ROUTE DE FRANCE AU BRÉSIL
D APRÈS dit que « les vaisseaux qui vont à San-Salvadorf » k Rio de Janeiro , ou à Yîle Grande , peuvent couper 53 îa figne, par 25° ou 26° de longitude occidentale de 33 Paris , et diriger ensuite leur route vers l’endroit où ifs y> veulent aborder , en faisant attention aux vents peno- » cliques qui soufflent sur cette côte et qui y déterminent des
35 courans au nord et au sud : 33 il ajoute que ce les vents 35 régnant du sud-sud- est à Test-sud-est à la cote du Brésil , 35 depuis mars jusqu’en septembre , les courans vont alors 35 au nord ; et que, dans les six autres mois, les vents cons- 35 tans du nord-nord-est à l’est-nord-est déterminent des 33 courans constans vers le sud. 33 ( Neptune oriental , in-f.°, page 8. ) Nous examinerons, au chapitre II, en quoi l’expérience affaiblit ou confirme cette opinion sur les vents et les courans à la côte du Brésil. II ne s’agit, pour ce moment, que de la route pour s’y rendre en partant de France.
Il est presque inutile de parler des premiers jours de la traversée : la route dépend des vents qu’on trouve au sortir du port. La seule attention qu’on doive avoir , dans ces commencemens , est de s’avancer le plus vite possible dans le sud , pour y prendre les vents alisés , en passant , selon
le temps et la saison , de quinze à quarante lieues dans l’ouest du cap Finistère. De là , il convient de laisser Adadere dans l’ouest pour aller chercher les îles Canaries , à vue desquelles on passera , soit au large, soit dans les divers canaux qu’elles forment entre elles. La route ensuite devra être le sud-demi-ouest ou le sud-sud-ouest (1), jusqu’au 2o° de latitude ; puis 011 gouvernera de manière à passer dans le canal qui sépare les îles du cap Vert du continent , en se tenant un peu plus près de celui-ci que des îles.
Il y a quelquefois des variations si grandes dans les latitudes ou Ton quitte et reprend les vents généraux au nord et au sud de la ligne; la direction de ces derniers est quelquefois si proche du sud, que je ne crois pas devoir indi-
(1) Se'011 que Ton aura passé à cinq ou six iieues 'dans l’ouest de Pile de Palme , ou dans le canal, entre T aie ripe et la Grande Canarie .
quer ïe 250 ou le 26° comme des méridiens qu’on puisse se permettre d’atteindre , dans toutes les circonstances , pour couper l’équateur en allant au Brésil. II peut arriver ( et je l’ai plusieurs fois reconnu ) que les vents généraux dans l’hémisphère austral, au lieu d’être du sud-est, soufflent du sud , même du sud-sud-ouest, avec une force et une durée telles , que si l’on se destinait pour l’Inde , on serait forcé de changer d’amures pour se rapprocher de l’est ; et que , dans les voyages au Brésil, on ne serait peut-être pas maître d’atteindre à la bordée ses ports méridionaux.
La possibilité de ce résultat ( à laquelle l’existence d’un courant à l’ouest, dans la région des vents généraux, ajoute de nouveaux degrés de probabilité ) est si fondée dans certains cas , et les causes en sont quelquefois si foi tes, que leur effet surmonte tres-considerabîement celui d une cause tout opposée, dont j’ai reconnu et dont je crois avoir prouvé l’existence : je veux parler du courant a l'est qui règne très-souvent sous l’équateur entre le 30 de latitude nord et le 30 de latitude sud. Ce courant, pendant vingtun jours de calmes ou de folles brises , ma porte, au mois d’avril 1819, du méridien de 25° 56' 15" à celui de 20° 6' 57" ouest, c’est-'a-dire, de 50 49 a l est :
cela équivaut à 0,75 de mille par heure, et est en contradiction formelle avec l’opinion établie jusqu’ici , « qu’on ^ ne trouve de courans à l’est, dans I Océan atlantique, sous la zone torride, qu’au fond du golfe de Guinée, » et tout au plus à vingt lieues de terre. « ( La Coudraye , Théorie des vents, page 31 ; Baout, Dulague, &c., tables des courans dans leurs Navigation. Encyclopédie de marine , au mot Courant ). J’ai tâché, dans le Rapport général sur ma campagne au Brésil, de rendre raison de ce courant , qui me
Courant à i’cst sous l’cquatcur , dans l’Océan atlan-s tique.
Passer à i’est des îles du cup Vert.
Méridiens cù il est convenable de couper la ligne , en allant au Brésil.
Route dans les vents généra ux.
paraît une conséquence des faits généraux reconnus, et que j’ai observé toutes les fois sur-tout que je coupais féquateur aux approches de l’équinoxe ou peu après.
