‹ Nécessités d'un Retour à la TerreChapitre 28 sur 49 · RAR A À À À À · texte numérisé non relu

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Le rendement à l’hectare est passé de 20,12 quintaux à l’hectare (période 1926-1932), à 22,60 quintaux à l'heclare (période 1933-1939) ; progression d’autant plus remarquable que sa base de départ est déjà très élevée (il est en effet beaucoup plus facile de passer, comme l'Italie, de 12,4 quintaux à l’hectare, à 16 en une période de 12 ans). 1.843.000 hectares sont emblavés en moyenne chaque année pendant la période 1926-1932, et 2.019.000 hectares pendant la période 1933-1939 (50).

Le seigle qui, pour l’alimentation allemande est aussi important que le blé, voit sa moyenne de production annuelle s’élever de 75.200.000 quintaux (période 1926- 1932), à 79.600.000 quintaux (période 1933-1939) et son rendement passer de 15,91 quintaux à l’hectare à 17,38 quintaux. On assiste à des progressions du. même ordre de grandeur pour l’avoine, l’orge et le méteil (51).

La culture des pommes de terre est en pleine ascension. La moyenne de production annuelle, qui atteint 41.010.000 tonnes (pendant la période 1926-1932), dépasse 50.000.000 de tonnes pendant la période 1933-1939. (Les récoltes de 1938 et de 1939, avec plus de 55.000.000 de tonnes chacune, détiennent le record) (52).

La betterave à sucre présente une progression similaire. Alors que la production n’est que de 9.790.000 quintaux en 1933, de 14.950.000 en 1936, elle est de 17.200.000 en 1938 et de 17.390.000 en 1939 (53).

Les cultures industrielles (oléagineuses et textiles) sont en accroissement sensible, que ce soit du point de vue de la superficie qu’on leur consacre ou de la production qu’elles procurent ; les cultures fourragères également. Citons comme exemple la production de graines de colza dont la moyenne annuelle passe de 165.000 quintaux

(période 1928-1932), à 665.000 quintaux (période 1933- 1938).

(50) W. U.S., 1939,p. 538 et Ann. Statis. Fr., 1938, p. 277. 61) W. U.S. 1939, p. 539 et Ann. St. Fr., 1938, p. 283. (52) W. U. S. 1939, p. 676 et Ann. St. de Fr., 1938, p. 298. (53) W. U. S. 1939, p. 676 et Ann. St. de Fr., 1938, p. 372.

Les superficies cultivées couvrent 20.482.000 hectares en 1932 et 21.522.000 hectares en 1939 (54). On a le droit d’être étonné de ce que l’augmentation ne se traduise que par un peu plus d’un million d’hectares, quand on sait que le Gouvernement a entrepris la bonification de plusieurs millions d'hectares et quand on voit la production s'élever si rapidement. On trouve à cela deux explications : en même temps que de nouvelles terres sont consacrées à la culture par la bonification, d’autres lui sont enlevées par la création de nombreux et immenses terrains d'utilité publique : stades, camps de toutes sortes, aérodromes, autostrades, zones militaires, etc. (plus de 400.000 hectares ont été sacrifiés à des buts stratégiques). D’autre part, il faut remarquer que l’Allemagne est le type du pays à agriculture intensive, et comprendre que l’augmentation de la production provient avant tout d’une amélioration des méthodes de culture, c’est-à-dire d’une progression des rendements.

L’effort pour la conquête de l’indépendance en matière d’approvisionnement s’est également manifesté Par un net accroissement du cheptel allemand.

On compte 18.471.000 bovins en 1930 et plus de 20 millions en 1939, 3.508.000 ovins en 1930 et plus de 5 millions en 1939. Le troupeau de porcs lui, demeure stationnaire à un chiffre très élevé (24 millions de têtes). La production de beurre annuelle est en moyenne de 387.000 tonnes (période de 1928-1932) et de 476.000 tonnes (période 1932-1938) ; celle de viande passe d’une période à l’autre de 3.147.000 tonnes à 3.528.000 tonnes.

