EN ITALIE
La guerre 1914-18 a mis en évidence l’infériorité politique et finalement militaire des nations qui n’avaient pu acquérir une suffisante indépendance économique. La période d’après-guerre a démontré que plus un pays se suffisait à lui-même sans avoir recours aux ressources de l'étranger, plus il était capable de pratiquer une politique ferme et décidée, à l’abri des concessions trop souvent imposées par la crainte de ne pouvoir supporter un blocus en cas de conflit, ou même par le simple désir de ménager un fournisseur puissant.
L'indépendance économique, l’autarcie comme on l'appelle maintenant, n’est pas une fin en soi. Une nation qui tire d’elle-même son entière subsistance ne voit pas son niveau de vie s'élever, bien au contraire (1). La restriction inévitable qu’elle subit dans la consommation n’est pas compensée par l’accroissement de la production, et elle doit se passer de bien des produits étrangers qui ne sont pas indispensables pour vivre, mais qui améliorent les conditions d’existence. Si l'indépendance économique n’est pas un but, elle est un moyen, et l’on peut dire le seul
moyen pour une nation d'acquérir son indépendance politique (2).
(1) Inversement, les pays qui, sur le plan économique, dépendent le plus
des autres ne sont pas les plus pauvres, loin de là. L'exemple du Danemark, des Pays-Bas et de la Belgique est probant.
(2) M. Mussolini, dans un discours prononcé à Berlin lors du premier voyage officiel qu'il y fit en 1936 déclara : « Sans l'indépendance économique, « l'indépendance politique elle-même de-la nation est compromise ».
Comme, d’une part, les possibilités d’autarcie sont basées avant tout sur la faculté de se ravitailler sur place en denrées alimentaires ; comme, d’autre part, c’est dans le domaine ‘agricole que le rendement est le plus susceptible d'amélioration, le champ d’action le plus vaste, les possibilités les plus riches, il est normal de voir un pays désireux de conquérir son indépendance politique vis-à-vis des autres nations, porter tous ses efforts sur l’extension de son agriculture. Le Retour à la Terre doit être dans ce cas considéré comme une nécessité de politique extérieure.
Les deux nations qui ont le plus énergiquement tendu à l’autarcie sont l'Allemagne et l'Italie. L’une comme
l’autre ont systématiquement appliqué des mesures en faveur de leur agriculture.
L'Italie fasciste, la première, s’est engagée dans cette voie. Dès l’avènement du fascisme en 1922, la terre est redevenue à l’ordre du jour. L’Allemagne a dû attendre la prise du pouvoir par le national-socialisme en 1933 pour se lancer dans la même direction.
Nous étudierons le Retour à la Terre considéré comme une nécessité de politique extérieure en Italie, non pas que l’Allemagne ne nous ait présenté toutes les caractéristiques d’un pays revenu à la terre pour des mobiles de politique extérieure, mais parce que ces mobiles ont été encore dépassés par d’autres qui sont d’ordre moral.
L'Allemagne, dans son Retour à la Terre, a été mue avant tout par une nécessité morale, qui était la régénération de la race dans lefsol. Elle s’est réclamée de ce principe avant tout autre. Son mouvement en faveur de l’agriculture y trouve son origine ; il s’est développé avec les besoins autarciques, mais il est né d’un besoin spirituel.
Comme nous avons pour dessein — ainsi que nous en avons prévenu (3) — de n’étudier pour chaque pays que la cause prédominante du Retour à la Terre, nous nous réservons d’examiner dans un chapitre suivant le cas de
(3) Cf. supra, 1° partie, chap. IV, p. 50.
l’Allemagne, et nous prenons l'Italie comme type de nation où le Retour à la Terre a été provoqué, en premier chef, et sans contestation possible, par une nécessité de politique extérieure.
SECTION I Causes démographiques du mouvement agraire
Du traité de paix à l’avènement du fascisme, c’est-àdire de 1919 à 1922, l’Italie a connu une période de dépression et d’instabilité, aussi bien sociale qu'’économique. Les deux domaines étaient d’ailleurs étroitement liés. Les grèves s’ajoutaient aux grèves, le chômage s’amplifiait, la misère s’étendait et la Révolution communiste semblait en marche. Mais la Révolution nationale lui barra le chemin.
