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EN PALESTINE

Il existe un mouvement de Retour à la Terre dont la nécessité s’est fait sentir pour des raisons d’ordre politique, mais d’un ordre politique qui ne concerne ni les rapports entre citoyens d’un même pays (politique intérieure), ni les rapports d’une nation avec les autres nations (politique extérieure). Ce mouvement, absolument inédit, a eu pour théâtre la Palestine, et pour acteurs les Juifs disséminés à travers le monde, et l’on peut dire que c’est une nécessité de « politique internationale » qui l’a déclenché.

SECTION I

Les Juifs dans le monde jusqu’à la déclaration Balfour

A l’origine, les Juifs constituent un peuple agricole de pasteurs et ne se montrent pas moins attachés à la terre que les autres peuples orientaux. Rien ne laisse encore présager leur destin migrateur et leur spécialisation commerciale. Mais très tôt, ils sont victimes d’une sorte de préjugé défavorable, dû peut-être à leur exceptionnelle cohésion ethnique qui les écarte de toute assimilation ; et déjà les Romains, méfiants à l’égard d’une conquête qui fait fi de leur civilisation, les soumettent à des mesures vexatoires,

Mais la malédiction qui pèsera sur eux, tout au long de leur Histoire, trouve incontestablement son principal fondement dans l’aversion du monde chrétien pour le peuple qui a la mort du Christ sur la conscience.

En 70 après Jésus-Christ, l'Etat juif est détruit. Durant le premier millénaire de l’ère chrétienne, les Juifs — race prolifique sur un sol pauvre (1) — dont quelquesuns se sont déjà répandus en Egypte, en Mésopotamie, en Syrie et en Afrique du Nord, passent de l’Afrique du Nord en Espagne, Italie, Gaule, Allemagne, et de la Palestine par Byzance se dispersent à travers la péninsule balkanique et les pays slaves.

Au vrir° siècle, les Arabes sortent de la presqu'île d’Arabie et commencent leur série de conquêtes par celle de la Palestine qu’ils veulent convertir de force à l'Islam. Dès lors, la tendance dès Juifs à s’expatrier ne fait que s’accroître sous l'influence des persécutions musulmanes.

Au cours du Moyen-Age, ils perdent à peu près tout contact avec leur terre d’origine, où ne demeurent plus que quelques milliers d’entre eux. Au xvin siècle, la forte multiplication des Juifs d'Europe change la proportion, et ils deviennent un peuple plus européen qu’oriental.

Ils se sont désormais spécialisés dans le commerce, et leur qualité de non-chrétiens qui leur permet de pratiquer l’usure (interdite aux chrétiens) achève de les discréditer aux yeux des masses profondément religieuses.

La majorité des Juifs, au cours du xvirr° siècle, a tendance à se fixer dans l’Europe orientale. Entre 1800 et 1880 leur prédominance numérique en Europe orientale s’accentue, par suite des conditions économiques meilleures et d’une diminutien de la mortalité infantile. Le nombre total des Juifs, qui n’était plus que de 3 millions au xviri° siècle, atteint au x1x° siècle 10 millions.

A partir de 1850, un mouvement d’émigration se dessine vers les U. S. A., puis vers l’Amérique du Sud (provenance : Europe du Centre et de l’Est). Les Juifs, de plus en plus nombreux, sont toujours en butte aux vexations des nations chez lesquelles ils se sont fixés, l’accès de certaines carrières leur est interdit, ils sont soumis à une

(1) Ils sont à cette époque 4 millions et demi.

réglementation particulière et connaissent des conditions d'existence pénibles, dans une insécurité morale perpétuelle. Beaucoup décident de tenter leur chance outre-mer. C'est à ce moment que certains d’entre eux songent à un retour en Palestine (où ne vivent plus que 50.000 Juifs environ).

Des efforts philanthropiques individuels favorisent cette tendance : ceux du baron DE MoNTEFIORE en 1855, ceux de l’Alliance Israélite Universelle (qui fonde vers 1870 une école d’agriculture), ceux du baron Edmond DE RorHscHiLp en 1882, ceux enfin de « l’Association pour la Colonisation juive » (J. C. A., Jewish Colonisation Association), société par actions fondée en 1891 par le Baron HrrscH, et dotée par lui d’un capital de 200 millions de francs (2).

En 1897 est fondé le Sionisme, mouvement politique de grande ampleur qui a pour but, non seulement de faciliter l’accès de la Palestine aux émigrants, mais de restaurer l’unité juive sur le sol palestinien.

Cependant, tant que les Amériques ouvrent toutes grandes leurs portes aux émigrants, les Juifs préfèrent s’y rendre que de réintégrer la terre ancestrale, où les chances d'améliorer leur niveau de vie sont moindres et la sécurité politique absente.

Le conflit 1914-18 libère la Palestine du pouvoir ture, et les Gouvernements alliés en 1917 prennent l'initiative de favoriser la création d’un Foyer National Juif en Palestine. Ils agissent au nom des principes humanitaires ; le sort de cette race éparse de par le monde, et livrée aux fluctuations de l’opinion officielle issue des changements politiques, les. a toujours émus. Ils ont compris la nécessité de réaliser une amélioration à la condition des Juifs, d'offrir une chance d'évasion à ceux d’entre eux qui éprouveraient le besoin de s’expatrier, chassés par la misère ou par un gouvernement. Le meilleur moyen n'est-il pas de leur permet-

(2) Renseignements tirés de la Revue Internationale du Travail, vol. XXX, nov. 1934, p. 661.

tre de se regrouper sur le sol où leur race a vu le jour, et de donner à ces apatrides par fatalité une patrie reconstituée ? Le retour des Juifs en Palestine satisfait toutes les nations, aussi bien celles qui n’éprouvent pour eux que des sentiments de l'ienveillance que celles qui leur sont hostiles, puisque le projet contribuant à leur émancipation les incite à quitter les pays où l’on prétend voir en eux un péril. , |

Le 2 novembre 1917, le Ministre Britannique du Foreign Office, Lord BALFOUR, au nom de son Gouvernement et en accord avec les nations alliées, fait la célèbre déclaration que voici : « Le Gouvernement de Sa Majesté considère favorablement Flétablissement en Palestine d'un Foyer National pour le peuple juif ; il s’efforcera de faciliter de son mieux la réalisation de ce but, étant entendu que rien ne sera fait qui pourrait porter préjudice aux droits civils et religieux des Communautés nonjuives déjà établies en Palestine, ni aux droits et au

« statut politique dont les Juifs jouissent dans tous les «< autres pays. »

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