‹ Nécessités d'un Retour à la TerreChapitre 13 sur 49 · AA · texte numérisé non relu

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Les premiers pionniers agriculteurs avaient pratiqué l'exploitation naturelle des richesses du sol selon les principes d’une agriculture intensive et non conservatrice, en vue de l’obtention des produits au plus bas prix de revient possible. Ils avaient cultivé une terre, en avaient tiré le maximum, puis l’avaient abandonnée pour en défricher une autre aussi fertile, sans souci de restitution à la première des matériaux prélevés par les magnifiques récoltes. C’est ce que certains économistes ont appelé « l’agriculture minière » (5), le sol étant travaillé comme une mine qu’on épuise avant d'en découvrir une autre. Cette agriculture est caractérisée par la non-restitution au sol des matières fécondantes, par le voisinage des champs cultivés avec de vastes jachères nues et même par le déplacement radical de l’exploitation rurale une fois que toutes les terres environnantes ont été appauvries.

Les premières lois de colonisation, celle de 1841 aussi bien que celle de 1862, ne mirent pas un frein à cette tendance déplorable. Au contraire, elles l’accentuèrent (6). Le Gouvernement fédéral se bornait à donner aux colons des facilités pour qu’ils pussent se procurer de la terre, les laissant libres de choisir leurs lots, de faire les frais de l’exploitation, de s’adapter au milieu dans lequel ils s’ins-

-tallaient. La plupart des Etats avaient pris le parti d’aban-

donner les nouveaux venus entre les mains d’agences privées spécialisées dans la vente de propriétés, et même d'aider ces agences dans leurs efforts pour attirer les colons, quels qu’ils fussent. Le souci de la qualité de la terre était inexistant aussi bien que celui de la valeur du colon. On ne tenait pas suffisamment compte de l’étendue de l'effort demandé, non plus que de l’importance du capital nécessaire pour la création d’une ferme. Il s’ensuivit que trop de gens inexpérimentés, incompétents, inaptes à l’agri-

(5) Cf. Michel Cépède, « L'organisation agricole aux U. S. A. et en Lo Bulletin du Comité National de l'Organisation française, mai 1939, F (6) Cf. W.-A. Hartman, Chef de service à la Section de l'Economie rurale

aux U. S. A. Rapport présenté au Congrès de la Colonisation rurale, Alger, 26-29 mai 1930.

culture, achetèrent des terres impropres au genre de culture qu’ils essayaient d’y pratiquer et les détériorèrent inutilement. Enfin, depuis la Grande Guerre, un grand nombre de fermiers (tenants) et de propriétaires exploitants déjà affectés par la crise, n’eurent plus les moyens de s’abstenir d'employer des méthodes de culture qui ruinèrent la fertilité du sol. :

De cette accumulation de facteurs néfastes à la bonne conservation du sol américain, il résulta que les terres les plus riches du monde furent menacées d’un épuisement radical (7). On peut calculer que de 1929 à 1933 les U.S. A. avaient perdu, rien ‘qu’en érosion, plus de 30 millions d'hectares autrefois cultivés. Les récoltes avaient peu à peu exporté l’humus fécond des prairies, les terres noires avaient blanchi, elles avaient été emportées par l’eau rendant les barrages inutilisables ou par le vent dans de terribles tornades de poussière. On constatait dans les Etats humides du Nord la disparition d’un quart d’azote initial, d’un cinquième de phosphore, d’un dizième de potassium et d’un tiers de soufre (8).

Ainsi, une nation de 122 millions d'habitants (9), disposant d’un territoire de 7.839.000 km?, pouvait risquer tout d’un coup de se trouver sans terres et sans forêts exploitables et gâchait des ressources naturelles dont sa population, rapidement croissante, exigerait bientôt pour sa subsistance l'exploitation totale et rationnelle. Ce fut la deuxième raison économique qui poussa le Gouvernement des U. S. A. à revenir à une politique agricole.

La troisième raison, nous la trouvons dans l’inquiétante situation démographique dont l’exode rural et le chômage constituent les points cruciaux.

(7) Dans l'Iowa-Nebraska le sol s'augmentait d'environ | pouce tous les 500 ans quand arriva l'Européen.

(8) Rapport annuel de M. Henry A. Wallace, alors Secrétaire Fédéral du Département de l'Agriculture, 1934,

(9) Exactement 122.775.046 habitants au recensement de 1930 (= 41,3 hab.

au km).

Les U. S. A. avaient été à l’origine exclusivement agricoles comme tous les « pays neufs », mais très vite leur population s'était urbanisée. Il n’y avait pas eu perte des campagnes en faveur des villes, on avait assisté simplement à un phénomène d'urbanisation plus intense et plus rapide que celui de ruralisation. Les immigrants qui étaient la source presque unique de croissance démographique s’orientaient davantage vers les villes où l’industrie naissait, que vers les campagnes où la condition de salarié agricole était très inférieure à celle d’ouvrier d’usine.