Avant de clôre cette énumération fastidieuse de chiffres, nous voulons en citer deux autres qui — plus encore que les premiers — sont significatifs d’une reprise agricole intense. Ils concernent la fabrication des engrais (55).

Alors qu’en 1932 533.000 tonnes de scories de déphosphoration et 639.000 tonnes de superphosphates sont uti-

(54) W. U. S. 1940, p. 413 et Ann. St. de Fr, 1938, p. 282. (55) Cf. Ann. St. de France, 1938, p. S YA

lisées, en 1938 les agriculteurs se servent de 2.500.000 tonnes de scories de déphosphoration et de plus d’un million de tonnes de superphosphates.

Il n’est pas besoin d’insister davantage pour prouver la rénovation de l’agriculture allemande.

Le succès du mouvement agraire allemand est complet dans le domaine économique pur. Il l’est également dans le domaine des idées, ou plus exactement des sentiments. Le Retour à une politique en faveur de la terre est total, il reçoit l’assentiment unanime et enthousiaste des citoyens du Reich. Il n’est pas un d’entre eux qui mette en doute la nécessité de retremper la race au contact de la terre, pas un d’entre eux qui ne rende un hommage fervent à la classe paysanne et qui ne reconnaisse la grandeur de sa tâche. Chaque Allemand est convaincu des vérités émises par le Chef des Paysans, Walther DARRÉ, et les répète après lui avec la même foi : l'Allemagne doit revenir à la terre, elle sera paysanne ou elle ne sera pas.

En 1939, elle est davantage paysanne incontestablement si l’on considère les chiffres de la statistique agricole. Elle ne l’a jamais été moins si l’on considère ceux de la statistique démographique. L’adhésion des cœurs, toute sincère qu'elle ait été, n’a pas été accompagnée de.l’acte physique qui semble devoir en être l’aboutissement logique. L’Allemand n’a pas quitté la ville pour regagner la campagne. Il a exalté la beauté du labeur paysan, mais il a préféré sa tâche citadine, et il a continué à professer son amour des choses de la nature dans le fracas d’un atelier d'usine, se réservant de donner satisfaction à ses goûts champêtres par la pratique du camping et du sport en plein air à chacun de ses jours de congé. L'Allemagne — pas plus que les autres nations — et malgré la force exceptionnelle de sa doctrine, n’a réalisé un Retour des hommes. à la terre. ù

On serait tenté de supposer le contraire quand on s’aperçoit que les 6 millions de chômeurs qui pesaient sur

l’économie du Reich en 1933 ne sont plus en 1939 que 300.000 à peine (56).

Comment ce chômage massif a-t-il été résorbé ? Est-ce la terre qui a rappelé à elle les sans-travail ? La Landhilfe a-t-elle provoqué chez des centaines de milliers de jeunes prolétaires la vocation rurale ? La vérité est tout autre.

Aussitôt installé au pouvoir, le National-Socialisme s'attaque au chômage par de multiples mesures de bon sens, telles que la réduction des heures de travail et la . limitation du travail féminin. Il accorde des subventions directes ou indirectes à l’industrie qu'il libère de ses dettes. Il permet ainsi la réouverture de nombreuses usines arrêtées et la marche à plein rendement de celles qui fonctionnaient au ralenti. Il instaure la politique des Grands Travaux qui accaparent sur d'énormes chantiers des armées de travailleurs (57). La Landhilfe, le Service volontaire du Travail contribuent eux aussi à la diminution du chômage.

Au fur et à mesure que la vie économique reprend, les Landhilfer reviennent à la ville qu’ils n’ont quittée qu’à contre-cœur. Les débouchés s'offrent de plus en plus nombreux à la main-d'œuvre. La renaissance agricole a pour effet d'augmenter les commandes à l’industrie. A partir de 1935, le réarmement du Reich nécessite la création de nouvelles usines et l’appel à des dizaines et des dizaines de milliers d'ouvriers (58). En même temps, le service obligatoire du Travail est créé, suivi quelques mois plus tard, du rétablissement du service militaire.

