NEUVIÈME LEÇON
Lundi 28 janvier 1901 L'ÉTAT PRÉSENT DE L'HUMANITÉ
DIEU POUVAIT-IL CRÉER l'iIOMME DANS CET ÉTAT?
Celte leçon n'a pas tant pour oljjet de donner des notions nouvelles que de conq)létcr et de grouper les choses
APPENDICE I. — CA.NEVAS DES LECO>JS O70
déjà dites, d'expliquer certains points laissés dans l'ombre, de dégager quelques conclusions ou de montrer les fondements derniers de celles que nous avons déjà tirées.
1. Les divers états de l'humanité. — Nous pouvons en distinguer plusieurs :
Elai de pure nature : L'homme aui-ait ce qu'exige sa nature, sans dons surnaturels, sans déchéance ni péché, avec une Providence naturelle et une fin naturelle. Reste à savoir ce cpie serait cet état au concret. Tout dépend de ce cju'exigela nature et si elle n'exigepasles donsdits surnaturels et préternaturels.
Elat de nature élevée, tel c]ue Dieu l'a réalisé en Adam, et voulait — clans son plan iDrlniitif — le réaliser dans l'humanité : avec dons surnaturels, préternalurcls, Providence surnaturelle. Reste à savoir si les dons spéciaux faits à Adam n'étaient pas des dons dusk la nature, et partant naturels.
Etat de nature décime et non relevée : sans grâce, incapable d'arriver à la fin surnaturelle, incapable, sans un secours spécial de Dieu, d'observer toute la loi naturelle, captive du démon et, en un sens, ennemie de Dieu. Reste à savoir si et en quoi il différerait de l'état dît de pure nature.
Etat de nature déchue et relevée. C'est celui où nous sommes : grâce et salut préparés pour tous en vue des mérites de N.-S. J.-G., absence des dons dits préternaturels.
2. Le problème et les opinions. Il s'agit de savoir c|ucls biens appartiennent à tel état ou à tel autre ; par conséquent ce qu'exige ou n'exige pas la nature humaine ; par conséquent cjuels sont les états historiques et les états possibles.
Or, les réponses ont été fort diverses et fort confuses. Beaucoup ont regardé l'élat Iiislorique (celui d'Adam) comme l'état naturel : les uns niant qu'Adam eût rien reçu c|ue nous n'ayons également, niant, par conséquent, l'élévation primitive,
SyC NATtinE ET SURNATUREL
la déchéance, la grâce, etc. (Pélagicns et Rationalistes) ; les autres admettant qu'Adam était, de l'ait, immortel, impassible, ami de Dieu, mais regardant ces dons comme exigés par la natvire humaine, et par conséquent comme naturels (Luthériens, Baianistes); d'où la conclusion qu'vme nature privée de ces dons est une nature viciée en elle-même, et n'ayant pas le nécessaire.
D'où il suit que, selon les Pélagiens, nous naissons dans l'état de pure nature, seul historique, tandis que, selon les Lvithériens cl les Baianistes, notre état actuel est essentiellement un état de péché, et que cet état ne saurait être de Dieu.
11 suit encore que, selon les Pélagiens, Jésus n'a rien eu à réparer que les iniluences du mauvais exemple d'Adam ; tandis que, selon les Protestants et les Jansénistes, il a eu à refaire la nature même.
Les premiers sont en conlradiclion avec \esjaits révélés ; les seconds font Dieu injuste et cruel, ou doivent dire que l'Incarnation était nécessaire, si bien que, sous prétexte de « relever la Croix », ils la rabaissent.
3. La solution catholique, i. Principe, la distinction des deux ordres. Avec les biensd'ordre naturel, Dieu avait donné au premier homme des biens d'ordre surnaturel : privilèges qu'il pouvait retirer sans injustice, comme il les avait donnés par pure grâce, et qu'il peut rendre aux conditions qu'il lui plaît. Adam par son péché les a perdus pour tous ; Jésus par sa mort les a recouvrés pour tous h certaines conditions et dans certaines limites.
2. Affirmation catholique, connexe à la condamnation de Bains relativement aux dons surnaturels et préternaturels.
3. La raison prouve que ni la vision de Dieu, ni la grâce sanctifiante, ni l'immortalité, ni l'absence de convoitise ne sont dus à la nature, même innocente. Objections et réponses.
En somme, la solution catholique est, et est seule, conforme tout ensemble aux faits et aux exigences de la raison.
4. Le point central, autour duquel tout le reste se groupe: Dieu pouvciii-il créer Vhomme tel qu'il naît à présent ? Entendez : sans la grâce et la vie surnaturelle, mortel, et sujet à la convoitise. L'Eglise a condamné la proposition négative.
Notre état à la naissance est donc, matériellement parlant, l'état de pure nature.
5. Dieu pouvait-il créer l'homme dans l'état dépure nature? Il faut répondre cpi'il le pouvait, sans cesser d'être juste, bon et sage : autrement l'ordre surnaturel ne serait plus gratuit.
Objection. On nous enseigne : i. Que l'homme ne peut, sans la grâce, éviter lepéclié mortel et observer toute la loi naturelle. Texte de saint Paul, Rom. 7.
2. Que l'humanité, prise en bloc, ne saurait, sans la révélation, arriver à la somme de vérité morale et religieuse nécessaire pour mener une vie vraiment humaine.
Ne faut-il pas conclure que la grâce et la révélalion sont nécessaires?
R. Nécessaires, oui. mais à défaut d'une Providence naturelle propre à l'état de pure nature, et que, dans l'économie présente, supplée avec infiniment d'avantage la Providence surnaturelle.