‹ Nature et surnaturelChapitre 48 sur 89 · LA CONSTATATION DU SURNATLUEL · texte numérisé non relu

LA CONSTATATION DU SURNATLUEL

Dans nos études précédentes, nous avons admis l'existence du surnaturel, sur la foi de l'Ecriture sainte et de l'enseignement traditionnel. Mais comment savons-nous que l'Ecriture dit vrai^ que l'Eglise ne nous trompe pas, que le surnaturel existe ? Un païen peut croire aussi à ses dieux et à leurs merveilleuses interventions dans sa A'ie et dans riiistoire de sa tribu. Il se trompe : qui nous prouve que nous avons raison !* Cette preuve a sa place dans l'enseignement de notre religion : les traités d'apologétique font ce que l'on est convenu d'appeler la démonstration chrétienne ; les conférenciers la font dans les chaires de nos grandes églises, et depuis quelques années ce sujet a été abordé mainte fois, même par des laïcs dans des conférences, dans des articles de revue, dans des

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livres môme, dont quelques-uns ont eu un grand retentissement.

Mon intention n'est pas de refaire ici cette démonstration, ni de prouver l'existence du surnaturel. Mais il est de notre sujet d'indiquer comment on peut le connaître et le constater, d'esquisser rapidement une théorie de la connaissance du surnaturel, et de jeter un coup d'œil sur les méthodes par lesquelles on essaye d'en prouver l'existence.

Il y a eu, en ces derniers temps, de longues et vives discussions entre catholiques à ce sujet : la question des méthodes apologétiques a passionné nos penseurs et nos écrivains ; on a heaucoup écrit notamment pour ou contre la méthode d'immanence, qui, si elle est reçue, fait entrer la démonstration chrétienne dans une voie chère à la pensée moderne, fait reprendre contact avec les esprits les plus distingués en allant à leur rencontre sur leur propre terrain, et peut avoir prise sur eux par l'emploi des procédés qui leur sont familiers et dont ils admettent la valeur. Mais la question est précisément s'il faut la recevoir, si elle a une valeur intrinsèque et objective, et, à supposer qu'on réponde oui, si elle se suffît, ou quelle part il convient de lui faire. Nous ne pouvous nous désintéresser de ces graves discussions, et ceux qui sont au courant verront qu'il en est

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tenu compte clans notre rapide esquisse. Nous n'y entrerons pas cependant à fond ; car notre sujet ne le comporte pas. C'est assez si nous arrivons à donner ici une idée assez nette de la façon dont nous connaissons le surnaturel, et de la voie à suivre pour en constater l'existence.

Nous sommes, par rapport au surnaturel, dans la même condition que les prisonniers dans la caverne de Platon : nous ne le voyons pas directement et en lui-même, mais unicjuement dans ses effets spirituels ou sensibles, dans ses manifestations et ses reflets sur notre monde, nous pouvons dire, dans l'ombre qu'il projette ça et là sur les objets proportionnes de nos connaissances. Quoi d'étonnant, puisque nous ne voyons intuitivement aucun objet spirituel, ni Dieu, ni les Anges, ni même notre âme? Et si le surnaturel n'écliappait au regard de notre esprit comme objet spirituel, il y échapperait comme surnaturel, comme hors de proportion avec les facultés naturelles de tout être créé : le démon pourrait voir notre âme sans y voir la lumière divine de la grâce, qui lui donne une beauté incomparable. Nous ne pouvons donc

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voir le suriialurel directement et en lui-même. Pour nous expliquer comment nous pouvons le connaître dans ses effets et ses manifestations de façon à être sûrs qu'il existe, passons en revue les diverses espèces de surnaturel.

Il y a d'abord les substances surnaturelles, soit Strictement surnaturelles, comme Dieu, soit surnatiu'clles par rapport à nous, comme les Anges. Ces substances nous sont inaccessibles en ellesmêmes ; nous pouvons seulement deviner leur présence ou leur action dans les effets qu'elles produisent soit en nous, soit hors de nous : en nous, par leur action sur noire corps ou sur nos facultés sensibles ou spirituelles ; hors de nous, par des effets sensibles, qui frappent la vue ou l'ouïe, ou quelque autre de nos sens.

Il y a ensuite les accidents surnaturels, comme la grâce sanctifiante, les vertus et autres dons, comme les actes surnaturels que nous faisons avec la grâce et le concours spécial de Dieu, comme certains effets surnaturels produits en nous ou hors de nous par Dieu ou par ses Anges. Le problème revient à ceci : Comment connaissons-nous les accidents ou effets surnaturels soit en nous, soit hors de nous ?

Voyons d'abord les faits, et posons les principes ; nous ferons ensuite l'application à la religion et aux méthodes apologétiques.

