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II. — La petite colonisation suburbaine

A côté de la colonisation agricole, nous devons indiquer la petite colonisation suburbaïne. Celle-ci a pour objet non seulement la création de domiciles pour les chômeurs dans les environs des grandes villes, mais aussi l’aménagement de jardins qui permettraient aux sans-travail de rester dans la mesure du possible à l’abri de la misère. Cette idée, déjà utilisée par le Gouvernement BRUNING en 1931, est reprise en 1933 par le National-Socialisme qui fournit aux chômeurs des lopins de terre de 500 à 10.000 m2? donnés par les villes ou par l'Etat. De 1933 à 1939, le Gouvernement consacre des centaines de millions de R. M. à cette colonisation suburbaïne, qui groupe plus de 500.000 bénéficiaires au moment où le chômage est virulent. Le service volontaire du travail coopère à la construction des maisons et à l’aménagement des jardins. Les subventions accordées aux chômeurs reconnus aptes à la culture sont remboursables en 10 ans, et se montent à 2.250 marks (42). Nous retrouvons ici la conception « d’agriculture de subsistance » dont nous avons déjà rencontré des essais d’application en Angleterre et aux U. S. A.

(40) Vierteljahrshefte zur Statistik des deutschen Reich, 1939, vol. III, D 7.

- (41) Cf. Wirischaft und Statistik, juin 1940, p. 171.

(42) Sur la colonisation suburbaine, voir Pierre Reynaud, La lulte contre le chômage en Allemagne, Domat-Montchrestien, Paris, 1936, pp. 219-220.

SECTION VI

Aide aux campagnes (Landhilfe)

Si l’on veut obtenir une production agricole croissante, il faut fournir à la terre tous les bras disponibles. Et ils sont nombreux en 1933, puisqu'on compte plus de 5 millions de chômeurs. L'emploi des ouvriers d’usine dans les campagnes s'impose donc, pour résorber le chômage et gagner la Bataille de la Production, aussi bien que pour faire reprendre contact avec la terre et sa saine morale aux centaines de milliers de citadins désœuvrés.

La loi du 28 avril 1934, qui porte création de l’Aide aux Campagnes (Landhilfe), répond à ces besoins (43), elle est un essai véritable de Retour à la Terre. Cette aide revêt trois formes :

1° Soit le placement de jeunes gens appartenant à des professions non agricoles dans des exploitations rurales particulières (secours rural proprement dit) ;

2° soit l’organisation de groupes ou d’équipes de travailleurs auxiliaires pour les travaux des champs (service agricole) ; j

3° soit des mesures d’encouragement destinées à accroître le nombre des familles d'ouvriers agricoles (aide agricole aux familles).

Le secours rural est composé de jeunes gens âgés de 16 à 21 ans qui sont des artisans, des ouvriers d'usine, ou des employés d’administration bénéficiant d’allocations de chômage. S'ils sollicitent leur admission dans ce service, ils sont envoyés dans une exploitation paysanne n’ayant pas plus de 40 hectares. Le nombre d’aides ne peut dépasser deux par exploitation. L’agriculteur, qui accepte un Landhilfer pour une durée d’au moins six mois, reçoit une allocation en rapport avec l’âge et l’aptitude de son employé, et avec les salaires en usage dans la région. On voudrait faire

(43) Voir le commentaire de la loi par le docteur Rudolf WiepwaLp, paru dans le Bulletin du Ministère du Travail du Reich, n° du 25 mars 1934.

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de ces ruraux occasionnels de futurs paysans ; c’est pourquoi l’exploitant doit non seulement leur donner le salaire ixe, mais une nourriture forte et un logement ; il doit aussi les acCueillir à son foyer, les initier à tous les travaux de son exploitation, bref, leur permettre d'acquérir la compétence nécessaire pour conduire personnellement une exploitation de même nature. Les jeunes aides doivent de leur côté s'acquitter consciencieusement de leurs obligations et « s’incorporer à la communauté familiale » (Loi du 3 mars 1933).

Le parti national-socialiste désire fixer le plus grand nombre possible de Landhilfer dans les campagnes où ils ont commencé de s’acclimater. On les envoie assez loin de chez eux pour qu'ils n’aient pas la tentation de regagner leur pays, pendant la période un peu pénible d’adaptation. On s’efforce d'améliorer leurs conditions de travail pour les inciter à demeurer à la terre : des logements plus confortables sont réclamés pour eux ; on leur distribue des vêtements en hiver ; on organise à leur intention des cours d’agriculture professionnels et on favorise la prolongation de leur stage. On espère ainsi que beaucoup se marieront au village et, s’y installant définitivement, seront susceptibles d’être transformés en exploitants d’Erbhôfe. Mais les faits prouvent que l’Aide aux campagnes aboutit, dans 95 % des cas, àeune occupation rurale temporaire et non à un Retour définitif à la terre. De 1933 à 1938, on compte environ 250.000 Landhilfer employés annuellement qui — dès que l’occasion s’en présente, — regagnent la ville.

