‹ Nécessités d'un Retour à la TerreChapitre 18 sur 49 · ARR R À À À · texte numérisé non relu

ARR R À À À

(13) Cet article a paru dans les Mélanges, Henri Truchy, Lib. Sirey. Paris, 1938, p. 368-382.

(14) Discours contenu dans un ouvrage intitulé L'Etat corporatif, traduction française, Valecchi, éditeur, Florence, p. 75-94.

« La nouvelle phase de l’histoire italienne sera dominée par « ce postulat : réaliser, dans le plus bref délai possible, le « maximum d'autonomie possible dans la vie économique « de la nation... J'arrive maintenant à un point très impor- « tant de mon discours, à ce que j'appellerai : « le plan « régulateur » de l’économie italienne dans la prochaine « période faciste. Ce plan est dominé par une prémisse : le « fait inéluctable que la nation sera appelée à subir « l'épreuve de la guerre. Cette dramatique éventualité doit « guider notre action tout entière. Dans la période actuelle, « la perspective d’une guerre est, avec la doctrine du fas- « cisme, un élément déterminant de la position de l'Etat à « l’égard de l’économie de la nation ».

Enfin, le 15 mars 1937, devant la même assemblée, le Duce insiste encore sur la nécessité de l’autarcie, mot qu’il prononce pour la première fois (15). « L’autonomie écono- « mique de la nation, portée à son maximum, est une « condition sine qua non et la garantie fondamentale de « son indépendance politique et de sa puissance. Dans un <« monde armé jusqu'aux dents comme le monde actuel, « déposer l’arme de l’autarcie, cela signifierait demain, en « cas de conflit, se mettre à la merci de ceux qui possèdent « ce qu'il leur faut pour faire la guerre indéfiniment et « avec une prodigalité pour ainsi dire illimitée... Quand on « a connu le risque d’être étranglé par le garrot de la « guerre, on sait ce qu'il faut penser et comment on doit « agir ».

Le fascisme, aux prises avec les réalités ardues que lui impose un sang trop riche, s’engage à fond dans une double voie : développement de la production, développement de la natalité.

Un pays qui veut conquérir son indépendance économique en utilisant au maximum les ressources de son sol, ne peut demander à celui-ci que le genre de production auquel l’a prédisposé la nature. On ne transformera jamais une nation comme l'Italie en une gigantesque

(15) Op. cit, p. 95-111.

usine, ainsi qu’on à pu le faire pour l'Angleterre. On adaptera l'effort productif à sa structure géologique, et on fera d’elle un immense territoire agricole.

Le développement de la production italienne se traduira donc avant tout par un développement de l’agriculture, principale source d'activité naturelle et unique dispensatrice d'aliments. On s’efforcera d’exporter la plus grande quantité de produits agricoles, pour pouvoir importer en contre partie les matières premières industrielles indispensables, avec la moindre perte financière.

D'autre part, l’augmentation de la population que l’on veut encourager entraînera le gouvernement à favoriser l’accroissement de l'élément rural qui, en Italie comme partout ailleurs, est le plus fécond. Cette fécondité supérieure est attestée par les chiffres suivants : dans les cantons qui ont plus de 75 % d'agriculteurs, la natalité est de 28,50 %, ; dans ceux qui ont de 50 à 75 % d’agriculteurs, elle est de 27,11 %, ; dans ceux qui ont de! 25 à 50 Z d'agriculteurs, elle est de 24,66 %, ; et dans ceux qui ont moins de 25 % d’agriculteurs, elle est de 20,49 %, (16).

L'élément rural sera doublement protégé parce que, s’il est le plus prolifique, il est aussi — et cela va toujours de pair, — le représentant des plus hautes qualités physiques et morales de la race, le mainteneur des traditions qui assurent la pérennité d’un peuple (17).

Enfin, les masses italiennes retenues sur le sol de la mère-patrie en raison de la restriction apportée au droit d’émigrer, et toute la population flottante à l’intérieur du pays, — facteurs dangereux de chômage, — seront orientées vers les campagnes, puisque la terre exploitée avec une intensité jamais encore atteinte, offrira à la main-d'œuvre ‘ de nouveaux et multiples débouchés.

(16) Cf. À. Marsigli : « Il problema demografico nelle dottrine politiche ed economiche italiana », Rivista di Politica economica, juin 1933, p. 714-737,

(17) La formule mussolinienne : « Riscattano la Terra e con la Terra gli € uomini e con gli uomini la razza > (sauver la terre, et par la terre les hommes, et par les hommes la race) a précédé le « Blut und Boden > (Par le sang et par le sol) du national-socialisme allemand.

Le besoin dans lequel se trouve l’Italie de conquérir son indépendance au sein d’une Europe instable et inquiète, la conduit irrésistiblement à confier à la terre tous ses espoirs de réussite et à remettre entre les mains des paysans son destin. Aucun mouvement en faveur de la terre ne peut être en plus étroite corrélation avec une nécessité de politique extérieure que celui que nous offre l’Italie.