Le tableau ci-dessous, tiré de l’Annuaire Statistique

officiel Américain (10) indique clairement l’accentuation du phénomène urbain.

Population urbaine Population rurale (11)

1890 35,4 % dela population 64,6 % de la population

Fe totale totale (= 22.298.359 (= 40.649.355 pers.) pers.) 1900 40,0 60,0 Z 1910 45,8 % 542 1920 51,4 % (= 54.304.603 48,6 % (= 51.406.017 pers.) pers.)

Comme on le voit, en 1920 les deux populations, urbaine et rurale, s’équilibraient.

Mais à partir de 1924, à partir du moment où les U. S. A. fermèrent leurs portes aux émigrants en vertu de l'Immigration Act et commencèrent par là même à se stabiliser démographiquement, on eut à déplorer le déclanchement de l’exode rural.

A vrai dire, ce ne fut pas un exode rural comparable à ceux des pays d'Eurcpe, car en même temps qu’un mou-

(10) Cf. Statistical Abstract for the United States, 1938. Washington, 1939, Bureau of the Census, p. 6.

(11) On appelle en Amérique population rurale celle qui vit dans les agglomérations de moins de 2.500 habitants. Les chiffres n'ont donc qu'une valeur relative.

vement se produisait vers les villes, un autre mouvement avait lieu vers les campagnes. C’est en faisant le calcul des profits et des pertes qu’on s’apercevait que toutes les pertes étaient pour les campagnes.

De 1920 à 1930, on estime que 18 millions de personnes abandonnèrent la terre et que 13 millions y allèrent. La perte rurale s’élevait donc à 5 millions (12).

Les pourcentages de population rurale et urbaine durant ces dix années passèrent de 51,4 % à 56,2 % pour la population urbaine, et de 48,6 % à 43,8 % pour la population rurale. Ils confirmaient l’intensité de la perte des campagnes (13).

On peut trouver à cet exode rural plusieurs causes : l’espoir de gains plus élevés dans l’industrie, l’essor du machinisme qui prenait la place des hommes, la rationalisation de l’agriculture qui réduisait les frais de production tout en augmentant ses profits, et enfin l’usure du sol.

Une enquête faite en 1930 par le B. I. T. révéla que sur 100 personnes abandonnant la terre pour la ville, 33 étaient poussées par des mobiles économiques (désir de vivre mieux) et 25 par leur incapacité physique (travail de la terre trop fatigant) (14).

En 10 ans, nous l’avons vu, — de 1920 à 1930, — la campagne avait perdu en moyenne 500.000 personnes par an. En 1927, la perte s’éleva à 457.000, en 1928 à 422.000, en 1929 à 477.000 (15).

C’est alors que le chômage industriel s’abattit avec une soudaineté catastrophique sur les U. S. A. (16). Dès

(12) Chiffres extraits d'un article intitulé : « Is population moving back to RES »? dans le Dun-Bradstreet-Monthly Review, New-York, mai 1936, P-

(13) En Géorgie et en Caroline du Sud, le nombre de fermes de 1920 à 1930 avait diminué de 50.000.

(14) Cf. B. I. T., « Unemployment problems in the United States », Genève, 1931. Série C, n° 17, pp. 44 et suiv.

(15) Chiffres extraits des Agricultural Statistics, 1939. U. S. Department of Agriculture Washington, 1939, p. 484.

(16) En temps ordinaire aux Etats-Unis, il y avait | million environ de gens sans emploi, la plupart en chômage temporaire par suite de la disparition normale et continue de petites industries.

1929, il affecta plus de 2 millions de travailleurs de façon permanente.

En 1930 il s’étendit à 4.921.000 hommes

Le chômage, conséquence de la crise de surproduction mondiale, devait prendre aux U. S. A. des proportions gigantesques pour des raisons particulières : d’abord parce que les industries engagées dans la production massive, rationalisées, avaient fonctionné avec une très petite marge de profit et tablé sur le grand nombre de produits vendus (une perte légère risquait donc de provoquer l'arrêt de beaucoup d’usines), ensuite parce qu’üne formidable poussée des valeurs due à une spéculation désordonnée avait précédé la crise ; enfin, parce que l'étendue des dettes et du crédit aux U. S. A. avait dépassé à l’excès les proportions normales pour une extension saine des affaires.

En présence de ces millions d'hommes sans travail entassés dans les villes, quelle allait être la réaction des ruraux ? Le mouvement vers les cités allait-il se poursuivre ? Comme il était facile de le prévoir, il s’atténua tandis que le mouvement vers les campagnes s’accentuait (de nombreux chômeurs y cherchant un refuge).

En 1930, la perte rurale ne fut plus que de 212.000 personnes, en 1931 de 20.000 personnes, et en 1932, l’exode des cités vers la terre fut supérieur à l’exode rural : les campagnes firent un gain de 266.000 individus, ce qui ne s’était encore jamais vu dans les annales de l’économie américaine.

