PIÈCES JUSTIFICATIVES
À. — Observations recueillies dans le service de Clinique obstétricale de Rouen
OBS. 1. —"E:, femme T..., €ntre à là :salle. 22 le 2 octobre 1907, Son état général est très grave. Ses deux reins suppurent {pyélonéphrite avec fièvre). Elle est enceinte de 6 mois. Traitée médicalement jusqu'au 10 novembre. A cette date, il n'y a aucune amélioration; on décide alors le traitement classique conseillé en pareil cas, c’est-à-dire l'accouchement prématuré provoqué. La femme est délivrée normalement le 11 novembre. Les suites de couches sont absolument normales, mais les reins continuent à suppurer ; la pyélonéphrite antérieure à l'accouchement persiste. Cette malade meurt Île 21 décembre 1907 de cachexie et de noma qui a détruit
toute la joue droite. L’autopsie montre deux reins malades et suppurés, un foie insuffisant, aucune lésion de l'utérus ni du péritoine.
Ogs. II. — C.. Henriette’ entre # la Maternité le 21 décembre 1907. à 10 h. 45 du matin. Elle vient, dit-on, d’avoir de violentes crises d’éclampsie. Elle est dans un état comateux absolu. Le traitement classique est fait séance tenante (saignée, sérum, inhalations de chloroforme, etc.). Malgré ces soins continus, la malade a des crises violentes qui se répètent toutes les dix minutes. A 8 h. 10 du soir, elle accouche d'une fille mort-née. La délivrance est normale. Une élève de garde demeure en permanence auprès de cette femme. Tous les soins demeurent inutiles. Cette malheureuse ne reprend pas connaissance. Elle meurt le 23 décembre à midi 45. L'interrogatoire de la famille nous a appris que cette femme avait de l’albumine depuis au moins trois semaines, et qu'un médecin de la ville avait conseillé le régime lacté, ce qui n'avait pas été observé.
Ogs. III. — B..., femme T.., entre à la Maternité le 8 janvier à 11 heures du matin. Elle est dans un état très grave, en travail depuis plusieurs jours. L'enfant est mort et tellement putréfié que tout le ventre de la malheureuse est distendu par des gaz provenant de la décomposition cadavérique du fœtus. Le pouls est petit, presque incomptable. Séance tenante, le P' Martin et le D' Vallée, chef de clinique, font tout pour sauver cette femme ; et, sans délabrements, sans déchirures, par de simples manœuvres manuelles et sans instru-
rs, ments, ils extraient un fœtus d’une puanteur écœurante. Mais il est trop tard : la femme T... succombe le soir même.
O8$. IV. — F..., femme D... entre à la Maternité le 10 janvier. On l’y amène pour une hémorragie foudroyante ayant pour cause une insertion vicieuse du placenta. Le pouls est filiforme, incomptable. C’est un médecin de la ville qui adresse la malade à la Maternité. De suite la délivrance est faite par M'e T..., sage-femme en chef, et M. A... interne du service. Mais cette femme est exsangue ; malgré le sérum etles soins classiques, elle meurt au bout de quelques minutes.
Os. V. — D..., Marguerite, entre le 10 janvier. Elle est en pleine péritonite suraiguë. Elle a des vomissements fécaloïdes, le ventre très ballonné, le faciès mauvais, le pouls filiforme. M. le professeur Martin diagnostique des accidents consécutifs à un avortement qu'il croit provoqué : la malade avoue qu'elle a tenté de se faire avorter. On lui fait le traitement médical de la péritonite ; l'intervention chirurgicale ne peut être tentée, parce qu'il est trop tard. Cette femme meurt le 11 janvier 1908.
OBs. VI. — L..., femme D..., entre le 7 janvier 1908 à 4 h. 45 du matin, avec une dilatation ayant la dimension d’une pièce de 5 francs. Elle souffre déjà depuis À jours, et on a tenté à son- domicile 4 opérations de forceps qui sont demeurées infructueuses ; c'est une
primipare de 42 ans ayant un bassin vicié. La température prise à son arrivée est de 38°4 ; c’est donc une malade déjà infectée avant son entrée. On attend jusqu’à 5 h. 30 du soir que la dilatation du col soit complète. L'intervention est faite par M. le professeur Martin qui extrait facilement un enfant en état de mort apparente, mais ranimé assez vite par des soins immédiats. Sa mère continue à faire de la fièvre, malgré les soins dont son bulletin clinique peut faire foi ; elle présente le 12 janvier une éruption scarlatiniforme typique, Elle meurt le 13 janvier.