Le service agricole ou Landdienst (44), — distinct du secours rural, — comprend des groupes d'ouvriers agricoles auxiliaires organisés par la jeunesse hitlérienne et par l’Union des jeunes filles allemandes et qui travaillent en équipes. Ce service a pris un grand développement et joue un rôle considérable dans la mobilisation de la maind'œuvre en faveur de l’agriculture, au moment des mois-

(44) Cf. Helmut Vollweiler, « La mobilisation des réserves de main-

d'œuvre en Allemagne », Revue Internationale du Travail, oct. 1938, pp. 489- 494,

sons ou des gros travaux. Le recrutement des jeunes filles pour ies travaux des champs est facilité par une décision du ministre de l'Intérieur en date de 1933, aux termes de laquelle les jeunes filles de plus de 16 ans qui auraient accompli avant le 1° novembre 1938 9 mois de travail volontaire à la campagne, seraient exemptées ensuite du service civil de travail instauré pour la jeunesse féminine.

Par ordonnance du 15 février 1938 est instituée l’année de service civil féminin. Les jeunes femmes non mariées de moins de 25 ans ne peuvent désormais être engagées comme ouvrières ou employées dans des administrations publiques et privées que s’il est établi, par les indications de leur livret de travail, qu’elles ont effectué un an au moins de travail dans l’agriculture ou dans le service ménager.

Mais le national-socialisme ne s’est pas contenté seulement de diriger vers la terre les jeunes gens de 20 à 30 ans ; il a voulu inculquer aux enfants de la ville le goût de la vie rurale, sachant que plus un être est jeune, plus il a de chance de s’adapter à un nouveau genre d’existence. Une loi prussienne du 28 mars 1934 crée, — à titre d’essai, — « L'année à la campagne » (LANDJAHR), réservée aux enfants des grandes cités, âgés de 12 à 13 ans, et ayant achevé leurs études. En 1935, 25.000 d’entre eux, provenant des centres usiniers les plus importants, sont envoyés pour un an dans des fermes où l’on espère, sinon leur inspirer la vocation paysanne, tout au moins les perfectionner moralement et physiquement en les employant aux travaux agri coles les moins ardus. La Landjahr est donc créée à la fois dans l'intérêt de la race et dans l'intérêt de la terre. L’essai ayant été satisfaisant, la loi prussienne a été étendue à toute l’Allemagne, et chaque année le nombre de petits citadins qui bénéficient d’une « cure champêtre » va s’accroissant (45).

Parmi les autres mesures destinées à parer au manque de main-d'œuvre rurale, mentionnons l’utilisation pour des.

(45) Renseignements fournis par l'Institut d'Allemand à Paris,

fins agricoles du service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst) (46).

En juin 1931 est créé le Service du Travail Volontaire dont le premier but est d'exécuter des travaux publics d’une utilité nationale, mais trop onéreux pour être effectués par une main-d'œuvre payée, et cela en utilisant les chômeurs qu'il faudrait de toutes façons entretenir. Il est organisé sur la base des engagements volontaires et groupe des jeunes gens de moins de 25 ans qui, tout en continuant de s’éduquer physiquement et moralement, doivent se livrer à des travaux d'utilité publique. Ces travaux sont le plus souvent du même genre que ceux prévus par les Grands Travaux avec une prédominance des entreprises d’amélioration foncière (desséchement de marais, reboisement, établissement de nouveaux centres de colonisation, etc...).

Le 25 juin 1935, le gouvernement national-socialiste rend le service du travail obligatoire : tout allemand doit normalement entrer dans un camp de travail après sa 19° année révolue et avant sa 25°. Le contingent annuel, qui comprend environ 200.000 hommes, est incorporé en deux équipes fonctionnant chacune 6 mois, et occupées comme auparavant à des travaux de bonification des terres. Le camp de travail opère le dressage du travailleur manuel dont l'utilité est aussi grande que celle du soldat. On confie la pelle aux jeunes gens avant de leur confier le fusil. On leur fait sentir l’égalité de tous les citoyens, non pas seulement devant la défense nationale, mais aussi devant le travail national. Le service civil est un moyen puissant d'opérer la fusion des classes par la vie et le travail en commun, la meilleure façon de donner le goût du métier de la terre, — ou simplement la notion de son importance, — à des hommes qui auraient trop tendance à le diminuer. Ici réapparaît le désir de revivifier, au contact des réalités de la nature et des labeurs des champs, l’âme trop « urbanisée » de l’allemand.

