à la fin natinelle qui serait alors notre fin ? Nous ne saurions le dire. Mais il y aurait des secours proportionnés aux besoins et aux exig;ences de noire nature : ces secours seraient naturels.

Aux faits objectés nous pouvons donc répondre : Oui, la grâce et la révélation sont nécessaires, mais dans l'état actuel, qui est un état surnaturel ; oui, mais à défaut d'une Providence naturelle propre à l'état de pure nature, et que, dans l'économie présente, supplée avec infiniment d'axantage la Providence surnaturelle. Dans l'état naturel, il y aurait des moyens providentiels proportionnés qui suffiraient, sans la grâce et la révélation surnaturelle, à nous mener fortement et suavement à notre fin naturelle.

« Mais, nous dit-on enfin, avec cette doctrine vous sapez par la base toute l'apologétique de Pascal, esquissée déjà par saint Augustin, et regardée par bien des modernes comme la seule valable. Si Dieu pouvait créer l'homme tel qu'il naît présentement, c'est-à-dire sans aucun don surnaturel, on ne peut plus conclure, en regardant et en étudiant l'homme, ni qu'il y a eu péché originel et rédemption, ni que le surnaturel s'impose comme un postulat qui seul explique les faits que nous constatons, et que le surnaturel seul est ce sur-

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croît nécessaire, sans lequel notre nature impuissante et diminuée ne saurait aller au boni d'ellemême ni de ses aspirations, »

Cette objcclion soulève des questions délicates et complexes, et nous ne pouvons la résoudre sans des explications qui feront l'objet du cbapitro suivant.

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