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LE BUCHERON

Dans les bois verts et parfumés, Avec sa hache aux coups rythmés, Le bûcheron abat des ormes.

Des arbres sombres ou fleuris, Qui croulent avec de grands cris, En agitant leurs bras difformes.

Voilà vingt ans qu'il fait cela ; Jamais la main ne lui trembla; 11 frappe ferme et sans relâche;

Et les lits doux et réchauffants Où dorment ses petits enfants Sont d'un bois tranché par sa hache.

Le banc où, las, il va s'asseoir, C'est un bouleau qui chut, un soir, Sous sa cognée inassouvie ; Et la table où fume son pain Provient des planches d'un sapin A qui son bras ôta la vie.

A chaque pas, dans le bois vert.

Il trouve, au ras du sol couvert D'arbustes pâles qui le craignent, Les traces d'anciens troncs géants, Pareilles à des cous béants De grands décapités qui saignent.

« Prends garde, ami ! lui dit parfois Sa vieille mère, dont la voix Tremble avec une peur secrète :

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Gare-toi bicMi, mon pauvre entant!

Les arbres se vengent souvent

Du bûcheron qui les maltraite !... ;

Pures sornettes que ceci !

Le bûcheron, grave, endurci.

Abat toujours troncs et ramées ; Et les arbres, en s'écroulant.

Eventent tous son front brûlant Avec leurs feuilles embaumées !

Or, sur la route, au bord dn bois, Se dresse un noyer d'autrefois, A haute cime, à grand feuillage.

Qui jette, avec des gestes doux.

Son ombre calme et ses fruits roux

Aux vieux mendiants du village.

Sous ses ombrages familiers.

Dansèrent bien des écoliers

Dont pendaient un peu les chemises,

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Et son tronc rude et poussiéreux Porte bien des noms d'amoureux Côtoyant des noms de promises ! . . .

(( Tranche-moi ça, mon bûcheron!

Dit, un soir, avec un jnron

Le propriétaire rapace,

Mon ^ros noyer est un sournois

Oui va donner toutes mes noix

Au premier vagal)ond qui passe! »

Le bûcheron le connaissait, L'arbre auguste qui balançait Dans le zéphyr son front prospère ; Il avait pris des noix jadis A tous ses rameaux alourdis, Tendus comme des bras de père !...

Pourtant, un jour, il l'attaqua ; Sa cognée ardente claqua, Rythmiquement, sur le tronc raide ;

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Le soir ver me il mourait aux cieux La hache au vol prodigieux Semblait fumante de sang tiède.

Et tout à coup, il chancela : Ouel bois affreux coupe-t-il là?

Serait-ce un homme qu'il immole ?

Il frappe en vain à tour de bras; Il n'entend rien, rien qu'un bruit gras Il doit hacher de la chair molle !

De la chair molle au lieu d'un tronc !

Et chaque fibre qui se rompt

Semble être un os d'homme qui craque !

L'arbre est vivant ! Et, dans la nuit,

La lune est son grand œil qui luit

Et qui sur le bourreau se braque !

Le bûcheron, tout haletant.

S'enfuit, s'enfuit vite, en jetant

Sa hache horrible dans les mousses ;

Il court, il court, le front baissé, Craignant de voir Farbre oiFensé S'élancer dans l'ombre à ses trousses

Dans le bois noir, il court, il court; Mais, sur chaque arbre coupé court, Jaillit un tronc fantomatique Avec de vagues rameaux blancs Qui viennent lui battre les flancs, Dans une course fantastique.

Ce sont les spectres des bois morts !

Le bûcheron galope alors

Du côté des maisons prochaines...

Mais leurs planches, dans un vol prompt,

S'al)attraient toutes sur son front,

Afin de venger les vieux chênes !

Il fuit toujours, les yeux hagards.

Evitant poutres et hangars ;

Et, quand il longe des barrières,

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Il croit voir les pieux s'arracher, Puis, sur sa croupe ricocher Ainsi que des flèches guerrières.

Il fuit, il traverse un ruisseau ; Le tronc couché d'un arbrisseau Y sert de pont : vite, il s'échappe... Mais l'arbrisseau, se souvenant.

Fait glisser l'homme frissonnant Dans l'eau, qui s'entr'ouvre et le happe

« Au secours ! » clame le noyé.

Il cherche d'un poing effrayé Quelque racine salutaire; Mais chaque arbre, sourd à ses cris.

Comme d'énormes serpents gris, Rentre ses racines sous terre.

« Grâce ! dit l'homme, et je promets De ne plus abattre jamais Un seul arbre durant ma vie !

Lors il crut voir, sur un torrent, Un saule frêle et murmurant Baisser une branche ravie.

il la saisit, il la baisa,

Il gagna la rive et posa

Sur son cœur froid ses mains tremblantes,

Puis, cachant sa hache au grenier,

11 voulut être jardinier,

Pour avoir le pardon des plantes.

Et, maintenant, très doux, très vieux.

Il soigne les arbres joyeux,

Couvre leurs pieds de terre grasse.

Les arrose avec piété ;

Et les bons arbres, en été.

Lui jettent des fleurs quand il passe !

ENTR'AGTE PHILOSOPHIQUE

A Mario Zandrino.

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