Ce brusque appel à la main-d'œuvre, dû aux besoins nationaux, avec corrélativement le jeu des heures supplémentaires et des salaires plus élevés, provoque non plus seulement la diminution du nombre des Landhilfer et le

(56) On compte 6.014.000 chômeurs en 1933, 1.300.000 en 1936, 275.000 en 1939. Cf. B. I. T. Ann. des Statistiques du Travail, Genève, 1939, p. 43.

(57) Cf. R. Koœnig, La réduction du chômage en Allemagne par les travaux publics. Paris, Pédone, 1937.

(58) La construction des fortifications de l'Ouest occupe 200.000 travailleurs à partir de 1936.

départ de ceux qui ont fini leur stage, mais un véritable exode rural qui prive la campagne d’authentiques paysans.

Ainsi, de 1933 à 1939, loin d’assister à un retour des hommes vers la terre, aussi prompt que l’est le mouvement de leur esprit vers les théories agraires, nous observons une accentuation de l’abandon des campagnes. Ceux qui quittent la terre sont, dans 90 % des cas, des ouvriers agricoles et non des paysans propriétaires (surtout depuis la création de l’Erbhof).

C’est ce qui explique la promulgation de deux lois, celles du 15 mai 1934 et du 28 août 1934 qui toutes deux tendent à enrayer les migrations ouvrières rurales vers les villes (59). La première donne au Président de la Reïichsanstalit (c’est-à-dire de l'Office de Placement et d’assurance chômage) la faculté de prescrire que les ouvriers et les employés ne possédant pas leur domicile dans tel district qu’il désignera, ne pourront y être embauchés sans un permis spécial de l’Office du Travail. Il peut également décider qu’un travailleur qui aurait été occupé dans l’agriculture ne pourra être embauché sans une autorisation de l'Office du Travail dans un emploi non-agricole ; enfin, il lui est permis d'exiger le licenciement des ouvriers et employés qui au cours des trois dernières années — auraient exercé un emploi agricole.

La deuxième loi prescrit que tous les ouvriers âgés de moins de 25 ans ne pourront être embauchés sans l’autorisation des Offices du Travail, et qu’ils devront être dirigés de préférence vers le Service du Travail et la Landhilfe.

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La fuite de la main-d'œuvre agricole allemande explique aussi l'emploi de travailleurs étrangers dans les campagnes depuis 1938, la préférence étant accordée aux pays avec lesquels la balance des devises est la plus favorable. C’est ainsi qu’en 1939, grâce à un contrat collectif passé entre la « Confederazione fasciste dei Lavoratori dell’agri-

(59) Cf. Helmut Vollweiler, « La mobilisation de la main-d'œuvre en Allemagne », Revue Intern. du Travail, oct. 1938, p. 489.

coltora » et la Reichsanstalt, 60.382 ouvriers agricoles italiens sont venus seconder les paysans allemands (60).

Walthef DARRÉ, promoteur d’un Retour à la Terre, doit songer d’abord à combattre l’exode rural. Il demande le concours sans réserve de toutes les organisations du Parti : association des femmes nationales-socialistes, jeunesses hitlériennes, ligue des jeunes filles, service obligatoire du travail, qui sont chargés de combattre la tendance néfaste. Le corps enseignant des campagnes est invité à éclairer les jeunes paysans sur l'importance de leur tâche villageoise, pour les dissuader de gagner l’usine.