OBs. VIK-—:D..., femme B:., entre le: 281 décembre à 9 h. 20 du matin. Elle est en travail depuis plus de deux heures lors de son arrivée; les douleurs ont en effet commencé à 7 heures du matin. Elle accouche normalement et spontanément ce même jour, à 11 h. 35 du matin. Le 30 décembre, elle est prise de frissons; et à parir de ce jour, soignée, par des injections intra-utérines de permanganate et des injections sous-cutanées d'électrargol. Malgré tous ces soins, la malade présente de l’arthrite infectieuse du coude et du poignet gauches. Elle succombe de septicémie le 1? janvier 1908.
Conclusions particulières pour les observations recueillies à Rouen
Il résulte de ces faits que les femmes mariées ont succombé au cours de la parturition dans une proportion infiniment plus grande que les filles-mères.
Ce n’est pas évidemment à l'état civil de ces malades qu'il faut attribuer la mortalité terrible qui a. frappé les femmes mariées alors que les filles-mèêres ont été si peu atteintes. Nous avons dit d'autre part que ce n’est pas non plus aux soins médicaux qu'il convenait de s'en prendre. [l ne reste plus qu'une interprétation plausible pour expliquer la différence considérable observée dans - la mortalité des filles-mères et des femmes mariées.
La voici:
Retenues dans leurs ménages, soit par la crainte de quitter leurs enfants ou leur mari, soit par la terreur irraisonnée de l’hôpital, les femmes mariées n’ont consenti à accepter l'hospitalisation que trop tardivement, alors que des complications graves, mais évitables plus tôt, les y ont obligées ; les filles-mères-au contraire ont d'emblée demandé leur hospitalisation ; elles n'avaient peut-être pas le moyen de l’éviter, elles n'avaient pas en tous cas les mêmes raisons de demeurer chez elles : elles ont réclamé en temps utile l'assistance d’an personnel médical éclairé et dans un milieu propice.
Pour les autres, au contraire, ou bien il y a eu intervention intempestive dans un milieu défavorable, ou bien il ya eu excès de temporisation pour une intervention indispensable. En tout cas, il y a eu pour elles une assistance insuffisante ou mal organisée : voilà pourquoi elles ont été victimes, et voilà pourquoi notre Maître, le professeur Martin, a pu déclarer qu’en matière obstétricale, «l'assistance médicale à domicile à fait faillite ». Il n’y a, en pareil cas, de réellement efficace que l'hospitalisation précoce,
MEL og =
Nous allons voir maintenant si des faits analogues vont confirmer, à Montpellier, les conclusions qui se dégagent des observations rouennaises.
B. — Observations recueillies à la Maternité de Montpellier
O8s. 204. — Femme P.., 34 ans. Entre à la Maternité le 30 mai 1909. ;
Cette femme a eu déjà deux grossesses terminées toutes deux par l'extraction au forceps d'enfants morts : bassin rétréci.
Depuis le 1* avril, elle a des hémorragies répétées et abondantes. Depuis le 26 mai, l'écoulement sanguin ne s’est pas arrêté ; la parturiente esttrès anémiée.
A son entrée : pouls à 108, pas de fièvre, pas de douleurs, l'hémorragie augmente d'intensité.
Le toucher fait constater un col long, ouvert largement, on sent le placenta au niveau de l'orifice interne. Comme on ne peut pas atteindre les membranes et que l’'hémorragie continue, on met un ballon de Champetier n° 1, puis ballon n° 2, puis ballon n° 3. Il est environ 7 heures {1 heure après l'entrée dans le service). On peut décoller le placenta à droite, on déchire les membranes largement eton faitune version : un membre inférieur est amené à la vulve, on attend, le siège du fœtus faisant tampon et arrêtant l'hémorragie.
À 7 heures et demie. — La dilatation étant complète, on termine l'extraction. En raison d'un rétrécissement
A pelvien, le passage de la tête au niveau du détroit supérieur à offert quelque difficulté.
7h. 50. — La délivrance, artificielle, est terminée à 7 h. 50. Injection très chaude vaginale, puis De
intra-utérine. La malade ne saigne plus.
8 h.10. — La malade pâlit encore, le bandage recouvrant la vulve et l’alèze sur laquelle la malade repose sont ensanglantés : on introduit la main dans l'utérus et on retire. des caillots ; tamponnement fortement serré à la gaze slérilisée. Malgré ce tamponnement, malgré des injections sous-culanées de strychnine, d'huile camphrée, d’éther, caféine, et environ 1500 gr. de sérum artificiel faits en 4 fois, la malade à 8 h. 20 ne donne plus signe de vie et ne peut être ranimée.
Ogs. 101.— Femme B...,30 ans. Entre en pleine infection puerpérale, le 23 février 1907s Accouchée il y a 10 jours d’un enfant vivant; on a dû faire une application de’forceps.
Cette femme présente des Do auIee délirants survenus. il y a 7 mois, à la suite d’une très forte émotion (mari écrasé); depuis, elle a du délire mystique (anges, ciel), tranquille, mais qui a été aggravé par linfection actuelle.