(46) Cf. Pierre Reynaud, op. cit., p. 214 et Revue du Travail, mars 1939, p. 474. |

Robert Mallet. STONES AA 14

Cette préoccupation d’ordre moral, nous l’avons décelée dans toutes les réalisations du national-socialisme. Son œuvre entière baigne dans une atmosphère de mysticisme qui lui donne sa force. Chaque institution, de quelque nature qu’elle soit, comporte une part d’idéalisme civique et racial. Dans le domaine agricole, plus que dans tout autre, cette tendance triomphe. Le Nährstand exprime la nécessité de l’union dans l'effort et de l’abandon de l’égoïsme individuel au profit de l’intérêt commun, l’Erbhof est la manifestation d’un souci de pureté de sang et de cœur, auquel la Siedlung fait écho ; la Landhilfe et la Landjahr répondent au besoin de « désintoxication morale » des éléments urbains, et l’Arbeitsdienst au désir d’inculquer à tous les citoyens le sentiment de l’égalité dans la solidarité de la tâche manuelle. Il est incontestable que ce qui confère à ces diverses institutions leur intense climat spirituel, sous un aspect strictement économique, c’est justement le lien qui les rattache à la terre, à cette terre germanique au sein de laquelle l’Allenfagne veut puiser l'énergie de sa régénération.

SECTION VII

Résultats obtenus

Le programme national-socialiste publié le 1* février 1933 comporte ces mots : « Dans l’espace de 4 ans, le paysan « allemand doit être arraché à la misère où il s'enfonce », et le Chancelier Hitler, la même année, s’écrie à la Tribune du Reichstag : « Le sauvetage du paysan allemand doit « être réalisé à tout prix ».

La promesse a été tenue. En moins de 4 ans, la paysannerie allemande a été tirée des difficultés dans lesquelles elle se débattait en 1932. Nous savons qu’à cette époque l’agriculture endettée ne pouvait plus rétablir la situation ni renouveler son outillage, l’écart entre les prix des produits de la terre et ceux de l’industrie grandissant sans cesse en faveur de ces derniers. L’index du prix des denrées agricoles n'’atteignait pas 80 % de celui de 1913,

tandis que l'index des prix industriels s’établissait à 11,3 %.…. (47). Il fallait donc assurer au paysan un prix suffisamment rémunérateur pour ses produits.

La revälorisation des produits agricoles ‘a été réalisée par le Nährstand, et l’agriculture, soutenue par l'Etat, encouragée par lui de toutes les façons, pécuniairement et moralement, est redevenue florissante. En 1939, le Maréchal Gœring peut écrire en toute vérité : « Le paysan allemand qui se trouvait encore sans droits il y a quelques mois, et qui était menacé journellement de quitter sa ferme et son foyer, est maintenant solidement réinstallé sur son exploitation. Sa terre n’est plus une marchandise, arrachée aux mains des usuriers, elle est redevenue inviolable et sacrée » (48). La liberté de l’approvisionnement en denrées alimentaires (Nahrungsfreiheit) du Reich, condition de sa liberté politique, a été conquise du jour où la « Bataille de la Production » (Erzeugungsschlacht), équivalent allemand de la Bataille du Blé italienne, a été engagée à fond et gagnée grâce aux paysans appelés par le Führer : « les troupes de choc du plan de quatre ans ».

L’Allemagne produit en 1939 90 % des denrées alimentaires nécessaires à sa subsistance, alors qu’en 1912 elle n’en produisait que 75 %.

La valeur de la production agricole en 1932-1933 est de 8.730.000.000 de marks, et en 1938-39, de 13.500.000.000 marks. En 1937-38, la valeur de la production de lait dépasse de 100 millions de marks celle de charbon.

Les efforts les plus considérables ont porté sur la culture des céréales. Alors que la moyenne annuelle de production de blé pour la période de 1926-1932 est : 37.200.000 quintaux, elle est, pour la période 1933-1939 : 46.900.000 quintaux (49).

(47) Sur la situation de la paysannerie allemande en 1932. voir : Docteur

Kurr RiTrer, « La crise agraire allemande » et Docteur Walter WEDDINGEN, « La crise économique allemande », Revue Econ. Intern. janv. 1932, pp. 7 et

suiv. et pp. 63 et suiv.

(48) Cf. Goering, Renaissance de l'Allemagne. Trad. franc, Paris, Sorlot, 1939, p. 127.

(49) Cf. Wirtschaft und Statistip, 1939, p. 647 et Ann. Statis. de France, 1938, p. 279. : MTS A

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