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Le surnaturel hors de nous ne nous devient objet de connaissance que sous forme d'etlet surnaturel sensible. Tout pourrait se ramener au miracle ; mais il est utile de distinguer miracle et révélation.

Le miracle est un fait sensiljle au-dessus des forces naturelles, exigeant par conséquent l'intervention d'une cause surnaturelle (i). Le fait peut être connu, comme tout autre fait sensible, soit directement, si l'on y assiste, soit indirectement, par des témoins dignes de foi. Les Juifs ont >u Lazare mort ; ils ont entendu Jésus crier : Lazare, sors du tombeau ; ils ont vu Lazare sortir du tombeau, marcher, manger comme les autres vivants. Nous, nous savons cela par des témoins dignes de foi. Saul ébloui, terrassé sur le chemin de Damas a vu Jésus ressuscité; il a entendu sa Aoix ; il donne sa propre conversion comme preuve de ce qu'il avance ; nous, nous savons, à n'en pouvoir douter, que saint Paul s'est converti. D'autre part, on a vu Saul terrassé, aveugle, devenu chrétien ; il a raconté le fait comme il s'est passé pour lui, et nous savons qu'il est un témoin digne de foi. Des malades guéris, des morts ressuscites, des

(i) Il . y a des miracles qui ne sont jias sensibles, par exemple, la transsubstantiation ; mais comme ils ne nous sont pas connus en eux-mêmes, nous n'avons pas à nous ne occuper ici.

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foules nourries avec quelques pains et quelques poissons, Jésus mort et Jésus qui se montre vivant : ce sont là des faits qui se constatent comme les autresfaits. Qu'ils soient extraordinaires ou non, ce sont des faits constatables.

Mais comment savoir s'il y a là quelque chose au-dessus des forces de la nature, comment s'assurer si le fait est vraiment transcendant? Il est possible qu'on ne le puisse pas toujours ; mais ne le peut-on pas quelquefois ? Il est vrai, bien des faits ont été regardés autrefois comme miraculeux, qui sont tout naturels ; bien des choses eussent été autrefois traitées de divines ou de diaboliques, qui ne nous étonnent même plus. 11 est donc très difficile, sinon impossible, de tracer a priori les limites du naturel et du surnaturel.

Cependant, il est des choses que nul homme de bon sens ne regardera jamais comme possibles aux seules forces de la nature : ainsi vme vraie résurrection. Pour d'autres, l'on ne saurait se prononcer aussi absolument, en principe ; mais, sur le fait particulier, on ne saurait raisonnablement douter. Je ne sais pas bien ce que peuvent les forces naturelles, ni si, dans quelque circonstance que j'ignore, elles ne pourraient pas produire tel effet. Mais je puis savoir, à n'en pas douter, que dans telle circonstance donnée, aucune cause naturelle n'est intervenue pour produire tel effet dé-

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terminé. En ouvrant la bouche d'un poisson pris dans le lac, il est possible que j'y trouve une didrachme ; mais que Jésus, quand on demande à Pierre si son maître ne payera pas, lui aussi, l'impôt pour le temple, dise à Pierre : « Je pourrais ne pas payer ; mais jDOur ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l'hameçon, prends le premier poisson qui montera, ouvre-lui la bouche et tu y trouveras un stalère : prends-le, et paye pour moi et pour toi », et que tout se passe comme il le dit, comment se refuser à voir là un miracle? On peut nier le fait, mais nul ne niera, dans des circonstances ainsi données, le caractère transcendant du fait.

Aussi bien faut-il, en toutes ces questions, sortir le plus possible de l'abstrait pour se mettre dans le réel, dans. le concret, ^oilà un homme qui se donne comme l'envoyé de Dieu et qui fait des miracles pour accréditer sa mission ; il s'agit pour l'humanité d'une question capitale, et l'erreur serait un mal irrémédiable à jamais. Dieu se doit, à défaut d'autres moyens, de ne pas même colorer l'erreur. Cet homme est entouré d'ennemis qui l'épient en toutes ses démarches, ils ont tout intérêt à le montrer comme un imposteur, à démasquer ses faux miracles, et nous les voyons qui s'y essayent de leur mieux. Or, jamais ils ne l'ont surpris à feindre, et eux-mêmes sont les pre-

