CHAPITRE III
DESCRIPTION DES COTES DE L’ÎLE SAINTE-CATHERINE ET DES MOU 1 LIAGES DANS LA PARTIE NORD DU GOULET FGRMÉ PAR CETTE ILE ET LE CONTINENT.
L Île Sainte-Catherine , dont la pointe nord est par 27° ik sainte- 22' de latitude sud, et 50° /±6‘ 5 2" de longitude
IL Catherine. J 7 / o
ouest de Paris (i ) , est assez élevée pour être vue du large
(i) Cette longitude est fondée sur cette supposition déduite de nos observations dans la campagne hydrographique du Brésil , que la longitude du fort Santa - Cruz d’ Anhatomirim , est de yi° y" ouest de Paris. Cette détermination résulte d’un très- grand nombre d’observations de distances lunaires faites sur les lieux. En les calculant plus soigneusement encore par la suite , en y rapportant toutes nos observations de
à quinze lieues , de beau temps. En approchant, elfe paraît très-hachée , et entrecoupée de montagnes et de vallées profondes. L’élévation est généralement plus grande au sud qu’au nord : les terres du continent , vis-à-vis , sont encore plus hautes que celles de l’île. Toute la cote orientale paraît saine ; elle est escarpée , et l’on y remarque plusieurs îlots. D’après La Pérouse ( vol. 2 , page 3 3 et suivantes ) , « on trouve fond de vase par 70 brasses à dix -huit lieues sur son parallèle; et cette profondeur ^ diminue graduellement jusqu’à quatre encablures du ri- 35 vage, où il y a 4- brasses. »
Environ au milieu de sa longueur, et proche le bord de la mer, est une lagune fort grande, qui, séparant profondément les terres, offre une coupure très-apparente. Elle peut Rcmarquc servir de remarque pour i’attérage. Quand, à trois lieues p°urlaucrascde la côte, on relève cette coupure à l’ouest, la pointe nordest de file reste à trois lieues dans le nord-ouest.
Le passage le plus fréquenté, pour se rendre aux mouil- Ëntrce cfans
le goulet par le
nord.
meme et de différentes espèces , faites sur tous les autres points de fa cote que nous avons visitée, peut-être s’en suivra-t-il une légère correction dans cette longitude. Mais nous croyons déjà pouvoir annoncer que cette correction sera fort petite; et nous regardons provisoirement 510 7" comme une détermination très-satisfaisante pour le méridien du fort Santa-Cruz , que nous avons pris pour premier méridien des cartes de l’expédition.
Si l’on veut s’en tenir à la longitude 45° 37' 50" ouest de Janeiro , selon la Connaissance des temps de 1821, et qu’on en déduise celle du fort d 'Anhatomirim , au moyen de la différence des méridiens donnés par les montres dans l’expédition , on aura pour la longitude de ce dernier point 51° 4' 2i " , qui excède de o° 4' 14" celle que nous adoptons provisoirement. II faudra donc ajouter cette quantité à toutes les longitudes rapportées au méridien de Paris , dans le cours de ce Mé-
moire.
iages du nord du goulet, est entre la partie nord de File Sainte-Catherine et file Arvoredo. On peut fréquenter l’une ou l’autre, en laissant toutefois dans le sud les muleques (2), ou gros rochers, qui avoisinent le rivage de la première. Ce canal est fort beau ; la profondeur, de 24 à 20 brasses, y décroît progressivement, à mesure qu’on avance dans 1 intérieur. Si Ion est forcé de louvoyer, on peut aller jusqu à deux milles de terre, ou l’on trouvera encore de 8 à 6 brasses. La vase prédomine dans les fonds, aussitôt qu’on est en dedans de la pointe Canavieras.
Il y a entre Sainte-Catherine et le continent un grand nombre d excellens mouillages, fréquentés principalement par les pécheurs de baleines , qui y viennent relâcher avant ou après leur pêche. Le tirant d’eau du bâtiment détermine le choix de l’ancrage ; ouest par 6 brasses, fond de vase des bâtiincns verdâtre, quand on fait les relèvemens suivans :
de guerre.
La pointe nord de Sainte- Catherine , au .N. 69° 30' E.
Le milieu du fort Santa-Cru £ [il e Anhatommm]S. 6)° 30' O.
Le fort Saint- Joseph [de Sainte-Catherine ] , au. S. 350 30" E.
La pointe de VArmacao [ continent ], au N. 1 6° 5 3 ' E.
Ces relèvemens sont corrigés de 70 30' de déclinaison nord-est.
A ce mouillage, on jouit presque toujours d’une grande sécurité; car on est environné de hautes terres, excepté au nord-est, doù, comme on la vu plus haut, les vents sont rarement dangereux.