L’an I* de l’ère fasciste s’ouvre sur un avenir italien Lien sombre, sur des possibilités de relèvement très ardues e sur un dilemme qui, à première vue, paraît insoluble.
L'Italie, comme tous les pays d'Europe, subit après la guerre une crise agricole, mais cette crise est, chez elle, leaucoup plus grave qu'ailleurs. En effet, en Allemagne et cn Angleterre par exemple, le déclin de l’agriculture provient de la prospérité exagérée de l’industrie. Il est compensé. Le problème du redressement consiste à lutter contre les excès de la surindustrialisation pour rétablir l'équilibre entre les deux branches de la production. Mais, en Italie, il n'y a jamais eu qu’une sous-industrialisation due au manque de matières premières, et l’agriculture a toujours eu la primauté économique, étant donnée la structure géologique du pays. La crise de l’agriculture, c’est celle, non pas d’une fraction de la population, mais de la population tout entière. Il n’est pas possible de demander à d’autres classes de la production, (industrie, commerce, banques), des sacrifices en faveur des paysans. Quoique la majeure partie des Italiens soient occupés aux champs (4)
(4) En 1921, sur une population active de 18.431.223 personnes, on compte 10.264.106 personnes vivant directement de l'agriculture (Cf. Censimento della popolazione del Regno d'Italia, 1921, vol. XIX, Rome, 1928).
(et que le standard de vie ne soit pas élevé), l’agriculture n'arrive pas à couvrir les besoins alimentaires du pays ; le poste qui grève le plus la balance du commerce est précisément celui des céréales, dont l'importation ne peut être évitée, alors qu'il devrait être normalement le poste excédentaire.
Le territoire italien est relativement exigu et défavorisé par la nature. L'Italie couvre seulement 310.107 km? (la France à la même époque couvre 550.985 km?). Les quatre cinquièmes de sa superficie sont formés de montagnes et de collines (120.845 km? de montagnes, 124.800 km? de collines). Les montagnes, arides et brûlées, ne permettent pas à la végétation utile de pousser, les collines sont moins désavantagées et comportent des vignobles, des oliveraies et des plantations d’aurantiacées, mais leur sécheresse encore trop grande, les rend inaptes à la culture des céréales. Restent les plaines, qui couvrent 64.462 km?2, et dont les plus riches sont les plaines du PÔô, de Toscane et d'Ombrie. Ces régions fertiles, bien arrosées, cultivées avec soin, par une popuiation prolifique et laborieuse, sont très diverses dans leur production et concentrent les rizières et les champs de blé. Malgré l’apostrophe célèbre de Virgile à l’adresse de l'Italie féconde (5), l'Italie est un pays pauvre. La preuve en est que sur les 28.500.060 hectares qu’elle consacre à l’agriculture, 13 millions seulement sont classés comme terres arables, 8.175.000 sont classés comme pâturages permanents et 7.800.000 comme bois, landes ou forêts (6).
Les parties stériles occupent trois zones bien délimitées : |
1° Au nord-est, la zone qui s'étend en éventail sur un million d'hectares environ, à gauche et à droite du Pô,
(5) « Salve, magna parens frugum, Saturnia Tellus > ! « Salut, Terre de Saturne, grande dispensatrice de richesses ! », Géorgiques, I, vers 173.
(6) Renseignements tirés de la Géographie Universelle publiée sous la direction de P. Vidal de La Blache et P. Gallois. Tome VII, Péninsules Méditerranéennes, 2° partie, L'Italie. A. Colin, Paris, 1934.
116 LE RETOUR A LA TERRE e
d’un côté jusqu’à la Basse-Vénétie, et de l’autre jusqu’à la ligne de l’Apennin.
2° La zone de la mer Tyrrhénienne, étroite mais très longue, qui s’étire tout le long du littoral oriental et qui comprend les Maremmes romaine et toscane, et les marécages de Campanie.
83° La zone des Marais Pontins, la plus connue, où la malaria sévit avec le plus de virulence.