Lors du Congrès annuel des Paysans Allemands en 1938, à Goslar, petite ville du Harz, érigée en capitale de la Paysannerie, le Reichsbauernführer est obligé de consacrer son discours à l’exode rural et à la lutte entreprise contre lui. Il exhorte les paysans à traiter de la façon la . plus humaine et la plus familiale, les jeunesses hitlériennes

qui font partie des équipes du service auxiliaire agricole (61) :

« J’adresse ici aux paysans un appel en faveur de cet effort des jeunesses hitlériennes qui se sont imposées la tâche de lutter contre la désertion des campagnes. Ce que cette jeunesse attend de vous, c’est de la compréhension, de la sympathie et un traitement juste. Elle est prête à affronter des tâches difficiles. Veillez à ce que tous les paysans dans les campagnes comprennent cet idéalisme, et intefvenez sans pitié contre ceux qui ne croient trouver dans cette jeunesse qu’une main-d'œuvre facile à diriger et bon marché ». Le Chef des Paysans explique ensuite que l’intérêt de l’Allemagne est de voir se fixer au sol le plus grand nombre de ces jeunes gens

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(60) On compte :

58.000 travailleurs agricoles étrangers en 1937 ; 120.000 — — 1938 ; 200.000 — — 1939.

(61) Discours prononcé le 24 novembre 1938 et recueilli par un membre de la Délégation française invité au Congrès, Revue des Agriculteurs de France, février 1939. « L'Agriculture allemande vue à Goslar », pp. 51 et suiv.

« et il déplore que « la dure réalité du travail agricole ne « convienne pas à tous ».

Puis, après avoir blâmé les femmes qui te la terre et rendu un hommage ému à celles qui persévèrent ‘ dans la vie rurale, il s’écrie : « C’est à elles que je « m'adresse pour qu’elles n’abandonnent pas leurs mères. « Comme le soldat ne montre sa vraie valeur qu’au « moment où il se rallie au drapeau, à l’instant du danger, « et qu’il le défend en première ligne, l’histoire jugera « notre jeunesse féminine rurale selon la façon dont elle « aura compris le devoir qu’elle doit remplir vis-à-vis de « la nation. Une jeune fille de vieille souche rurale qui, « pour vivre plus facilement, abandonne la ferme et ne « remplit pas son devoir vis-à-vis de la classe paysanne, « agit comme un soldat qui quitte le front pour s'assurer « à l’arrière une situation plus confortable et plus sûre « pendant la durée de la guerre. »

Ce sont là des paroles qu’on ne prononce que lorsque le péril est dans la maison. Walther DARRÉ doit se rendre à l’évidence : malgré tous ses efforts, des deux nécessités qui se heurtent, celle d’un Retour des hommes à la terre et celle d’un développement de l’industrie, c’est la deuxième qui l’emporte.

La population rurale allemande de 1933 à 1939 décroît ; le tableau suivant en fait foi :

Population Population rurale Population urbaine totale e

Le phénomène de concentration urbaine s’accentue, puisque, dès maintenant, près de 70 % de la population allemande vit dans des communes de plus de 2.000 habitants.

(62) Cf. Wirischaft und Slatistib, 1% nov. 1940, « Stadt und Land im Deutschen Reich », p. 482.

La population agricole active a suivi une diminution correspondante :

En 1933, elle comprend 13.715.000 personnes (soit 20,8 % de la population active totale). En 1939, elle ne comprend plus que : 12.265.000 personnes (soit 18 % de la population active totale).

La perte s'élève donc à 1.450.000 personnes (sur lesquelles on doit compter 600.000 salariés agricoles) (63). Cette perte, plus que celle de la population rurale, traduit de façon manifeste la pénurie de main-d'œuvre dans l’agriculture allemande et la persévérance de l’exode rural.

De l’examen de ces chiffres on ne doit pas conclure à l'inopérance de la politique d’enracinement au sol pratiquée par Walther DARRÉ, on doit comprendre que sans elle, — dont la réussite est certaine, — l’exode rural se serait produit sur une échelle beaucoup plus grande, avec une ampleur infiniment plus inquiétante.

L'expérience agraire de l’Allemagne est pour nous une nouvelle et irréfutable preuve que la fixation au sol est plus facile à réaliser que le Retour à la Terre.

(63) Cf. Wirischaft und Siatistik, Recensement du 17 mai 1939, août. 1940, p. 336.

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