Aiguades. Plusieurs aiguades sont à de très-petites distances : fa meilleure , à deux milles du fort Anhatomirim , n’est guère
(1) Nom générique portugais de tous les rochers qui s’élèvent à peine
au-dessus de la surface de la mer.
Intérieur du goulet.
cju à un mille du batiment. On peut faire du bois à la même proximité. Enfin, les habitations voisines fournissent, à des prix modérés, tous les rafraîchissemens que produit le pays.
Le gouvernement de file Sainte-Catherine réside à la ville siégedu g0ude Nossa Senora del Destero [Notre-Dame de l’Exil] , capitale, située à environ quatre lieues du mouillage. Ce trajet, dans un goulet parfaitement abrité , est presque toujours facile pour les canots.
Le passage du nord au sud de Sainte-Catherine , par le goulet, n’est praticable que pour de très-petits bâtimens , à cause des hauts fonds qui se trouvent vers le milieu de sa longueur. Depuis les îles Ratohes , situées à trois mille quatre cents toises du mouillage dont il s’agit, jusqu’à la ville, le fond décroît de 6 à 2 brasses.
Si l’on était dans des circonstances qui fissent desirer la protection des forts portugais, il faudrait s’approcher davantage de l’un ou de l’autre des trois qui environnent le mouillage. Ce sont les forts Santa- Cru^, sur l’îlot Anhatomirim ; Saint-Joseph y sur une pointe vis-à-vis S ainte- Catherine ; et de Ratohe , sur la plus grande et la plus nord des deux petites îles de ce nom. Les feux de ces batteries ne se croisent sur aucun point de manière à faire une bonne défense ; mais on pourrait s’approcher assez de chacun des deux premiers sur-tout pour en recevoir assistance.
Les vents les plus ordinaires dans le goulet de Sainte- Vents qui y Catherine suivent sa direction, soit dans un sens, soit dans l’autre ; mais ils sont rarement viofens.
Les marées sont régulières dans toutes ces baies ; elles ont cela d’étrange, qu’elles entrent par le nord et par le sud du goulet en même temps, et se rencontrent dans la rade de la ville. Elles ressortent ensuite par les mêmes passes, pen-
Défcnsc du mouillage.
Marées.
Ressources
àe la relâche à Sainte - Cache -
line.
Précautions a prendrequand on s’approvisionne de bois a feu.
Position du fort Santa-Cru £ sur i îlot d ’Anhaiommm.
dailt plus ou moins de temps, selon que le vent Tes contrarie ou les favorise. La différence de leur niveau est ordinairement de deux à trois pieds. Dans les syzigies , elle va parfois jusqu’à six pieds ; mais cette élévation est remarquable. La vitesse moyenne du courant excède rarement trois dixièmes de mille à l’heure à mi-marée. Enfin , l 'établissement des marées est de deux heures trente minutes.
Indépendamment des ressources principales, telles que i’ahri, l’eau et le bois à brûler, que les mouillages de Sainte- Catherine peuvent offrir, on y trouve encore des vivres et des rafraîchissemens précieux en bestiaux, volailles, riz, farine de manioc, arack de sucre, sucre, café et fruits. On s’y procurerait encore aisément les bois de construction nécessaires à des réparations : les forêts environnantes en sont abondamment pourvues.
La plupart des plages de l’intérieur permettent de jeter la seine ; mais toutes les saisons n’y sont pas également favorables à la pêche. La Pérouse fa trouva abondante au mois de novembre ; je fus moins heureux au mois de mai.
Quand on s’approvisionne de bois à feu à Sainte-Catherine , et généralement sur toutes les côtes du Brésil, il convient de prendre de préférence de jeunes arbres. Les vieux troncs , remplis de cavités, recèlent beaucoup d’insectes ou d’œufs plus ou moins venimeux, qui seraient préjudiciables à bord. Il est prudent de jeter le bois à la mer avant de rembarquer,
La latitude du mât de pavillon du fort Santa-Cru ç d 'Anhatomirim est de 270 25' 35" 4.0'" sud.
La longitude du même point peut être provisoirement fixée à 5 i° 7" à l’ouest de Paris. ( Voye^ la note de fa page 22,)
La déclinaison de l’aiguille aimantée a été observée , au Déclinaison mouillage ci-dessus désigné, de 70 29' 26" nord-est, en mai 1815).
L’attérage sur Sainte-Catherine , en quelque saison que ce soit, peut être fait sur l’un ou l’autre des parallèles compris entre ceux de 270 25' et 27° 50' sud, qui sont voisins des parallèles extrêmes de cette île. Les vents et les courans seront rarement assez forts pour qu’il soit difficile de redresser, en fort peu de temps, l’erreur de la route, quel qu’en soit le sens. Néanmoins il convient de se tenir de préférence sur les parallèles méridionaux dans la mousson du sud, et sur ceux du nord dans la mousson contraire.