Aussitôt les économistes chantèrent victoire et proclamèrent, — sans attendre plus ample confirmation du phénomène, que les U. S. A. étaient en route pour un retour massif à la terre, qui résoudrait la crise. Le Gouvernement

(17) Chiffres extraits du Rapport de la Commission Présidentielle chargée: de préparer la loi de sécurité du 14 août 1935 sur les assurances sociales.

lui-même fit preuve d’un optimisme que les faits ne devaient malheureusement pas justifier (18).

En effet, le « contre-exode rural » ne fut qu’un feu de paille. En 1933, de nouveau, malgré un chômage industriel à son paroxysme, les campagnes perdirent 281.000 personnes au profit des villes. L’une des raisons qui explique cette reprise de l’exode rural, c’est que le chômage qui jusqu’alors n’avait sévi que dans les usines avait atteint en 1932 - les fermes : en 1933, on comptait 338.000 chômeurs ruraux (19). Pourquoi les chômeurs urbains seraient-ils revenus à la terre puisque la terre ne nourrissait même plus ses travailleurs habituels ?

Le chômage combiné avec l’exode rural et aggravé par lui constituait donc pour les U. S. A. une véritable plaie démographique qu'il fallait soigner au plus tôt.

A ces maux criants d ’actualité s’ajoutait un mal latent qui risquait de miner la structure vitale des U. $S. A. à plus ou moins longue échéance, et les esprits commençaient déjà à s’en inquiéter. Il s’agissait du vieillissement des U. S. A. La nation ne progressant plus par immigration, devait désormais se suffire à eile-même. Il fallait donc qu’elle songeât à trouver en elle les éléments de son rajeunissement et à les favoriser énergiquement. On avait remarqué la décroissance continue de la jeunesse urbaine, phénomène commun à toutes les cités (20), d’où l’on avait déduit qu’en 1930 il y aurait dans la population urbaine 200.000 enfants de 14 ans en moins qu’en 1935 et en 1950, 600.000 enfants en moins, ce qui constituerait une perte de 25 %. Au contraire, on avait observé que la natalité rurale augmentait sans cesse, que les familles les plus nombreuses vivaient à la campagne, et que c'était dans les rangs de la jeunesse

(18) CE The Agricultural Situation. U. S. Department of Agriculture, Rapport annuel, mai 1930.

(19) Chiffres extraits de la Revue Internationale du Travail, janvier 1936. « L'estimation du chômage aux U. S. A. », par Robert-R. Nathan, pp. 54 à 84

(20) Entre 1930 et 1933, la diminution des naissances avait atteint 16 % à New-York et 19 % à Chicago.

rurale que se recrutaient les éléments de reconstruction des cités (21). :

SECTION II

LA Réorganisation de la production et de la vente

En 1933, les U. S. A. se trouvaient en présence d’une situation difficile dont nous venons d'étudier les principaux aspects. Ces aspects peuvent se ramener à trois :

1° Surproduction générale ;

2° Appauvrissement du sol ;

3° Crise démographique.

C'était plus qu’il n’en fallait pour coniraindre le Gou-vernement à s'engager à fond dans une politique en faveur de l’agriculture. D’elle seule on était en droit d'attendre un secours, car elle seule paraissait capable d’absorber les millions d’activités humaines livrées au désœuvrement.

Mais avant de lui demander d’occuper les chômeurs, il était urgent de la réorganiser pour lui demander de faire vivre d’abord les agriculteurs. N’oublions pas que la crise agricole américaine (au même titre que la crise industrielle), était avant tout une crise de surproduction. Les U. $S. A. avaient trop de bras, mais ils avaient aussi trop de blé. Le problème eût été plus facile à résoudre s’ils avaient eu trop de bras et pas assez de blé. Il eût paru logique dans ce cas d'employer l’excédent de main-d'œuvre à produire ce qui manquait, mais nous avons déjà pu juger, d’après l’exemple de l’Angleterre, que ce système de compensation, — d’aspect si simple, — était presque irréalisable. Que penser alors de la situation américaine où l’encombrement existait des deux côtés à la fois ? En plus des chômeurs industriels, il y avait les chômeurs agricoles. Et non seulement il n’était pas question d’intensifier la production, mais il importait de la réduire.

C’est dans cet inbroglio économique que le gouverne-

(21) Cf. l'article « Is population moving back to the farm ? » dans la Dun and Bradstreet Review, New-York, mai 1936, p. 6.

ment des U. S. A. eut à se débattre. Quelle solution: imagina-t-il ? Il procéda rationnellement en s’attelant au plus pressé.

Il commença par porter tous ses efforts vers le relèvement de l’agriculture, qu’il voulut réaliser par sa réorganisation complète basée sur l’interventionnisme d'Etat. IL s’attaqua au problème de la surproduction par une meilleure répartition des cultures et par une réglementation très stricte des marchés ; il s’attaqua également au problème de l’épuisement du sol, par des lois de préservation et de bonification.