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iniers à reconnaître qu'il a guéri, qu'il a ressuscite, qu'il a fait toute sorte de miracles. N'est-ce pas une garantie nouvelle contre l'erreur ? El cet homme ne lait pas seulement quelque prodige, de telle espèce déterminée, dans telle et telle circonstance ; mais il en fait des centaines en tout genre ^ de toutes les façons : il dit à la mer de se calmer, et elle se calme, à des morts de se lever, et ils se lèvent ; il midtiplie les pains, il change de l'eau en vin ; il maudit un arhre, et l'arbre se dessèche ; il dit un mot et les soldats qui viennent le prendre tombent à la renverse ; il dit : Jetez vos filets de ce côte, et les filets sont tout à coup remplis, après mille essais infructueux durant toute une nuit : il guérit toutes les maladies d'un mot, ou par simple attouchement, de près, de loin, tantôt exigeant la foi, tantôt opérant sans que le malade se doute de rien, etc., etc. Enfin, le thaumaturge est un héros, un sage, vm saint. C'est encore autant d'éliminé parmi les causes, qui, dans certains cas, pourraient engendrer l'erreur.

Je ne sais pas tout ce qu'on peut attendre de la nature ; mais je sais bien qu'elle n'est pas ainsi à la disposilioji des hommes ; devant cette multitude de faits, cette variété de circonstances, toutes les causes d'erreur sont éliminées, la transcendance du fait devient manifeste. Dès lors, au lieu de tout rejeter en bloc, contre l'évidence et la

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raison, il n'est que sage et prudent de regarder comme miraculeux des faits particuliers, qui me sont donnés comme tels, alors même que, pris isolément et en dehors du groupe dont ils font partie, ils pourraient peut-être s'expliquer par des causes naturelles.

Il f;iut donc admettre, si l'on ne veut pas déraisonner, que dans certains cas on peut constater un fait miraculeux et constater la transcendance du fait.

A côté du miracle, la révélation. 11 est des cas où la révélation est elle-même un miracle : telle la promulgation de la Loi, au Sinaï. La révélation peut quelquefois, pour celui qui la reçoit, porter avec elle sa certitude : Dieu en disant quelque chose, montre clairement qu'il le dit : il a pour cela des moyens à lui. On peut dès lors concevoir certains cas où, pour un autre, le seul témoignage du prophète, c'est-à-dire de celui cjui a reçu la révélation, serait une garantie suflisante de l'intervention divine. D'ordinaire, cependant, et surtout s'il s'agit de choses capitales, on peut exiger davantage : il faudra même, pratiquement parlant, que Dieu autorise lui-même sa révélation. 11 peut le faire soit en y mettant des prophéties, dont la réalisation montrera que c'est bien lui qui parlait, soit en faisant des miracles pour accréditer son prophète. Lnc prophétie réalisée, un vrai miracle

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en laveur d'une doctrine ou d'un homme montrent évidemment que cet homme agit et parle au nom de Dieu. Dans ce cas, le doute n'est plus permis, il n'est plus raisonnable.

Une religion garantie par le miracle ou par la prophétie est une religion divine : elle est donc vraie ; il est antiscicntifique de la rejeter.

Mais le miracle et la prophétie sont-ils possibles ;' On peut dire que, s'il y en a, ils sont possibles. C'est une question de fait. Comme cependant on peut refuser de voir et d'examiner les faits, sous prétexte qu'il n'y a pas matière à examen contre une vérité acquise, il est facile de montrer qu'on n'a pas de raison valable pour nier la possibilité du miracle ou de la prophétie ; il est même facile de montrer que, si Dieu existe. Dieu peut faire des miracles et des prophéties.

Concluons que, admis le surnaturel hors de nous, c'est-à-dire admise l'existence de Dieu, il faut admettre comme possible son intervention dans l'histoire ; et que, posée cette Intervention, Dieu a des moyens de nous la manifester ; nous pouvons la constater notamment, si elle est garantie par la prophétie et par le miracle.

Nous ne cherchons pas pour le moment si ces témoignages sont de nature à convaincre, si ces appels ont chance d'être entendus, si même ceux auxquels ils s'adressent y daigneront prêter

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l'oreille. Mais une religion qui a pour elle des prophéties et des miracles est une religion vraie ; miracles et prophéties sont des signes certains de sa vérité ; et ce sont là des faits que l'on peut constater soit directement par soi-même, soit par un examen sérieux et critique des témoignages.

Le procédé cependant serait peut-être plus rapide et plus efficace, si nous pouvions constater le surnaturel en nous. Le pouvons-nous? Directement et intuitivement, non — à moins d'une action spéciale de Dieu. La grâce ni les vertus ne sont objet de conscience, non plus que cctle présence spéciale des personnes divines dans les âmes en état de grâce. Nous pouvons, il est vrai, avoir conscience d'un acte de foi, et même dun acte d'amour de Dieu ou de contrition (i). Mais rien ne nous dit si ces actes sont surnaturels ou non ; rien ne nous dit, au moins, que tel acte d'amour

(i) Saint Thomas, i, 2, q. it2, a. 5, ad. 2, établit une diflerence entre la foi et la charité. 11 dit que nous povivons avoir conscience d'un acte de foi, non d'un acte de charité. JMais la distinction de saint Thomas ne porte pas, senible-t-il, sur la perception de l'acte surnaturel en tant que surnaturel.

