ÉPILOGUE. MARIE IMMACULÉE
l'exemption de la mort et de la souffrance, Marie ne les eut pas ; peut-être n'en voulut-elle pas : la Mère de celui qui voulut nous sauver en souffrant et en mourant devait partager avec lui ces peines du péché ; et elle devait coopérer à notre salut en prenant part au calice du Sauveur,
En vertu même de son intégrité parfaite, Marie ne pouvait commettre ni péché véniel ni imperfection, suivant Topinion de saint Thomas que nous avons adoptée pour Adam. Par là l'impeccabilité de Marie est, en partie du moins, liée avec l'Immaculée Conception. La question est d'ailleurs commandée par une considération plus haute. Comme Mère de Jésus, Marie ne devait rien avoir de commun avec le péché. De ce point de vue, l'Immaculée Conception et l'impeccabihté sont choses parallèles, double effet de la même cause. L'Immaculée Conception ne saurait être le commencement d'une vie oii le péché aurait vm jour sa part : les œuvres de Dieu sont harmonieuses, les parties n'en sauraient se contredire. Même chose pour la sainteté suréminente de Marie. Il fallait cela pour la Mère de Dieu. Aussi bien une telle grâce de début ne peut aller qu'avec une suite qui lui convienne et lui réponde.
D'autres dons en Marie sont en rapport moins direct avec ce premier don ; leur titre prochain est différent. La science infuse du plan divin et de
l'économie rédemptrice, queMaric eut en sa vie, convenait à la Mère de Jésus et à la Mère des hommes, à la coopératrice choisie pour l'œuvre divine.
D'ailleurs c'est la maternité divine qui est en Marie le centre de tout, la source de tout. C'est de ce point de vue qu'il faut tout regarder (i). C'est là notamment qu'il faut se mettre pour voir dans leur vrai jour les convenances de l'Immaculée Conception, si souvent et si éloquemment développées par nos orateurs et nos théologiens. Que vous regardiez soit la Mère de Jésus, soit la coopératrice à son œuvre, soit le plan divin de la rédemption, c'est toujours la maternité divine que l'on regarde sous des faces dilïérentes : et, de tout côté, il convenait que Marie fût immaculée.
Mais il faut ajouter que la vue nette de l'Immaculée Conception nous aide beaucoup à nous faire une idée juste de Marie, une idée qui soit d'accord avec l'idée que Dieu en a eue et a réalisée. Marie immaculée, c'est Marie en dehors des conditions de l'humanité déchue, c'est la nouvelle Eve à côté du nouvel Adam, indissolublement unie à Jésus dans l'œuvre de réparation et de revanche ; c'est Marie, type admirable de l'humanité régénérée, en qui la rédemption opère tout
(i) Comme le fait admirablement le P. J.-B. Terrien dans les quatre volumes de son beau livre : La Mère de Dieu et la Mère des hommes, Paris, LelhicUeux, 1899 et 1902,