Ce fut le Président Hoover qui le premier, en 1929, fit intervenir l’Etat dans le domaine agricole. Il promulgua. « L’agricultural Marketing Act >», portant création d’un « Federal Farm Board » chargé de « développer la vente « méthodique des produits agricoles et de placer l’agricul- « ture sur un pied d'égalité avec les autres branches de la « production ». Ce premier essai à tendance coopératiste fut loin d’être un succès et aboutit, en 1932, à une accumulation plus inquiétante des stocks.

Le Président ROosSEvELT voulut instaurer, à son tour, une politique nouvelle. Il fit voter, le 12 mai 1933, « L’Agri- : cultural Adjustment Act », qui organisait à l’aide d’un interventionnisme très poussé tout ce qui avait trait à l’agriculture (22). Trois administrations furent instituées pour mettre en pratique les nouveaux principes :

« L’Agricultural Adjustment Administration (administration directrice à laquelle était confié le soin de résoudre les problèmes généraux) ;

« La Farm Credit Administration (organisation de crédit agricole) :

« La Resettlement Administration (chargée de la colonisation intérieure et de la conservation du sol).

(22) Parallèlement À cette réorganisation agricole, -le Président Roosevelt entreprit la restauration industrielle en faisant voter le N. I. R. A. (National Industrial Recovery Act) qui donna naissance à la National Recovery Administration.

En 1936, la Cour Suprême annula « |’ A. A. A. », dont elle déclara le caractère anticonstitutionnel, « du fait de son « empiètement sur les droits individuels des fermiers ».

Mais le Président RoosEvVELT était à peine réélu que la Conférence d'Agriculture réunie à Washington le 9 novembre 1936 réclamait le retour à la législation du contrôle de la production. Les agriculteurs avaient compris que la perte de quelques uns de leurs droits était largement compensée par une amélioration du marché. Le Président ROOSEVELT proclama une deuxième fois et avec plus de force que la seule solution à la crise agraire se trouvait dans un programme national, exécuté sous la direction du gouvernement fédéral, avec l’assistance des Etats, des Comtés, des circonscriptions locales et des particuliers. Jamais principes d'économie dirigée ne furent plus énergiquement posés (23). |

La loi sur la conservation du sol, « The Soil Conservation Act » (promulguée le 24 avril 1936), permit de revenir à la politique de contrôle par un détour habile : en se fondant sur la loi pour la protection du sol contre l’érosion, le Président fit remarquer qu’une terre perdait de sa fertilité, non seulement lorsqu'elle était entraînée dans le lit d’une rivière, mais aussi lorsqu'on l’épuisait par des cultures répétées d’un même produit. Il était donc nécessaire que l'Etat pût intervenir dans un cas comme dans l’autre, pour veiller à la conservation du sol américain et imposer les mesures utiles.

Le 16 février 1938, une nouvelle organisation du marché agricole fut instaurée par le « Jones Agricultural Act », où l'Etat se montra plus interventionniste encore qu'avant l’annulation de la Cour Suprême. Cette loi lui permet de pratiquer un contrôle des prix extrêmement sévère. |

L'idée maîtresse de la politique agricole des U. S. A. fut de faire profiter les fermiers d’avantages de toutes

(23) Cf. les « 11 points de secrétaire de l'Agriculture », (alors M. Henry-A. Wallace), exposés le 9 décembre 1936 devant l'American Farm Board Federa-

tion réunie à Pasadena (Californie).

sortes (crédits, subventions, dégrèvements d'impôts, etc….), dès l'instant qu'ils appliquaient les programmes fédéraux. Il n’y avait donc pas coercition de la part de lEtat, mais simplement proposition de contrat alléchant.

La réduction de la production fut opérée de la sorte grâce à des primes de non-culture, ce qui permit à M. Henry A. WALLACE de dire en 1935 : « Dans l’état actuel des « choses, beaucoup de producteurs ont gagné plus d’argent « par acre retiré de la culture que par acre ense- « mencé » (24).

Le même procédé fut employé pour la conservation du sol. Du moment que le fermier s’engageait par contrat à ménager ses terres et à faire alterner telle et telle récolte, l'Etat promettait de le subventionner.

Pour la conservation du sol, l'Etat entreprit également des reboisements massifs, des travaux hydrauliques et racheta d'immenses territoires peu fertiles qu’il se proposa de bonifier ou de convertir en « Réserves ».

SECTION III

Chômage et retour à la terre

Mais il était évident que ces mesures, quelles que fussent leur urgence et leur à-propos, quelles que fussent leurs heureuses conséquences pour la cause de l’agriculture, ne constitueraient pas pour autant un retour à la terre des masses urbaines sans travail.

Pour que l’agriculture offrit de nouveaux débouchés à la main-d'œuvre urbaine excédentaire, il était nécessaire qu’elle passât, dans le domaine de la production, du stade des restrictions à celui des extensions. Mais ce passage d’un stade à l’autre dépendait avant tout de l’accroissement de la consommation de produits alimentaires sur le marché

(24) Cité par ©. Festy dans un article intitulé « La politique agricole des U. S. A.), Revue politique et parlementaire, 10 avril 1935, p. 102. Festy nous apprend que de 1933 à 1935, 3 millions de fermiers ont signé des contrats de

réduction de production, ce qui correspond pour l'Etat à une dépense de plus de 600 millions de dollars.