À son entrée : pouls fréquent, température élevée, lochies purulentes, utérus gros.
24 février. — Curettage, écouvillonnage, cautérisation iodée.
Les jours suivants : injections intra-utérines ; collargol en injection intra-veineuse, huile camphrée,
sérum.
27 février. — La malade tousse el expectore des
crachats sanguinolents. Auscultation des deux côtés de la poitrine : foyers de broncho-pneumonie. On pose des ventouses sèches et administre de l'oxygène. On tente de provoquer un abcès de fixation au moyen d'une injection sous-hypodermique de ?-cc. d'essence de térébenthine. ;
28 février. — L'abcès ne s’est pas formé; on en essaie un nouveau. La malade succombe dans la soirée par collapsus cardiaque.
Ogs. 41. — Femme P..., 29 ans.
Entre le 14 décembre 1908 dans le service, 7 jours après son accouchement ; . elle est en pleine infection.
14 décembre. — Le jour même de son entrée, on lui fait un curettage, FRANS cautérisation iodée.
Pouls : 100, le s8ir : 108. Température : 380, : soir : 39°.
On injecte 300 cc. de sérum caféiné.
15 décembre. — Injection intra-utérine au permanganate.
Pouls : 110-120. Température ; 39°4-40°2.
16 décembre. — 2? injections intra-utérines au per-
manganate. Electrargol : 10 cc.
Pouls : 120-126. Température : 39°8-40°3.
17 décembre. — La malade a un frisson.
On continue les injections intra-utérines au permanganate, l’électrargol, l'huile camphrée, le sérum caféiné.
Il est procédé de même les jours suivants.
21 décembre. — On essaie de provoquer un abcès de fixation par l'injection de 2? ce. d'essence de térébenthine.
Er 06 FER 22 décembre. — La malade succombe : le pouls est incomptable et la température atteint 41°6.
OBS 182 FemmeR:. 31 4ns:
Entre à la Maternité le 16 janvier 1908, pour infection puerpérale, 10 jours après son accouchement.
A l'entrée : Température : 395. Pouls : 128.
16 janvier. — On lui fait aussitôt une injection intrautérine iodée et 500 cc. de sérum caféiné.
17 janvier. — Injection intra-utérine de permanganate, matin ei soir. Température : 39°7-39°5. Pouls : 120-120.
18 janvier. — La malade tousse et expectore des cra-
chats sanglants.
A l’auscultation : foyers de congestion intense aux deux poumons. Cataplasmes sinapisés.
On administre 500 cc. de sérum strychniné et 2? ce. d'huile camphrée.
19 janvier. — Le même traitement est continué ; on y'adjoint : 10 ce. d’électrargol ; 4 cc. d’éther camphré ; à cc. de caféine,
Pouls : 120-126. Température : 37°6-37°6.
La malade succombe dans la nuit du 19 au 20.
Conclusions pour les observations recueillies à la Maternité de Montpellier
Al
Nous avons tenu à rapporter ces observations de femmes ayant succombé à la Maternité, car 1l était utile, à notre avis, de bien montrer que tout avait été fait pour
D) les arracher à la ‘mort : les soins les plus dévoués et les interventions les mieux conduites.
Pourquoi done ces décès? Parce que ces malades n'ont été hospitalisées que trop tardivement ou parce qu'elles, ont subi, avant leur entrée à l'hôpital, des manœuvres toujours dangereuses, chez elles, à domicile, par conséquent dans un milieu où rien ne permet l’asepsie et par conséquent la sécurité absolue au point de vue chirurgical ou obstétrical.
Faut-il rappeler que la malade de l'observation 204 n'est arrivée à la Maternité que le 30 mai, presque exsanoue, et alors que depuis un mois elle avait des hémorragies abondantes qui l'ont complètement épuisée ?
Pour la malade de l'observation 101, n’a-t-on pas le droit de dire qu'une application de forceps faite à l'hôpital n'aurait pas été suivie d’une infection puerpérale pour laquelle la malade n'est hospitalisée qu'au bout de 10 jours ?
Enfin. dans l'observation 41, ne s'agit-il pas encore d'une malheureuse infectée qui n'arrive qu'au bout de 7 jours ? et n’en est-il pas de même dans l'obs. 82 où il est question d’une malade apportée en pleine infection dix jours après son accouchement ?
N'a-t-on pas le droit de dire, si l’on compare ces résultats déplorables aux résultats parfaits constatés chez les parturientes de la Maternité, n’a-t-on pas le droit de dire . qu'il est vraiment regrettable de ne pas ordonner l’hospitalisation des parturientes sinon à la fin de la grossesse, du moins dès le début du travail?
Que de morts seraient ainsi évitées !
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