En 1921, la population totale italienne vivant en Italie est de 38.710.576 personnes (avec un taux de natalité moyen de 28 pour 1.000 habitants). En 1901, elle n'était que de 32.475.000 personnes (7) ; en 20 ans, elle s’est donc accrue de plus de 6 millions d’âmes, accroissement d’autant plus inquiétant qu’il ne s’est pas accompagné d’une augmentation des ressources italiennes. L’émigration massive des éléments en surnombre en est la conséquence ; il s’agit là du phénomène classique du peuple agricole pauvre et prolifique qui émigre pour aller chercher du travail, la terre natale ne suffisant pas à le nourrir (8). Le flot annuel de ceux qui .quittent l'Italie (la majorité s’embarque pour l’Amérique) atteint 726.000 individus en 1905, 782.000 en 1907, 872.598 en 1913 (point culminant) ; il tombe à 100.000 environ pendant la durée de la guerre pour remonter dès la fin des hostilités à une moyenne annuelle de 150.000. On calcule que 73 % de ces émigrés sont des paysans.
En 1901, il y a 3.750.000 italiens vivant de ce fait hors d'Italie, et en 1921 près de 5 millions (9).
Le phénomène migratoire ne se produit pas seulement d'Italie vers les pays étrangers, il se produit également à travers l'Italie et ce n’est pas une des moindres causes de
(7) La densité de la population passe de 93,5 habitants au km? en 1872 à 125 en 1921. Cf. censimento della Popolazione del Regno d'Italia, al [ dicembre 1921, vol. XIX, Relazione Generale, Rome, 1928.
(8) On n'a rien vu de semblable en Belgique, par exemple, où la densité de la population est double, parce que le pays, très industrialisé, offre des salaires sur place.
(9) Cf. Publication annuelle de l'Instituto centrale ditatistica. Rome, 1922.
NÉCESSITÉ DE POLITIQUE EXTÉRIEURE ) 4 y
son instabilité sociale (10). Les migrations intérieures — dont nous avons déjà trouvé un exemple aux U. S. A. — sont caraçtérisées en Italie par un déplacement saisonnier d'une partie de la population rurale vers les régions mieux favorisées par la nature, à l’époque des gros travaux agricoles, ou même vers les centres industriels, selon leurs besoins de main-d'œuvre. Les foyers migratoires sont les régions pauvres ou surpeuplées : Lombardie, Emilie, Campanie, Pouilles, Sicile ; les points d’attraction “sont les régions prospères : Latium, Vénétie, Lucanie. En 1910, on compte 559.434 migrants agricoles et 167.844 migrants industriels. En 1921, l’ensemble des migrants intérieurs italiens dépasse encore 400.000 hommes. Ces hommes en quête de travail font partie de familles nombreuses, qui n'arrivent pas à tirer leur subsistance d’un sol trop ingrat, et détachés de leur foyer, errants perpétuels, ils constituent un élément inquiétant de tendance révolutionnaire au sein de la masse italienne (11).
Ainsi, en 1922, la situation de l’Italie peut être résumée dans la formule : « excès de population, défaut de ressources ». Le seul remède à préconiser semblerait devoir consister à restreindre la natalité et à accroître la production, jusqu’à ce que les deux courbes, l’une descendante et l’autre montante, se rencontrent. On aurait alors atteint l’équilibre et la logique serait satisfaite.
Mais la logique ne coïncide pas dans ce domaine avec les possibilités d’action. Outre ce qu’une entrave à la natalité comporte d’anti-naturel, elle fait encore partie des expériences à tenter — car jamais elle n’a connu de précédent — et rien n’autorise à croire qu’elle pourrait être suivie d’un succès. À notre avis, il est plus aisé d'encourager la natalité que de la décourager. Ce sont, en effet, les pays
(10) Sur la question des migrations intérieures en Italie, voir Renato Affricano : « Lo suiluppo delle migrazioni interne e la poltica di ruralizzazione » dans la Rivista di Politica economica, mars 1935, p. 326 à 331.