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OU de conlrition, que nous avons peut-èlre conscience d'avoir fait, nous l'ayons fait dans des conditions telles qu'il aille nécessairement de pair avec la grâce sanctifiante. Dans les étals inysliques, il y a vnie vcrilable expérience du surnaturel, il y a des touclies de Dieu emportant avec elles la preuve qu'elles sont de Dieu. Mais ce sens du surnaturel, ce goût de la vertu, cette sorte de contact immédiat avec Dieu présent, cette expérience de l'action divine en nous ou avec nous, tout cela n'est pas l'ordinaire dans la vie chrétienne. Ce qui est plus fréquent, ce sont des touches intérieures, des consolations, attraits célestes, augmentations sensibles de foi, d'espérance, d'amour (touches et consolations que l'on attribue d'ordinaire aux bons Anges ou à une grâce actuelle plus suave ou plus forte) ; mais tout cela n'est pas atteint comme surnatiuel. Tout au plus peut-on le conjecturer, le conclure.

Il y a encore ce changement de l'âme qui a lieu quelquefois chez les néophytes et les convertis : ils étaient faibles contre la tentation, et ils sont forts ; ils avaient horreur du sacrifice, et ils aiment le sacrifice ; ils étaient voluptueux et colères, et ils se trouvent chastes et doux, etc. Il y a de ces transformations intimes dans le monde des âmes, et saint Cyprien, dans l'opuscule qu'on est convenu d'appeler VEpilre à Donat, décrit fort bien

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celle transforinalion telle qu'elle s'est faite en luinièaie. Mais ce n'est pas encore là la constatation directe et expérimentale du surnaturel. Tout au plus peut-on, en certains cas, reconnaître là un miracle moral, c'est-à-dire un eflet sans proportion avec les causes naturelles. D'oi!i la conclusion que cet effet doit être surnaturel, c'est-à-dire, doit avoir Dieu pour cause. Mais ce miracle moral lui-même, c'est, par exception, qu'on peut le reconnaître en soi-même, et il est des âmes bonnes et saintes qui n'ont jamais conscience de celte merveilleuse transformation .

Il y a pour le commun des chrétiens, j'entends pour ceux qui vivent de la vie chrétienne et qui sont en état de grâce, quelque chose de plus profond et de plus intime, comme une première perception confuse et rudimentairc de ce que les mystiques éprouvent en eux-mêmes. Le fait a lieu dans l'ordre naturel, Arislote l'avait déjà remarqué, et saint Thomas nous l'indique dans l'ordre surnaturel. La pensée, l'étude, la connaissance d'une personne aimée n'est pas la même que celle d'une personne indifférente ; un enfant qui aime sa mère a de l'amour fdial une autre connaissance que l'orphelin qui n'en aurait qu'une connaissance spéculative, à peu près comme la même connaissance théorique des couleurs a quelque chose de bien différent dans le voyant et dans l'aveugle \

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autre est le sens moral de la chasteté, tel qu'il est chez la vierge chrétienne, autre la notion purement spéculative de la chasteté. Ainsi partout. Quand nous avons vcca quelque chose (c'est la seule formule qui traduise hien ma pensée) notre connaissance de cette chose prend un caractère à part : toute l'âme en est, et il y a je ne sais quel sens intime d'une vérité nôtre, familière, faisant partie de nous-mêmes et de notre vie, que l'on n"a pas dans la connaissance purement spéculative. Saint Thomas appelle cela le sens d'une certaine identité dénature, d'une certaine parenté {connatnralitas qwvdam) entre nous et l'objet connu : l'homme de bien en étudiant le bien y retrouve, y reconnaît quelque chose de soi et du sien. Cette sympathie, celle affinité entre ce que nous sommes et ce que nous connaissons est quelque chose d'expérimental. Ne faut-il pas en conclure que nous avons tous ime certaine expérience du surnaturel en nous;' Saint Thomas semble le laisser entendre : « Il y a deux façons de bien juger d'une chose : en y appliquant parfaitement sa raison, ou par une certaine identité de nature avec l'objet dont on juge : ainsi celui qui sait la morale juge bien des choses de la chasteté par raison spéculative ; celui qui possède la vertu de chasteté en juge par une certaine affinité avec elle (i). Ainsi pour

(i) Cela se voit très bien clans les ap^^lications : un mo-

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