SECTION I

Réorganisation de la production et de la vente

Pour obtenir la « ruralisation » de l'Italie (Ruralizzazione), M. MUSSOLINI, qui aime à se faire appeler le « Duce contadino », c’est-à-dire le Duce paysan (18), décide :

1° d'organiser la production et le marché agricoles sur de nouvelles bases ;

2° d’accroître le rendement des terres déjà cultivées ;

3° de rendre productives des terres considérées jusque-là comme incultes ;

4° de donner de la terre aux bras sans travail.

Les quatre points de ce programme sont, on s’en rend compte, strictement interdépendants. |

Dès 1922, le fascisme s’attèle à l’œuvre de réorganisation de la production et de la vente agricoles. Le 4 juillet 1925 est déclenchée la « Bataille du Blé » (Battaglia del grano), dont l’objectif est d'améliorer le rendement moyen de l’hectare qui n’est que de 10,9 quintaux pour la période 1921-1924, tout en augmentant la superficie emblavée, et par là de faire cesser les importations ruineuses de blé (19). A cette date, un « Comité permanent du blé » est créé, présidé par M. Mussozini lui-même, et doublé dans chaque

(18) M. Mussolini se plait à inaugurer chaque année la saison des moissons, en accomplissant la tâche d'un salarié agricole.

(19) La production de blé pour la période 1921-1924 est en moyenne chaque année de 50.993.000 Qx. Pour suffire aux besoins normaux de l'Italie, il faut qu'elle soit de 80 millions de Qx. Ce chiffre pourra être atteint, sans même

emblaver plus de terre, du jour où le rendement à l'hectare se maintiendra à 16 quintaux.

sg LT NÉCESSITÉ DE POLITIQUE EXTÉRIEURE 125

province par une commission de propagande. Ce comité prend des mesures pour maintenir le cours du blé à des niveaux satisfaisants. Il protège le marché national en établissant des taxes d'importation sur les blés étrangers êt leurs dérivés, et en fixant un taux obligatoire d’incorporation de blé indigène dans les farines panifables et les semoules destinées à la fabrication des pâtes alimentaires. Il régénère les coopératives agricoles, il institue le stockage collectif du blé et organise sa vente collective (20). Pour permettre aux cultivateurs d'améliorer leurs moyens de production, il les soutient de toutes les façons : paiement d’avance sur les récoltes, prêt pour achat de machines, distribution de semences, subventions pour la construction de silos, etc... (21).

Une vaste campagne de propagande est instituée en faveur des nouvelles méthodes de culture avec création de concours à primes, de conférences, d’expositions, le tout accompagné des encouragements de la Presse. La sélection des semences est pratiquée dans des centres d’expérimentation nombreux, grâce à l’Institut national de Génétique de Rome qui, dans ses fermes expérimentales peut, sur plus de 300 hectares, étudier et déterminer les qualités boulangères des différents blés, créer des hybrides, et augmenter ainsi la valeur de la production italienne. Enfin, de nombreuses chaires d’enseignement sont créées pour diffuser les méthodes les plus perfectionnées concernant la culture et l'emploi des engrais (22).

Après le blé, la vigne est la culture sur laquelle le nouveau régime porte le plus d’attention. C’est une grande richesse italienne à soigner, quand ce ne serait que pour les 450 millions de journées de travail par an qu’elle exige. La

(20) On aboutit ainsi à une sorte d'Office du Blé, le stockage étant devenu obligatoire et la vente étant réservée à des organisations syndicales surveillées par l'Etat.

(21) Cf. AI. Spindler, « La contribution de l'autarcie agricole à la nouvelle économie italienne », dans l'Association agricole du 21 juillet 1936.

(22) Cf. Raymond Gavoty, « L'agriculture italienne et l'Etat », dans la Revue de Paris du 1° janvier 1935. pp. 178-194,

Robert Maliet, | 5

production moyenne annuelle est de 40 millions d’hectolitres, sensiblement égale à la consommation. D’une façon générale, la viticulture italienne évite les productions exagérées pour rechercher la qualité avant tout. Des directives et disciplines très sévères sont données à la production et au commerce par la section nationale viti-vinicole, instituée au sein de la Confédération Nationale fasciste des Agriculteurs, puis par la corporation viti-vinicole qui se substitue à elle à partir de 1934.

Le Gouvernement commence par remplacer les variétés atteintes du phylloxera, (2 millions d'hectares ont été détruits par le mal), il utilise les plants susceptibles d’améliorer la qualité du vin, il impose un degré minimum et organise la vente selon des méthodes rationnelles et sous forme coopérative (notamment en constituant des caves coopératives) (23). Il réglemente les appellations d’origine, protège les vins spéciaux contre les imitations et favorise l'exportation en créant des marques de garantie. Il ne néglige pas non plus le raisin de table et fait choisir par une commission de techniciens, parmi les 200 variétés qualifiées raisins de table, 9 variétés à maturités successives représentant des indices-types sur la base desquels doit s'orienter — à son grand avantage — la production nationale (24).

