L'ETAT NATUREL DE L'HOMME
UN PaOBLtME DE THÉOLOGIE HISTORIQUE
I. La question, (^uel est l'état naturel de l'homme? Celui d'Adam ou le nôtre ?
Question à laquelle s'en rattachent d'autres, directement ou indirectement :
L'homme naîl-il, bon ou mauvais ? A-t-il ou non toute sa liberté naturelle ? Les misères de cette vie (la douleur, la mort, l'ignorance, l'inclinalion au mal), sont-elles la condition naturelle de l'homme, sont-elles un châtiment du péché? L'homme peut-il l'aire quelque bien sans la grâce ? Y a-t-il des vertus naturelles ?
2, La réponse de l'Eglise- A toutes ces c|uestions la réponse catholique ne paraît pas, au premier abord, avoir été consistante. Nous voyons l'Eglise condamner dans Baïus les mêmes formules cju'elle a faites siennes dans saint Augustin ; les Grecs ne semblent pas parler comme les Latins ; il y a une sorte d'opposition entre le langage du catéchisme et celui de l'apologélitjue chrétienne. Qui pis est, une des réponses semble en contradiction avec la raison, l'autre en contradiction avec la foi et la doctrine traditionnelle. Ainsi double antinomie.
3. Double aspect de la question. On peut considérer l'homme en pliilosnphe, étudiant ce cju'il est et ce cju'il doit être, à no regarder c[ue sa nature ; on peut le considérer en théologien, à la lumière de la révélation, cjui nous parle d'une élévation primitive et d'une déchéance. On comprend que l'état normal ou « naturel » ne sera pas le même pour le théologien, crui parle dans ïhypothèse liistorùiue, et pour le philosophe, cjui parle dans ïahsolu ; d'où toutes les autres ditîérences de langage. Là est le principe de solution.
h- Double orientation de la pensée catholique. Un coup d'œil sur l'histoire du dogme nous fait voir comment la pensée catholique a été orientée tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, selon (ju'il fallait défendre et affirmer la vérité pldlosophique sur l'homme ou la vérité théologiqne .