PETITS CHEMINS
Petits chemins bordés d'ajonc, petits chemins î.. Petits sentiers pleins de fenouil, petits sentiers '. Vous dont le sable a de menus pieds de gamins Et de lézards aventuriers !
Chemins bénis de mon enfance, ô bonnes sentes Où j'ai posé des pieds pareils à ces pieds frôles, Où j'ai lancé tant de chansons retentissantes Qui faisaient peur aux sauterelles !
* Pour le rythme de cette poésie, voir la note de la page 345.
300 NATLRi:
Chemins discrets, sans palissade et sans maisons, Où ne va pas le paysan endimanché. Mais où Ton voit, de temps en temps, un rang d'oisons Parlant patois, le cou penché !
Sentiers moussus où, caressés par les étoiles. Les mendiants mangent le pain de leurs besaces ! Où Taraignée, en zigzaguant, tisse des toiles Belles ainsi que des rosaces !
Chemins étroits, dont un enfant tient la largeur. Sentiers si doux, où nul jamais ne se sent las, Où la bruyère agite, aux pieds du voyageur. Mille petits grelots lilas !
Chemias touffus, où les brebis laissent leurs laines. Sentiers abrupts que l'aquilon fougueux balaie, Ou que surplombe, en murmurant des cantilènes. Quelque pin noir montrant sa plaie !
PETITS CIIK.MIXS ;U)1
C.hemins amis dont je connais tous les talus Et dont chaque arbre, avec beaucoup d'urbanité, Semble esquisser, dans le zéphyr, de grands saluts Lorsqu3 je passe à son côté !
Sentiers ombreux où mûrissaient tant de noisettes Près de gazons qu'ont desséchés les vents torrides ; Vous où passaient tant de mentons pleins de fossettes Dont la vieillesse a fait des rides!
Chemins, sentiers! J'aime vous voir, j'aime en rêvant Me promener dans vos ajoncs toujours fleuris. Et regarder vos sables fins, vos pieds d'enfant.
Moi, bientôt l'homme aux cheveux gris !
Où sont mes pas d'adolescent, poussières folles ? Où sont vos fils arachnéens, anciennes toiles ? Où sont les chants de ma jeunesse, échos frivoles? Où sont les vieux ravons d'étoiles?
30i NATURE
Petits chemins, je ne veux pas pleurer sur vous ! Soyez joyeux et tout fleuris? Que des enfants Charment encor vos sables fins de leurs pieds doux, Et vos échos d'airs triomphants !
Que vos sapins ne saignent plus ! que vos bruyères Sonnent gaîment des carillons au vent qui passe ! Et que les gueux mangent en paix, sur vos lisières Le bon pain noir de leur besace !
Et, si parfois quelque vieil homme à cheveux blancs S'en vient revoir, d'un œil terni, vos noisetiers. Soyez bien doux à ses pieds las et chancelants, Petits chemins, petits sentiers !