‹ Nécessité de l'intervention systématique immédiate dans la grossesse tubaire non rompue, la rupture tubaire et l'hématocèle constituéeChapitre 8 sur 19 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

De l'intervention avant la rupture tubaire

En présence d’une grossesse tubaire non rompue avant le cinquième mois, personne n’a jamais songé à compter avec la vie de l’enfant, personne ne s’est bercé de l’espérance illusoire que, la rupture n’ayant pas lieu, l'enfant pourrait aller à terme et être extrait vivant par une opération. Nous trouvons dans la thèse de Cestan (Paris 1894), que Puech a noté, sur 100 cas de grossesse ectopique, 98 ruptures, dont 97 fatales, soit donc 97 pour cent de mortalité. IT n’est donc pas téméraire de dire que la grossesse extra-utérine se termine toujours par Ja rupture et la rupture toujours par la mort, si on n'intervient pas. Les quelques femmes qui échappent à cette loi, guérissent, si on peut appeler cela guérir, par hematosalpenx, hématocèle qui peut se resorber, lithopédion, ete. Donc s’abstenir en présente d’une grossesse tubaire diagnostiquée, c’est en vouloir la rupture, et s’abstenir en présence d’une rupture, c’est vouloir la mort de la malade.

Tous les chirurgiens sont d'accord sur ce point. En théorie, ils admettent la nécessité de l’intervention immédiate. Mais que veut-on dire par intervention immédiate ? On a la déplorable habitude de prendre son temps pour confirmer le diagnostic, réunir la famille, préparer la ma-

lade à lopération. Ainsi, les heures et les jours passent, et la femme est exposée à des dangers constants. Lorsque les accidents surgissent, ils peuvent être, ils sont ordinaircment terribles, et la femme peut succomber à une de ces crises cataclysmiques, bien connus, presque classiques. Donc, le diagnostic de grossesse tubaire étant posé, l’hospitalisation doit être immédiate, suivie à bref délai d’une opération.

Si les cas sont relativement rares, pour lesquels on a prévu une rupture, c’est que, presque toujours, la femme se croit normalement enceinte, rien ne vient troubler s: quiétude, jusqu’au jour où, sous l'influence d’une fatigue, d’une émotion, du retour d’une période menstruelle, éclate la crise. |

Nous donnons comme: type de rupture, l’observation suivante. Elle est reproduite textuellement. Elle à été publiée par MM. Lande et Doche, dans le Journal de Médecine de Bordeaux, le 27 mars 1911. :

«Madame X.. 28 ans. Nous sommes appelés à bord d’un des paquebots des Messageries Maritimes, le 2 avril, à midi : la malade à éprouvé, par deux fois, pendant sa traversée de Buenos-Ayres à Bordeaux, des troubles douloureux à localisation abdominale. Au moment où nous arrivons à la cabine, nous trouvons celle-ci, habillée, déjà prête à débarquer et déclarant qu'elle ne souffre plus. En vue d’un examen, elle se fait conduire, à treize heu. res, à la Maison de Santé, rue d'Arès. Nous la voyons le soir, à dix-huit heures.

» Madame X.… est une femme de constitution vigoureuse, qui a eu une grossesse normale à l’âge de vingt ans. Depuis, rien d’anormal, la dernière époque menstruelle s’est manifestée, le 8 décembre 1909. Depuis ce jour-là, la santé de la malade n’a présenté aucune altération. Elle n'a pas eu, en particulier, de troubles gastriques, pouvant nous faire penser qu’elle était enceinte, elle a continué

a mener une vie active et c’est seulement pendant la tra-

Pr tes

versée, que par deux fois et sans raison apparente, la patiente, a ressenti des accidents douloureux à l'abdomen.