PULT

M ie ; AUX ETATS-UNIS 93

intérieur, autrement dit de l’augmentation de la population,

/ ce qui, par conséquent, ne pouvait être réalisé qu'après de

nombreuses années.

En attendant, il fallait tout de même découvrir un moyen de faire vivre les chômeurs, qui, à la longue, épuisaient les ressources de l'Etat ; mais ce moyen, il était impossible de le trouver dans l’industrie encombrée pour longtemps. Force était donc de se tourner vers l’agriculture.

Les U. S. A. disposaient encore de nombreuses terres libres susceptibles d’être exploitées par des chômeurs industriels qui se transformeraient en fermiers (25). Mais le produit de ces nouvelles exploitations viendrait s’accumüler sur un marché déjà obstrué et la crise de surproduction agricole s’accentuerait dangereusement, de sorte que les anciens agriculteurs pas plus que les agriculteurs improvisés ne pourraient vivre de leur métier.

En 1932, une Commission issue de la Conférence Nationale pour l’utilisation de la terre, s'était réunie à Chicago, et avait publié un rapport en trois points où était examinée la question de l’orientation des chômeurs vers l’agriculture.

Premier point. — Il est quasi impossible de remédier au chômage par le recours à l’agriculture commerciale (c’est-à-dire à l’agriculture pour la vente). Les terres du domaine public qui peuvent encore être concédées se prêtent à l’élevage plutôt qu’à la culture ; il est donc nécessaire d’en acquérir de grandes étendues pour assurer la vie d’une famille, ce qui réclame des capitaux importants dont aucun chômeur n’est possesseur. De plus, les frais de construction et d'aménagement de ces terres sont très élevés.

Deuxième point. — L'agriculture peut fournir aux chômeurs tout au plus les moyens de vivre, et dans des conditions peu brillantes. Les chômeurs exploitants ne seront jamais que des agriculteurs inférieurs.

(25) D'après M. Arthur M. Hyde, Secrétaire de l'Agriculture en 1932, les terres classées comme cultivables maïs non cultivées représentent encore 636 millions d'acres, dont plus de la moitié conviendraient à de nouveaux exploitants.

Robert Mallet, T

Troisième point. — Il importe de diriger le mouvement de retour à la terre de façon qu’il ne devienne pas nuisible à la vie rurale américaine, notamment en multipliant les mauvais emplois qui, — dans de nombreux cas, — sont déjà faits de la terre, et en provoquant un encombrement plus complet des marchés.

Ce fut de ces conclusions, — en somme plutôt hostiles à un retour des chômeurs à la terre, — que s’inspira le gouvernement des U. S. A. pour créer en 1933 ce qu'il appela le « Subsistence Homesteading », et ce que nous traduisons par « l’exploitation familiale de subsistance » (26).

Sans attendre l’encouragement de l’Etat, beaucoup de chômeurs s'étaient réfugiés, comme nous l'avons vu, dans les campagnes pour tâcher d’y découvrir un mode d'existence moins précaire que l’allocation de chômage. Ils avaient donné naissance à cette catégorie de fermiers que l’on qualifiait de « part time farmers », par opposition aux « full time farmers » (27). Is s'étaient installés là où ils avaient pu, au hasard des circonstances, sur les terres désertées parce que trop mauvaises. Ils avaient réparé les maisons abandonnées et avaient végété avec leurs familles à l’aide des produits de leurs jardins. Quand l’occasion s’en était présentée, ils avaient travaillé dans des ateliers environnants pour compléter leurs moyens d’existence. Le mouvement de l’agriculture de subsistance avait done été spontané. Et ce ne fut qu’en 1933 que le gouvernement, —

ayant mûrement pesé le pour et le contre, — comprit tout l'avantage qu'il pouvait en tirer, et décida de le favoriser. Voici, — tirés du texte même de la loi, — les principes

qui ont présidé à l'établissement du « Subsistence Homesteading » (28). Deux institutions sont créées en 1933.

(26) Loi n° 67 du 73° Congrès approuvée par lé Président le 16 juin 1933.

(27) Au sujet du Part-time farming, cf. dans « The Index », vol. X11, nov. 1932, un article intitulé 4 American Migration ».

(28) Cf. Commentaire de la loi du 16 juin 1933 paru dans le « Daily

Revised Manual of Emergency Recovery Agencies & Facilities provided by the U. S. Govérnment », 1935.

1° « The Division of subsistence Homesteads of the Department of the Interior », (remarquer que l’organisation dépend du ministère de l’Intérieur et non de celui de l’Agriculture), chargée d'établir les modalités de la fixation des chômeurs au sol.

2° « The Federal Subsistence Homesteads Corporation », qui doit servir d'organisation de crédit à la Division sus-nommée.

