ORAISON FUNÈBRE DTN CHIEN
Ce n'est qu'un chien qui dort ici Entre ces racines crérabie, Un pauvre chien si maigre, si Peu distini>ué, si misérable !
Un chien sans paletot, un chien Sans race, un chien démocratique, Issu d'une ciiienne de rien Et d'un toutou i)rol)lématique.
Hélas ! son poil était roussi ; Son ventre, couvert de macules; Il s'appelait Médor, ainsi Qu'on s'appelle Durand ou Jules.
Il n'aimait pas le sucre, ayant A peine un os pour ses étrennes, C'est ainsi que le mendiant A peur des huîtres de Marennes !
C'était un campagnard crotté.
Un chien de ferme bon à battre Et ne sachant, en vérité, Pas même compter jusqu'à quatre
11 n'avait plus beaucoup de voix.
Ses yeux étaient pleins de chassie.
Les gamins pavoisaient parfois Sa queue avec une vessie !
OHAISON FlM^lHiK D'I N (JIIKN 28i
Les coqs du pays le mordaient, Les poules pondaient dans sa niche Et les poussins escaladaient Son dos, pour lui faire une niche !
Pauvre Médor ! Jadis vraiment Ce fut un brave entre les braves !
11 faisait peur à la jument Quand elle allait manger les raves !
Il s'élançait sur les brebis
Qui fuyaient vite et sans remarque !
Et tous les dindons ébaubis
Le respectaient comme un monarque !
11 mit à mal plus d'un lapin Dont il avait flairé les traces ; Les passants lui jetaient du pain Pour obtenir ses bonnes grâces !
Et — THistoire gravera ça Sur ses tablettes, saperlotte ! — Un jour, un Espagnol laissa, Dans sa gueule, un pan de culotte !
Mais, quand Médor fut un vieillard Un invalide lamentable Faisant le guet autour du lard Qu'il voyait fumer sur la table.
Le maître lui cria : Va-t'en !
Et puis la maîtresse, un dimanche,
lievint des vêpres en portant
Un poupon de chien dans sa manche
In jeune chien tout frisotté (loniUK* un loulou de pastorale.
Marchant encore de côté Mais levant sa queue en spirale !
ORAISON FUNr.BUK DTX CIIIKN
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Pour lui le lait, le pain menu Les soins du fermier idolâtre!
Et le vieux chien vit Tinconnu Oui lui prenait sa place à Tàtre !
Oh î il ne lui lit point de mal, Non ! il le flaira sans colère.
Son âme ohscure d'animal Tremhlait dans sa prunelle claire.
Mais le chien a le cceur si bon !
Il aime qui le martyrise !
Et Médor laissa le poupon Mordiller sa moustache grise.
11 lui montra, souple et câlin, Comme on galope, comme on jappe, Comme on va mordre le poulin Ou la génisse qui s'échappe ;
Comme on cornet après l'écolier Suspect qui vole quelque poire, Après le chat trop familier (Jui prend le fricot dans l'armoire
Puis comme, en tlairant le chemin. On peut rejoindre la maîtresse, Et comme on va lécher la main Du maître, en pleurant de tendresse !
Ouand le loulou sut tout cela.
Quand il fut grand, et fort, et brave. Le fermier rêveur appela Médor avec une voix grave.
11 prit son pic le plus pesant Et s'en alla vers la vallée.
Médor le suivit, en faisant Tourner sa queue un brin pelée.