LE VENT
La Terre est un grand corps obèse Qui va, roulant dans l'infini ; Le Soleil rubicond la baise En chatouillant son dos bruni.
La Terre a comme nous une âme,
Un cœur de flamme Qui bat au fond du sol fervent ; Et ses sourires grandioses.
Ce sont les roses ; Et son haleine, c'est le Vent.
I3â NATURE
Et moi je chante avec ivresse
Ce souffle pur : le Vent des cieux ;
Je chante le Vent qui caresse
L'aile des papillons joyeux,
Le Vent qui, sous Tœil des étoiles.
Gonfle les toiles Du trois-màts lourd et dihgent ; Le Vent qui fait danser sur Tonde
L'abeille blonde Et la libellule d'argent.
Vent, quand tu passes, des fanfares Montent des bois extasiés.
Et mille pétales hilares Croulent des branches des rosiers; Narguant la faucille tranchante.
Le blé mûr chante.
Les épis se choquent du front ; Et les champs semblent faire entendre.
Sous le ciel tendre, La voix des êtres qu'ils créeront.
LK VKNT 133
0 Vent béni, c'est toi qui pousses, Pour nous donner des pains bien blancs, Les ailes fantasques et rousses De nos moulins gesticulants :
Tic tac, tic tac ! Et monotone
La meule entonne En ton honneur une chanson :
Tic tac, tic tac ! Le meunier sifïle,
L'âne renifle Et puis chante, à l'odeur du son.
0 Vent joyeux, Vent d'hyménée.
Avec tes souffles enjôleurs C'est toi qui règles, chaque année.
Tant de mariages de fleurs !
Quand tu vois des pistils moroses.
Tu leur proposes Des pollens trouvés en chemin.
Et l'on te dit « Monsieur le Maire »
Dans la grammaire De la tulipe et du jasmin !
0 Vent sacré, c'est toi qui portes, Dans les espaces décevants, L'arôme enfui des roses mortes, Le dernier souffle des vivants ; Où s'en vont-ils. Vent de mystère?
Tous, sur la terre, T'avons fait ce discours bouffon !
Va, va, caresse nos visages !
Vent, les vrais sages Te font des bulles de savon !
Mais tes haleines monstrueuses Ont parfois d'effrayants courroux.
Alors les branches tortueuses Frappent ainsi que des bras roux.
Les bois hurlent, des troncs s'arrachent,
Les ruisseaux crachent.
Les saules fouettent les roseaux ; Et les forets semblent couvertes
De bêtes vertes Prêtes à faire de grands sauts ;
LE VEÎST 135
Et les mei\s, les mers écuiiiantes, Sous les nuages assombris, Hérissent leurs vagues démentes Comme des dos de monstres gris; Les lames font des bonds sauvages
Vers les rivages ; Et, sur les rocs plantés de croix, Devant des Vierges qui sourient,
Des femmes prient Avec un cierge dans leurs doigts.
0 Vents, soyez-leur secourables !
Ecoutez ces cœurs douloureux ; Ils sont humbles et misérables Et Dieu doit exister pour eux!
Poussez les barques loin des roches
Pour qu'aux jours proches, Les bons marins aux cœurs aimants Sentent, sur leurs faces hàlées,
Un brin salées, Les baisers des vieilles mamans !
0 Vent, sois doux aux chiens sans niche ; Aux gueux sans toit, sois généreux !
Fais tomber les pommes du riche Sur la route des malheureux !
Sois doux aux nouvelles nichées
Effarouchées Dont les ailes n'osent s'ouvrir !
Sois doux aux fleurs des vieilles branches,
Aux mèches blanches Des vieillards las qui vont mourir !