La Division of Subsistence Homesteads adopte la politique de l'établissement familial agricole, mais il est bien spécifié que ce n’est qu’à titre d’essai. Les familles seront installées en groupes (cette idée nous rapproche des théories de colonisation intérieure européennes) ; elles vivront, pour la plus grande partie, de leur agriculture ; pour la plus petite partie, d’un travail industriel organisé à proximité du home.

Quatre grandes classes d'établissements sont prévues :

1° Cités et jardins ouvriers situés à côté de petits centres manufacturiers qui profiteront de la décentralisation industrielle projetée ; |

2° « Cités agricoles », situées à côté de vastes centres industriels (en général de l’industrie lourde), qui vraisem-

. blablement ne seront pas décentralisés ;

3° Etablissements ruraux où seront installées les « épaves de la population industrielle », (« stranded » industrial population), et particulièrement les ouvriers mineurs ;

4° Communautés rurales, déjà existantes, mais abandonnées en raison du rendement inférieur de leurs terres, dont on confiera désormais la mise en valeur à des chômeurs industriels.

La division déterminera l’emplacement où sera installée la « Communauté de subsistance », à la suite des demandes adressées à elle, et des enquêtes effectuées par ses membres. Sur la recommandation de la Division, le Conseil des Directeurs de la Federal Subsistence Homesteads Corporation adoptera une résolution concernant l’accomplissement du projet et fixant la somme allouée paur ce projet. Un

« Bureau de Conseiliers », composé des citoyens les plus représentatifs de la communauté, sera désigné pour servir de lien de coordination entre l’administration et ia communauté. Les fonds de la Federal Subsistence Homesteads Corporation seront alimentés par le Secrétaire du département de l'Intérieur, au nom des U: $. A.

En quoi consistera « an individual subsistence Homes tead » ? Il aura une superficie de 1 à 5 acres (selon la nature du sol, les conditions de la famille, le caractère de la culture, les garanties de paiement). Sur ce terrain la famille aura la possibilité de produire des légumes et des fruits et, dans certains cas, d’avoir une basse-cour et un ou deux porcs ; dans d’autres cas, une vache. Et surtout, condition de base, « la production aura pour fondement la sub- « sistance domestique de la famille, et non la vente sur le « marché » (29).

Au bout de combien de temps le Homesteader devra-t-il rembourser le prêt ?

Excepté dans de rares cas, la Corporation ne consentira de prêts, — au sens strict du mot, — au Homesteader. Au lieu de cela, elle passera avec lui un contrat de vente qui lui permettra d'acquérir un terrain comprenant une ferme et ses dépendances. Le paiement sera amorti 15 ou 20 ans après, selon les différents projets ;: le Homesteader s’en acquittera mensuellement. Le taux de l'intérêt sera le plus bas possible (2 à 3 %). La moyenne du prix d’achat sera de $ 2.000 à $ 3.000.

Il est prévu que le système de la vente doit être complété par celui de la location.

Laissons la parole à M. Henry A. WALLACE, alors Secrétaire du département de l'Agriculture, maintenant Vice-Président des U. S. A., qui commente la loi sur le « subsistence Homesteading », dont il eut l'initiative (30).

(29) « Production will be on a subsistence basis for the household use of the family and not for sale in the market ».

(30) CF. Simonne-Maxe Benoit, Rev. polit. et Parlementaire, 10 juill. 1935 :

« 2 cycle de l'économie dirigée aux U. S. A., et l'arrêt de la Cour Suprême », prono:

+ L’Administration n’a pas oublié les chômeurs, et, sachant bien que la petite propriété est la base même d'une société stable, nous avons mis, grâce à l’organisation de’ la « Homestead Division », à la disposition des chômeurs qui veulent bien abandonner la ville pour la campagne des petites propriétés louées à $ 15 par mois ; elles comprennent la maison en partie meublée, le terrain à cultiver et les instruments nécessaires à l’exploitation; mais comme nous n'’ignorons pas qu’il faut au moins deux générations pour qu’une population urbaine devienne tant soit peu paysanne, nous tâchons de créer dans ces centres, des ateliers de petite envergure proches de l’artisanat où l’exploitant du petit domaine peut travailler quelques heures par jour... ».

Quels résultats a donné l'essai tenté en 1933 ? Nous savons seulement que deux ans après le vote de la loi, une centaine de projets d’établissements de communautés étaient acceptés, dont un peu plus. de la moitié était en voie d'exécution. Il faut avouer que, pour une période de deux années, dans un pays de 130 millions d'habitants, comptant plus de 10 millions de chômeurs, ce nombre de projets est peu élevé, et qu’il est l’indice du manque d’enthousiasme avec lequel les ouvriers américains ont répondu à l'initiative gouvernementale. Il correspond sans doute au nombre des ouvriers qui, — sans l’aide de l'Etat, — se seraient tournés d’eux-mêmes vers l’agriculture de subsistance.