Nonobstant ce courant à i’est, il n’y a que de l’avantage à passer dans l’est des îles du cap Vert, pour couper ia ligne entre le i6° et le 24° de longitude occidentale, soit que l’on aille dans l’Inde ou au Brésil : car, si ce courant se fait sentir, il sera toujours facile d’en corriger l’effet à l’avantage du sillage, puisque les vents généraux soufflent plus souvent du sud-est que de toute autre partie; et si ces vents haient, comme cela arrive quelquefois, vers le sud, leur contrariété sera d’autant moins sentie, que la position du navire aura été maintenue plus orientale.
Quant à l’influence qu’on pourrait attribuer à tel ou tel méridien sur le plus ou moins de force des vents dans la traversée , elle est tout-à-fait illusoire. Dapr'es a déjà fait voir le peu de raison qu’il y avait de préférer un méridien aussi occidental que le 30° ( comme on le faisait avant lui ) , pour couper la ligne, à ceux de 250, à 26° qu’il conseille. Le même raisonnement est fondé pour les méridiens plus à l’est, jusqu’à une certaine distance du continent d’Afrique. Cette distance serait facile à déterminer , en examinant les journaux des navigateurs dans ces parages ; mais on peut croire qu’elle n’est pas très-grande : or, le méridien de 1 6° ouest est déjà à cent quarante lieues de terre, et il est impossible qu’à cent quarante lieues, elle puisse avoir aucune influence sur les vents.
Du moment qu’on aura atteint les vents généraux au sud de l’équateur, on pourra se diriger, presque en droite ligne , sur le point de la côte du Brésil auquel on tend ; les courans qu’on y aura à craindre , d’après la saison
régnante , 11e devant entraîner que de légères modifications dans le choix de l’attérage.
O11 verra dans le chapitre suivant les quantités moyennes dont les courans portent généralement, en divers sens, le long de la côte , dans les deux saisons ; et d’après ces données et les qualités du navire, on pourra facilement apprécier fimportance qu’il faut attacher à cet élément de la navigation.
Toute la côte du Brésil, depuis file Sainte-Catherine jusqu’au cap Frio , et même encore à vingt-cinq ou trente lieues plus au nord , étant très-élevée* et pouvant s’apercevoir de dix h dix-huit lieues de beau temps, il n’y a que des précautions ordinaires à prendre pour en approcher. La sonde ne peut servir d’avertissement précis sur tout ce développement, si ce n’est fort près de la côte, ou au moins à sa vue, à l’exception cependant d’une certaine portion de mer, dans la partie du sud, et à environ huit ou dix lieues du cap Frio , où , à des profondeurs de 35 à 50 brasses, on trouve fond de roche et gravier. Ce plateau, porté sur quelques cartes portugaises, y est désigné par le nom de AI ar nova [ mer nouvelle ].
Toutes les recherches que j’ai faites dans le pays, parmi les navigateurs familiers avec les mers qui environnent les côtes orientales du Brésil , s’accordent à n’y signaler qu’une vigie , dont l’existence me paraît prouvée : elle est à soixantedouze lieues environ dans le nord 62° est, corrigé de la pointe nord de file Sainte-Catherine , ce qui répond à 2,5 4L 20" de latitude sud et 47° I7' ^9 " de longitude ouest, sur le Routier français de 1 Océan atlantique. Cette carte n’en fait pas mention*, mais une carte manuscrite portugaise que je possède, est plus exacte : la vigie y est placée comme je viens de l’indiquer.
Précautions à prendre pour l’attéragcdcpuis Sainte-Catherine jusqu’à Rio de Janeiro,
Vigie certaine.
Ce danger a été revu , le i 3 février 1 8 1 1 , par le nommé Aïanoel Medeiros , patron portugais que j’ai eu un mois à bord: il l’a presque contourné k demi-mille de distance, dans un petit bâtiment; et quoique, ayant sondé plusieurs fois, il n’ait pas eu le fond à 100 brasses, il m’a affirmé qu’il ne lui restait aucun doute sur la réalité de ce danger. <c C’est, dit-il, une roche nue, ronde, et assez peu élevée sur la mer pour en être souvent couverte par la houle. :» Tous les navigateurs brésiliens croient à son existence ; mais le témoignage de Medeiros , sur-tout , mérite d’entraîner la conviction sur ce point : aucun homme , dans sa classe , ne m’a paru commander la confiance autant que lui.
Précautions Depuis le parallèle d ' Espirito-Santo , la cote du Brésil,
pour {'attèrage , * 1 J
depuis Esphito- en allant au nord , généralement de médiocre élévation .
•Santa jusqu au o
cap samt-Rock. n’0ffie que de distance à autre des hauteurs remarquables :
on doit donc être un peu plus circonspect pour Fattérage. On devra l’être , principalement , quand on se trouvera entre les parallèles de 170 50' et 1 8° 30' de latitude sud, qui sont les limites nord et sud du groupe des Abrolhos , et des fonds qui en dépendent. Nous avons de nombreux motifs pour penser que le méridien de 38° ouest est la limite la plus orientale des profondeurs accessibles de 25 à 120 brasses : les précautions devront donc commencer quand on passera dans l’ouest de ce méridien.