‹ Nature et surnaturelChapitre 56 sur 89 · ÉPILOGUE, MARIE IMMACULÉE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE, MARIE IMMACULÉE

lion ? C'est, avant tout, la grâce d'être préservée du péché originel. Le péché originel, nous l'avons vu, n'est pas autre chose, pour le fond, que la privation de la grâce. C'est donc tout un pour Marie d'être exempte du péché originel et d'être créée en grâce.

A quel titre reçut-elle cette première grâce ? Evidemment à titre de mère future du Verbe incarné. Comme fille d'Adam, Marie tombait, elle aussi, sous la malédiction générale. Et de là, en elle, une nécessité morale de naître sans la grâce ; de là vient qu'elle a dû, elle aussi, être rachetée. Jésus est intervenu : la grâce a prévenu la nature, Marie a été préservée du contact même du péché. Les théologiens, toujours curieux, et par cette pente naturelle à pousser les questions jusqu'au bout, se sont demandés si Marie a été tout près de contracter le péché [debitiiin proxinmm), ou si elle n'y a jamais été, pour ainsi dire, exposée que de loin {dchitwn remotiim). C'est demander, en autres termes, si elle doit être regardée comme tombant sous la loi avant d'être regardée comme en étant exempte, si la première idée que nous devions nous en faire est celle de fille de l'homme, appartenant à une nature pécheresse et destinée à en contracter la souillure, ou si, avant d'être conçue comme fille de l'homme, il faut déjà voir en elle un titre qui ne permette pas que, même comme

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fille de l'homme, elle en puisse être souillée. Les uns tiennent pour la dette prochaine, d'autres pour la dette éloignée ; les uns ont peur qu'en l'éloignant trop du péché on l'arrache d'autant à l'influence rédemptrice de Jésus-Christ ; les autres craindraient que cette proximité même du péché n'ôtàt déjà quelque chose à la pureté immaculée de Marie, et ils semblent croire que Jésus n'aurait pas tout fait pour sa mère, s'il ne l'avait, pour ainsi dire, préservée qu'au dernier moment.

La question est libre, et les plus dévots serviteurs de Marie se partagent. Pour ceux qui admettent que l'Incarnation eût eu lieu en toute hypothèse, c'est-à-dire, même si Adam n'avait pas péché, la Mère est à côté du Fils dans l'humanité innocente ; elle est fdle de l'homme innocent avant d'être fdle de l'homme pécheur. Il est donc tout naturel que la dette du péché ne soit que lointaine, comme d'occasion ; Marie échappe, dans lidée première, à l'ordre du péché. Même pour ceux qui n'admettent l'Incarnation que comme réparation du péché, Marie n'a pas nécessairement contracté la dette prochaine. Tout dépend de ceci : Marie est-elle Mère de Dieu avant d'être fdle d'Adam ? Si elle est d'abord fdle d'Adam, elle a la dette prochaine ; si elle est avant tout Mère de Dieu, elle n'a que la dette lointaine. Or. la question ainsi posée, il me semble que Taffu-malive ré-

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