Une autre raison pour laquelle le « Subsistence Homesteading » ne prit pas l'extension qu’on pouvait espérer, fut l’opposition des vrais agriculteurs qui l’accusèrent, sinon de leur susciter des concurrents, tout au moins de leur ôter des clients, et par là même d’aggraver la surproduction agricole. En effet, tout ce que produisait pour son compte personnel le Homesteader, il ne l’achetait plus à l’agriculture véritable. Au surplus, jadministration

"n’était pas assez forte pour empêcher un Homesteader plus économe de jeter de nouveaux produits sur le marché.

Le gouvernement comprit ces inconvénients ; il s’aper-

ANR AR Nr AR TRAIN RAR MRE LR

çut aussi que les dépenses dans lesquelles il s’engageait en installant les chômeurs à la terre lui revenaient aussi cher (si ce n’est plus), que celles nécessitées par le versement des allocations.

L'’essai ne fut pas concluant. On ne supprima pas la législation de 1933, car le principe en lui-même méritait d’être respecté, mais on cessa de faire autour de lui la propagande qu’il ne semblait plus, — à la lumière de l’expérience, — nécessiter.

Le gouvernement porta ses efforts vers une autre forme de colonisation plus fructueuse. Il tenta encore de constituer des « exploitations agricoles familiales », mais cette fois-ci, avec de vrais agriculteurs pratiquant l’agriculture commerciale.

Ce fut la Resettlement Administration, créée en 1933, . qui fut chargée de cette colonisation, sous la direction du Secrétaire d'Etat à l’Agriculture (31). Elle vint en aide aux fermiers établis sur des terres à rendement déficitaire ou affectées par la sécheresse. Elle entreprit la bonification de ces terres quand elle était réalisable, sinon elle déplaça les familles vers des régions plus riches.

Pour permettre aux migrants d'acquérir de nouvelles fermes, le Secrétaire d'Etat à l’Agriculture leur consentit des prêts. Il les accorda également aux travailleurs agricoles désireux de s’élever au rang de fermiers et de prendre une exploitation à leur compte.

La préférence était accordée aux personnes mariées ou qui avaient charge de famille, et, chaque fois que c'était possible, à des personnes qui étaient en mesure de faire un versement initial ou qui étaient propriétaires du bétail et des instruments aratoires nécessaires pour entreprendre des travaux de culture. Aucun prêt ne devait être consenti si la ferme en vue n’atteignait pas une superficie estimée suffisante par le Secrétaire d'Etat pour constituer une entité agricole viable et pour permettre à une famille d'y trouver sa pleine subsistance. Les demandes étaient exa-

(31) Cf. A. Spindler, « L'Eclipse de l'agriculture éricaine », Bulleti des Engrais du 8 déc. 1937, <: RE ne gi

minées par un Comité du Comté composé de trois fermiers y résidant. Les prêts étaient garantis par une première hypothèque sur la ferme et devaient être remboursés dans une période ne pouvant excéder 40 ans. Des versements annuels furent admis, et le taux fut de 3 %. Le contrat qui intervint entre le fermier et le Secrétaire d’Etat porta obligatoirement que la ferme serait maintenue en bon état et que le fermier éviterait toute culture épuisant la terre.

En 1937, les fonds avancés s’élevèrent à 10 millions de dollars, en 1938 à 25 millions de dollars. Pour 1939, on prévoyait qu’ils seraient doublés, c’est-à-dire qu’ils atteindraient 50 millions de dollars (32). On peut évaluer à un tel montant l’importance de l’effort accompli. En 1936, le Président ROOSEVELT adressa ses félicitations à la Resettlement Administration qui en trois ans avait déjà pu venir en aide à 550.000 familles rurales (33).

SECTION IV

Résultats obtenu:

Si nous examinons les résultats de la politique de réorganisation agricole, aucun doute n'est possible : ils sont encourageants. Il y a encore surproduction, mais dans des proportions très inférieures à ce qu’elles étaient avant PASS Ar,

Les fermiers américains ont cessé de cultiver de nombreuses terres. Prenons-en à témoins les chiffres des superficies cultivées. La moyenne 1926-1932 monte aux environs de 350 millions d’acres et la moyenne 1933-1938 s’abaisse à 295 millions d’acres. A partir de 1934, plus de 50 millions d’acres (moyenne annuelle) sont consacrés au repos des terres contre 37 millions de 1929 à 1933.

Les superficies emblavées couvrent en moyenne 103.419.000 acres pendant la période 1928-1932 et

(32) Ces renseignements sont tirés de la Revue politique et parlementaire du 10 août 1938. « L'Administration des Terres aux U. S. A. », par H. W Spiegel, p. 280-290.

(33) Cf. New York Times, n°° des 15 et 16 mai 1936.

93.851.000 acres pendant la période 1933-1938. En 1920-21, la production de blé par rapport à la production mondiale s'élevait à 26 %, en 1935, elle ne s’élève plus qu’à 10,7 %. En 1938, elle avoisine 9 %. La moyenne de production annuelle (en 1.000 bushels) (34) pour la période 1928-1932 est de 2.554.752 et pour la période 1933-1938 de 2.063.317. La diminution porte sur 500.000.000 de bushels.