(11) -On les appelle les « braccianti », c'est-à-dire les hommes qui n'ont d'autre fortune que leurs bras. Le nombre des braccianti est évalué en 1921-22 à près de 2 millions.
et les classes les plus pauvres qui ont généralement le plus d'enfants, ce qui prouve bien que tous les obstacles à la natalité seraient inopérants puisque la misère elle-même, qui a pourtant l’aspect d’un « ultimum remedium », ne la ralentit pas. A moins de frapper d’un impôt supplémentaire les parents trop prolifiques, comme on pénalise de
nos jours les célibataires ou les ménages sans enfants !… | Cette perspective — toute monstrueuse qu’elle paraisse — n’est pourtant pas de celles qu’on peut rejeter a priori en les traitant d’inconcevables. Un jour viendra peut-être où la loi de MALTHUS se vérifiera, et où les peuples n’auront d’autres moyens de se préserver d’un suicide que de « contingenter » leurs naissances.
Sans restreindre volontairement la natalité, nous dirat-on, on pourrait se contenter de ne pas la favoriser. On la verrait alors décroître naturellement. À cela, nous répondrons que ce qui est vrai pour la France ne l’est pas pour l’Italie, et que la population italienne s’est accrue de 6 millions d’habitants, de 1901 à 1921, de la façon la plus spontanée, sans que l’on ait rien fait pour obtenir une telle progression. D'ailleurs le fascisme, dès son avènement, prend la défense de la famille, qu’il qualifie de cellule de base de la nation. Il est donc amené à pratiquer une politique de soutien des familles nombreuses et par là même à encourager la natalité.
Reste la possibilité d'accroître la production, et le fascisme décide de l’exploiter au maximum. L'Italie n’est pas favorisée par la nature, soit, mais on n’a jamais tiré rationnellement parti de ses ressources, on n’a jamais demandé à son sol tout ce qu’il est capable de procurer et son infertilité consacrée par la renommée a trop longtemps servi d’excuse à une absence d'efforts dans l’amélioration de la situation économique. Plus un sol est ingrat, plus l’homme doit s'attaquer à lui avec énergie. La confiance dans la valeur de l'Italie doit renaître au cœur de chaque Italien. Le complexe d’infériorité nationale doit disparaitre, sous peine de provoquer la déchéance de la patrie.
Mais un accroissement de la production, tout impor-
Tr.)
tant qu'il pourra être, ne résoudra pas la question. La marge déficitaire persistera, puisque l’augmentation de la population s’accompagnera de celle de la production. Le développement des facultés productives de l'Italie est indispensable, il apportera un soulagement au mal, mais il sera incapable de le guérir.
Le problème démographique domine le débat, et c’est une solution démographique qu’il faut lui apporter. L'Italie surpeuplée a besoin d’un exutoire. Malgré une émigration massive qui se fait au profit des pays étrangers, le sol de la péninsule est encore trop exigu pour assurer la subsistance des Italiens qui y demeurent. Les colonies italiennes ne sont malheureusement pas favorables au peuplement et ne peuvent accueillir qu’un contingent annuel minime, qui ne dépasse pas 5.000 à 6.000 individus.
Le fascisme va se faire le porte-parole de la nation en pleine expansion démographique dont il est l’émanation, et il proclamera qu’un pays exubérant de vie comme l'Italie, (et sa forte natalité le prouve), ne saurait donner perpétuellement « son sang à des nations faibles ou vieillies » (12), mais que ce sang, elle doit l’utiliser au bénéfice de la mère-patrie. Il est anormal, déclare la doctrine fasciste, il est injuste que les pays jeunes et dynamiques soient contraints de perdre une partie de leurs éléments humains, parce que la nature les a désavantagés et parce que la répartition des colonies s’est faite à leur détriment. Il est normal, il est juste que les pays vieillis, à natalité faible, disposant de territoires coloniaux qu’ils ne parviennent pas à peupler, comprennent qu’une redistribution plus rationnelle des possessions s'impose. S'ils ne le comprennent pas, il est évident que l'Italie sera amenée à faire par ses propres moyens l’acquisition de nouveaux territoires encore dépourvus de maîtres européens. Elle devra, en somme, d’une façon ou d’une autre, se procurer son « espace vital ». Ce sont là les fondements doctrinaux qui expli-
(12) Phrase de M. Mussolini, citée par Joseph Aynard dans son article : « Population et émigration italienne », Le Musée Social, janvier 1938, p. 1 à 12.
quent l’attitude nouvelle de l'Italie dans la période d’après guerre.
