‹ Nature et surnaturelChapitre 51 sur 89 · CHAP. X. — LA CONSTATATION' DU SURNATUREL O · texte numérisé non relu

CHAP. X. — LA CONSTATATION' DU SURNATUREL O

face, l'aimer de tout son cœur, et vivre avec lui clans la douce familiarité de l'ami avec son ami ? Ce sont là des aspirations au surnaturel, surnaturelles elles-mêmes. Je ne pense pas cependant que nous puissions même là constater le surnaturel d'une façon certaine. Et d'abord rien ne nous dit si ces aspirations, en elles-mêmes, sont de Dieu plus que de nous, si elles sont le gémissement indicible du Saint-Esprit dans notre âme, ou le cri spontané de notre nature vers le Dieu qui est sa fin suprême, le repos de son esprit et de son cœur. Nous ne pouvons non plus rien conclure avec certitude del'objetde ces aspirations. Car, d'unepart, je ne puis guère distinguer si c'est bien à la vision de Dieu que j'aspire, ou si c'est simplement à une connaissance parfaite de Dieu qui satisfasse ma nature, et que j'appelle vision par analogie avec la connaissance parfaite d'ici-bas ; si c'est proprement à des relations d'ami et de fils avec Dieu, ou si ce n'est pas seulement à des communications intimes entre Dieu et moi, mais qui ne seraient comparables que de loin avec celles de père à fils. D'autre part, je ne saurais dire, semble- t-il, avec certitude que ces aspirations sont des cris de mon âme, de vrais désirs efficaces, qui, s'ils n'étaientpas exaucés par la communication du surnaturel, me laisseraient malheureux et inassouvi, ou si ce ne sont pas des rêves d'un jour, des caprices peu rai-

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sonnables, auxquels, rendu à mon bon sens, je renoncerais sans peine, tout comme, en me réveillant, je ne suis pas malheureux de n'avoir plus les ailes que j'avais cru avoir pendant mon sommeil.

Quelques-unes de ces distinctions sont subtiles ; mais elles sont nécessaires, si nous voulons nous faire une idée exacte des questions délicates et difficiles que soulèvent certaines pages célèbres de saint Thomas sur l'appétit naturel de la vision divine, que soulèvent également les controverses contemporaines sur la méthode d'immanence en apologétique. Par là nous pouvons dire avec exactitude et précision en quel sens la nature postule le surnaturel et en quel sens elle ne saurait l'exiger ; jusqu'où peut nous mener la méthode d'immanence (i), où il faut qu'elle s'arrête.

Une remarque encore, avant de passer aux applications. Beaucoup de ceux qui parlent de surnaturel, d'aspiration au surnaturel, d'exigence du surnaturel, ne l'entendent pas au sens précis où

(i) J'cnlcnds par là celle qui part du moi pour aller au surnaturel et qui ne veut pas sortir du moi pour le chercher au dehors : qui ne veut pas le recevoir du dehors comme par contrainte, mais qui ne saurait le refuser si ma nature même me fait une loi de l'accepter comme le complément nécessaire de mon insuffisance, comme la condition sine qua non de ma vie normale.

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