La production de coton accuse une même décroissance. La moyenne annuelle qui atteint 14.714.000 balles . de 1929 à 1932, tombe à 11.430.000 balles de 1933 à 1938.

Le contrôle de l'Etat a permis de remplacer la culture des céréales excédentaires par celle des plantes utilisées par son industrie. Le meilleur exemple est fourni par la culture du soja qui couvrait 50.000 acres seulement en 1924 et plus de 6 millions d’acres en 1938 (production 1927 : 1.330.000 quintaux, production 1938 : 15.694.000 quintaux) (35). Les constructeurs d'automobiles utilisent maintenant le soja, cette « fève à tout faire » pour en extraire des huiles remplaçant la glycérine dans les amortisseurs de choc et pour produire des tourteaux servant d'encadrement aux fenêtres.

La nouvelle politique agricole a provoqué également le relèvement des bénéfices des agriculteurs.

Alors que, de 1929 à 1933, les recettes des fermiers avaient diminué de plus de 6 milliards de dollars, de 1933 à 1939, elles ont peu à peu regagné le terrain perdu.

En 1929, le revenu net agricole atteignait 10.479.000 dollars. Il tombait en 1932 à 4.328.000 dollars et remontait dès les premiers effets de l'A. A. A., en 1934, à 5.792.000 dollars, en 1936 à 7.657.000 dollars, en 1939 à 8.500.000 dollars. Il dépasse en 1940 9 millions de dollars (36).

Une autre heureuse conséquence des mesures gouver-

(34) 1 Bushel de blé — 27 kgs 215.

(35) Les chiffres de la production sont extraits du Statistical Abstract for the United States, 1938, Washington, 1939, p. 645 et suiv., et de l'Annuaire Intern. des Statistiques agricoles. Rome, 1939, p. 165 et suiv.

(36) CF. op. cit, ». 616 et « Survey of Current Business U. S. Department of Commerce », fév. 1940, p. 14. Ù

nementales fut la protection effective des terres américaines menacées d’épuisement.

Désormais la sage réglementation adroitement imposée aux fermiers les incite à ménager leurs terres et à les cultiver selon des principes qui se rapprochent de plus en plus de ceux des pays d’antique tradition agricole. Et les grands travaux entrepris pour régulariser le cours des eaux (reboisements, endiguements, construction de canaux) commencent déjà à faire sentir leurs salutaires effets.

La situation générale de l’agriculture américaine est donc nettement améliorée. Pareil résultat est dû à ce que nous appelons : « un Retour à une politique en faveur de la Terre ». Mais ce retour des idées a-t-il été accompagné de celui des hommes ?

Nous avons expliqué pourquoi le problème de l’orientation des hommes vers la tèrre se présentait aux U. S. A. sous un aspect si compliqué. Il n’y avait pas connexité entre les deux nécessités : celle d’une régénération agricole et celle d’un Retour à la Terre ; il y avait même opposition. A l'inverse de ce qui se passait dans les pays d'Europe sous-producteurs de denrées alimentaires, l’agriculture aux U. S. À. voyait son salut compromis par un exode vers les campagnes. La tentative de Retour à la Terre fut donc faite uniquement dans l'intérêt de l’industrie qu’il fallait à tout prix décongestionner. Comment un retour à la terre, d’un caractère si paradoxal, aurait-il pu devenir une réussite ? Il portait en lui les causes de son insuccès, car le Gouvernement — soucieux des intérêts opposés des agriculteurs — fut contraint de n’offrir aux chômeurs réinstallés par lui à la campagne qu’une condition de vie inférieure, un métier d’où tout espoir de réussite devait être banni, une médiocrité sans issue. Un Retour à la Terre contraire au bien de la terre, (quelque utile qu’il pût être aux hommes), est voué à l’échec. C’est ce que l'expérience américaine nous apprend.

Quant à la deuxième forme de colonisation pratiquée par les U. S. A. elle ne peut, en aucun cas, être considérée

comme un Retour à la Terre. Les résultats en ont été très appréciables en ce qui concerne la stabilisation des exploitations agricoles, mais elle n’a provoqué aucun départ des villes vers les campagnes. Seules, les familles paysannes en ont été bénéficiaires. De cette deuxième expérience américaine, nous pouvons tirer l’enseignement que la politique . de fixation au sol est plus facile à pratiquer que celle du retour à la terre.

Maintenant que nous savons que le Retour à la Terre officiel provoqué par l'Etat a déçu les espoirs qu'on avait mis en lui, nous devons rechercher si, depuis 1933, un Retour à la Terre spontané s’est produit, analogue à celui que nous avons décelé en 1932.

L'Annuaire Statistique Agricole des U. S. A. nous fournit une réponse précise (37) dans le tableau que nous reproduisons ci-dessous :

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