CIIAP- X. — LA CONSTATATION DU SURNATUREL
les choses divines, la sagesse intellectuelle nous en fait juger sainement en spéculation ; mais en juger sainement selon cette parenté avec elles, c'est reffet du don de Sagesse. Mais cette sympathie [compassio) ou cette affinité avec les choses divines, nous l'avons par la charité (i) ».
Ne semblerait-il pas d'après cela que nous devions sentir en nous le don de sagesse et la charité ! Que nous devions au moins en induire la présence de cette sympathie pour les choses divines, de cette sorte de parenté avec elles que nous pouvons constater en nous ? Il faudrait le dire si la conscience atteignait toute la réalité de son contenu, si le pense' était tout le réel, si nous pouvions saisir nettement par la réflexion et l'analyse tout ce que nous éprouvons et sentons. Mais cela n'est pas. Et saint Thomas est le premier à dire que nous ne pouvons, sauf révélation spéciale, que conjecturer notre état de grâce et la présence du surnaturel en nous (2).
Cette conjecture peut aller jusqu'à une certitude
rallste sait que la chasteté ne peut faire ni souffrir ceci ou cela, une vierge chrétienne le sent : elle n'a qu'à se consulter pour bien juger. De même un fils aimant sent ce qu'est l'amour filial, ce qu'il doit faire, comment il doit s'exprimer : tout cela il le trouve en soi même.
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morale. Et, il csl sûr, comme l'explique Ozanam clans une lettre bien connue, que le catholique qui vit sa religion a de sa réalité je ne sais quel sens intime et profond, quelque chose de ce que donne le contact continuel et familier avec les objets qui nous entourent (i).
Mais enfin ce sens de notre vie, si précieux qu'il soit, n'est pasune constatalionnetteet distincte du surnaturel présent en nous. Et d'ailleurs ce sens n'est que pour ceux qui ont déjà vécu la vie chrétienne.
Pour ceux qui n'en vivent pas, il y a comme la contre-partie dans l'impossibihté pratique où ils se sentent de réaliser tout leur être, de vivre tout ce qu'ils sont. Plus précisément, ceux qui délibérément et de parti pris veulent se suffire à euxmêmes et rejettent tout secours religieux (lequel secours est, en fait, le surnaturel ou en rappart étroit avec le surnaturel), ceux-là n'arrivent pas à vivre une vraie vie d'homme. Souvent ils ne voient pas tout leur devoir ; quand ils voient ce qu'il faut faire, ils ne peuvent, pratiquement, faire ce qu'ils
(i) Lettre 76, t. a, p. 4i3.