Cette ‘conception fasciste, toute différente de la passivité résignée dont l'Italie a jusque-là fait preuve, n’a de chance d’aboutir à un succès que si elle est étayée par une force politique. L’Italie, pour avoir le droit de parler et l’espoir d'obtenir gain de cause, doit être puissante. On n’écoute pas les faibles. Elle doit se libérer de la sujétion dans laquelle elle est placée à l’égard des nations étrangères, et-en premier lieu, gagner son indépendance économique, d'autant plus qu’elle est menacée en cas de conquête coloniale, des fameuses sanctions économiques prescrites par Genève.
Elle doit envisager — du seul fait qu’elle pose des revendications — une solution qui peut ne pas être pacifique et qui risque de trouver son issue dans un recours à la force. Le problème prend dès lors un aspect militaire. L'idée de guerre qu’il faut pouvoir faire, ou tout au moins menacer de faire, oblige à accroître le potentiel humain de la nation et par conséquent à garder le plus possible de citoyens pour en faire des soldats.
L'Italie voit son destin enfermé dans un cercle vicieux : son surpeuplement la force à revendiquer de nouveaux territoires ; mais pour revendiquer, elle a besoin d’être forte, et elle ne peut acquérir cette force qu’en augmentant sa puissance numérique. Pour combattre un mal, elle est condamnée à l’accentuer, et plus le temps passe, plus la situation européenne se précise, plus elle se prépare à l'éventualité d’un conflit qui semble être en définitive le seul moyen de vider l’abcès.
Les principes autarciques de l'Italie, timides en 1922, s’affirment au fur et à mesure que le fascisme accentue son emprise sur la nation ; ils reçoivent en 1936 leur première et éclatante application lorsque les sanctions économiques sont déclenchées contre l'Italie en guerre avec l'Ethiopie et, stimulés par cette expérience, deviennent dès lors l’unique objet des préoccupations économiques.
Nous ne saurions mieux faire pour exprimer cette accentuation de la politique autarcique italienne, que de reproduire intégralement l’opinion officielle sur la question, énoncée par M. Giorgo MorTARA, professeur à l’Université Royale de Milan, dans un article intitulé : « Le problème des matières premières en général et la politique italienne de l’indépendance économique nationale ». Voici ce que dit M. Morrara en 1938 : « L’Italie dépendant à un haut degré de l'étranger pour l’approvisionnement de plusieurs matières essentielles à la consommation individuelle ou à l’activité productive, a été fortement poussée à obtenir la plus grande indépendance possible des ravitaillements étrangers par l’action de trois expériences successives : celle de la Grande Guerre qui sema d’embüûches les voies maritimes, restreignit et lui rendit diffici- « les les voies terrestres d’approvisionnement ; celle de « l’après-guerre qui, avec les restrictions croissantes aux « échanges de marchandises, d'hommes et de capitaux, lui « rendit plus ardue la recherche de moyens de paiement < international, celle enfin des sanctions. La première sus- « cita l’action pour l’indépendance économique, la seconde « en provoqua le développement, la troisième en étendit le « champ et en accéléra le cours » (13).
* Dès le 30 juillet 1925, M. MussoLiNt, accueillant les dirigeants des organisations rurales, s’écrie : « La Bataille « du blé, c’est pour le peuple italien sa libération vis-à-vis « du pain étranger » (14).
Le 23 mars 1936, après le déclenchement des sanctions, il proclame, dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale des corporations : « L’autonomie politique, « c’est-à-dire la possibilité d’une politique étrangère indé- « pendante, ne peut plus se concevoir sans une capacité d'autonomie économique répondant à cette dernière. Telle est la leçon qu'aucun de nous ne saurait oublier.