L'agriculture italienne est caractérisée par une abondance de fruits (en dehors du raisin), qui constituent avec les primeurs et les fleurs, la base de ses exportations. En 1926, la création de l’Institut National pour l’exportation donne l'impulsion décisive à ce genre de production. Cet Institut tend à organiser, discipliner, éclairer les producteurs ; il guide leur choix sur les variétés les meilleures et les plus demandées par les pays importateurs. Il réalise la standardisation officielle de certains produits, tels que

(23) La production moyenne annuelle française est de 55 à 60 millions d'hectolitres.

(24) Sur la question du marché viti-vinicole, voir: Henry Peyret : & L'Agriculture italienne sous le régime fasciste », Revue des Agriculteurs de

France, nov. 1936, p. 527.

citrons, oranges, tomates, pommes de terfe, riz, chouxfleurs. Les produits choisis comme types doivent répondre à certaines conditions de poids, de dimensions, de coloration. Les ‘systèmes de récoltes, de sélection, de classification, d’empaquetage et d’expédition sont rationalisés dans le but d'assurer une meilleur possibilité de conservation et une présentation adaptée aux exigences actuelles des marchés de consommation. Les produits expédiés à l’étranger ne le sont que sous la « marque nationale », et le développement des applications du froid pour conserver et transporter les plus périssables d’entre eux augmente considérablement le rayon d’action des courants commerciaux. Les producteurs italiens sont journellement avisés de la situation éventueile des divers marchés d'écoulement par des bureaux d’information possédant des agences dans chaque pays client de l'Italie (25).

Le marché de la viande, des cultures secondaires, des huiles, des fromages, etc., sont organisés de la même façon méthodique. Crédit, coopération, propagande y sont également l’objet de mesures judicieuses et efficaces (26).

Depuis 1934, la production agricole est encore améliorée par la création des huit « corporations à cycle productif agricole », qui se superposent à la Confédération fasciste des Agriculteurs « pour le règlement collectif des rapports « économiques et pour la discipline unitaire de la produc- « tion » (27). Ces huit corporations remplacent les différentes sections instituées pour chaque catégorie de pro-

(@5)2 CE op il, pe 228. s

(26) Un exemple caractéristique des efforts faits en la matière par le Gouvernement pour soutenir les agriculteurs envers et contre tout, est fourni par le marché des fleurs. En 1920, on compte seulement 600 hectares plantés en fleurs, en 1935 on en compte 2.800, (60 % de la production sont exportés). Arrivent les sanctions et avec elles la disparition presque complète des débouchés extérieurs. Le Gouvernement s'ingénie à créer des débouchés intérieurs en diminuant les frais de transpoit, en instituant la vente des fleurs à l'abonnement par colis postaux et en autorisant les administrations publiques à dépenser une partie des sommes allouées à leurs frais généraux pour fleurir leurs bureaux.

(27) Article 8 de la loi du 5 février 1934 portant création des corporations et contenue dans L'Etat corporatif, par B. Mussolini. Valecchi, éditeur, Florence, 1927, p. 243. ,

duits, et coordonnent les efforts des employeurs aussi bien que ceux des salariés, sous la surveillance et avec l’appui de l'Etat, dans l'intérêt, commun à tous, de l’agriculture (28).

Enfin, en 1938, une loi crée les « consortiums provinciaux des producteurs agricoles » organes de discipline et de développement de la production à l’intérieur de chaque province, qui doivent collaborer avec les différentes bran-

ches de l’activité publique et économique (syndicats, fédérations, corporations, etc.) toujours en vue du même résultat : la prospérité de l’agriculture et, à travers elle, celle de l'Italie.

SECTION Ili Bonification intégrale

Tout en parachevant l’organisation de la production et de la vente et en favorisant, par des moyens à la fois législatifs et scientifiques, la progression de la culture sur des terres déjà exploitées, le fascisme se tourne vers les terres qui ne le sont pas encore et qui peuvent l'être, ou que l’on affirme incapables de l’être depuis des siècles, mais que, lui, prétend rendre à la charrue. L’Italie comporte près de 10 millions d’hectares incultes dont la présence s'explique soit par un excès d'humidité, soit par un excès de sécheresse. Quelles ressources n’offriraient pas ces terres si elles étaient livrées à la culture ! Elles permettraient d’abord à l'Italie de se suffire entièrement à elle-même pour ses besoins alimentaires, ensuite de fixer sur un sol nouveau et pacifiquement conquis sa population excédentaire

(28) Parmi les 22 corporations italiennes, voici la liste des 8 corporations agricoles :

Page 1