» À l’examen, nous trouvons, par palpation et toucher combinés, une masse ayant à peu près le volume de deux poings, qui occupe la région inférieure de l'abdomen, plus particulièrement, lhypogastre et la fosse ilaque droite. Les seins contiennent une petite quantité de colostrum ; les autres organes ne présentent rien de particulier. Nous portons le diagnostic de grossesse tubaire et nous avertissons la malade de la nécessité d’une intervention à bref délai. Nous Jui recommandons, en attendant, Île repos au lit. |

» Le lendemain, à 8 heures du matin, au moment où la malade se retourne dans son lit, elle est prise, en présence de l'infirmière, d’une douleur extrêmement vive dans l'abdomen. Elle veut se lever, dit-elle, pour se rouler par terre, on l’en dissuade, on la maintient au lit. Elle déclare bientôt ne plus souffrir et se retourne sur le côté pour se livrer, dit-elle, au sommeil. À ce moment, l'infirmière l’interroge, elle ne répond pas. On lui fait, aussitôt, une injection de caféine, mais la malade succombe. La scène entière n’avait pas duré dix minutes.

» L’autopsie, fut faite, par le Docteur Lande. A l'ouverture de l’abdomen, on se trouve en présence d’un liquide séro-sanguin qui inonde toute la partie inférieure du ventre. Dans ce liquide flottent des caillots noiratres. Ces caillots sont enlevés avec soin. On voit alors que la trompe droite présente une dilatation du volume d'un poing. À la partie externe de cette tumeur, se trouve une déchirure longue de six à sept centimètres à bords déchiquetés, par où sortent les membres inférieurs du fœtus. »

Des cas de ce genre, donnent à réfléchir.

M. le Professeur Bégouin rapporte dans sa communication à Ta Société d’'Obstétrique et de Gynécologie du 24 janvier 1922 le fait suivant : Au début de sa carrière il porta un diagnostic de grossesse tubaire. L'intervention fut décidée.

Ar

Deux jours se passèrent. La veille de l’entrée de la malade à ia maison de santé la rupture se produisit. L'opération fut faite en pleine hématocèle.

Si, au lieu d’une hématocèle, c'eût été une inondation, ce retard eût pu être payé de la vie.

— M. Lande, à la Société Anatomo-clinique de Bordeaux, le 31 mars 1913, a rapporté le cas d’une mort rapide par rupture de grossesse.

M. le Professeur Rivière a cité le cas d’une dame pour qui le diagnostic de grossesse tubaire était porté. Elle va à Paris, malgré l’avis du docteur. Elle tombe dramatiquement dans la rue, heureusement en face de lPhôpital Beaujon : on y transporte, elle est opérée sur le champ : c'était une rupture.

— M. le Professeur Duvergey nous a parlé d’un confrère chirurgien à Beifort qui diagnostiqua une grossesse tubaire chez sa femme. Consultation d’un chirurgien de Nancy qui dit: «surveillance pendant quelques jours. » Or, chez elle, un jour qu'elle prenait son bain, crise dramatique, douleurs syncopales, et elle mourait dans les bras de son mari !!

— Autre observation inédite (due à l’obligeance du Docteur Duvergey). Madame X... rentre le 17 juillet 1906 salle 8, lit 5, pour douleurs abdominales. On porte le diagnostic de grossesse extra-utérine droite. Expectation, glace sur le ventre. Le 22 juillet douleur subite en coup de poignard : syndrome d’'hémorragie interne à 9 h. 30 du soir. A 10 heures du soir, laparatomie par le Docteur Duvergey : c'était une inondation péritonéale en trente minutes. Guérison.

—— Bernay (Deutsch Méd. Woch 1890, cité par Regnault dans sa thèse, Paris 1891). Femme âgée de 25 ans. Grosesse lubaire récente. La laparotomie est acceptée. Au moment de l'ouverture du sac, hémorragie abondante arrêtée par constuction des doigts. Guérison.

— Habault (Thèse de Paris 1911, Obs. D).

Diagnostic de grossesse tubaire est porté à 7 heures du malin. Crise à 7 heures du soir. Laparatomie à minuit : mort quatre jours après.

— Grace Wolcolt (Boston méd. 1893, cité dans thèse Cestan, Paris 1894). Femme 40 ans, deux accouchements normaux. Aménorrhée de trois mois avec douleurs abdominales.

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