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Le double besoin de la France : accroissement de sa production agricole, augmentation de sa population rurale lui prescrit la seule solution opportune : le Retour des Français à la Terre.
(1) Cf. M. Dupuy, Rapport sur « La dénatalité dans les campagnes > à la session des Agriculteurs de France, mai 1938, Revus des Agriculteurs de France, août 1938,
(32) Cf. La Population Française, Arthur Rousseau. Paris, 1891, tome 2, pp. 2 3et suiv., p. 53.
(33) MM. Huber, Bunle, B tai Pl tion dl | : ï Ha 108 à un overa opulation de la France. Paris,
Bien plus que d’un mal économique, la France, de 1919 à 1939, est atteinte d’un mal moral qui s'aggrave au fur et à mesure que le temps s'écoule. Les nouvelles disciplines politiques inculquent aux Français un idéal à atteindre qui mérite à peine le nom d’Idéal tellement il est matérialiste : bonheur et absence d'efforts sont inséparables dans cette conception, aussi séduisante que destructrice du goût du labeur. Il semble que les buts suprêmes du progrès soient la réduction des heures de travail et l’augmentation des heures de loisir. L’ouvrier considère désormais son métier comme un moyen de vivre, alors qu’il doit en être une raison. il ne lui demande plus que sa subsistance et ne lui donne plus son amour.
Les Français perdent l'habitude des tâches ardues et fructueuses, celle du paysan leur fait peur autant que celle du père de famille. En quête d’un emploi plus facile et d’une vie d'apparence plus brillante, ils désertent la campagne et gagnent la ville. Mais qu'ils y trouvent la richesse ou la pauvreté, ils persistent le plus souvent dans leur stérilité, prenant prétexte de leur misère pour n’avoir pas d’enfants, ou réservant leur fortune à un unique héritier qui assurera leur succession sans nuire à leur confort.
En 1864, en pleine période de prospérité industrielle, Frédéric LE PLAY, qui prévoit le mal, ose déclarer : « Pour « un peuple, le bien-être n’est pas tout, le progrès matériel « n’est rien sans le progrès moral, le second marche souvent « à l’inverse du premier, et le progrès matériel n’est jamais « assuré s’il ne s’accompagne d’un progrès moral corres- « pondant » (34).
Mais aux avertissements austères d’un Frédéric LE PLay, le peuple préfère de beaucoup les prévisions enchanteresses des réformateurs de l’école de Marx. Le premier est condamné à prêcher dans le désert:et les autres doivent infailliblement s’attirer les suffrages des masses.
(34) Cf. La Réforme sociale en France, 8° éd., 1901, Introduction.
Robert Mallet. Fat Fes 16
Durant les vingt années qui séparent les deux conflits mondiaux, « les Français ne savent plus ni repousser les « abus par la force de la Tradition, ni s’y soustraire par « d’intelligentes réformes » (35).
En vain, quelques voix s'élèvent pour dire la vérité au pays, pour le persuader que son salut viendra de la terre.
L'écrivain Emmanuel LABAT, consacrant un ouvrage à l'âme paysanne », s’écrie : « le mal dont la terre et la « racé meurent est un mal moral. L'âme du paysan est « à refaire. Il faut avant tout mettre dans le cœur des jeunes l’amour de la terre et de la famille » (36).
Et M. Pierre CAZIoT, notre actuel Ministre de l’Agri culture, qui, depuis près d’un quart de siècle, se dévoue à la cause paysanne avec une foi, enfin récompensée, déclare en 1919, à l’issue d’une guerre, victorieuse mais épuisante: « La France entière est à reconstituer. Quand on veut « reconstruire un édifice, on commence le travail par la « base. Cette base, c’est la population agricole. Il existe « dans les campagnes des trésors insoupçonnés d'énergie, « il faut en tirer parti et fournir à la paysannerie fran- « çaise le moyen de développer toute sa puissance (37). »
Mais l’heure n’est pas encore venue — peut-être parce que le mal n’a pas atteint ses plus lourdes conséquences — où le Français ayant compris, dans l’adversité, : son erreur, s’acharnera à la réparer.
Les Pouvoirs Publics semblent ignorer que le problème paysan français est avant tout un problème moral qui intéresse le sort de la nation tout entière, et dans lequel réside son salut ou sa déchéance. Ils le relèguent au rang des problèmes techniques et croient possible de le résoudre par des séries de mesures législatives concernant l’organisation des marchés ou le régime douanier.
Le grand objectif, c’est le relèvement des prix des
(35): Oprcit, p.35:
(36) L'âme paysanne, La Terre, la Race, l'Ecole. Paris, Delagrave, 1919, pp. 17 et 131.
(37) Une solution au problème agraire. La terre à la famille paysanne. Paris, Payot, 1919, pp. 14 et 19,
produits agricoles, mais on oublie complètement de relever le niveau moral de la paysannerie. Les sollicitudes parlementaires sont réservées à son « bas de laine », elles se désintéressent de son âme. Et pourtant, ce n’est pas à coups de lois et de décrets sur la taxe à la mouture, sur la prime à la dénaturation, ou sur l’échelonnement des ventes qu’on guérira un mal ancré dans le cœur des hommes bien plus que dans leur bourse.
Ces mesures d’ordre économique ne sont même pas efficaces, leur but matériel n’est pas atteint, le standard de vie des paysans ne fait aucun progrès. Elles sont prises sans plan d’ensemble, sans unité de vue, sans continuité. Ce qu’un gouvernement fait, un autre le défait. De 1930 à 1936, les lois sur la réglementation de l’agriculture se succèdent par dizaines et les décrets par centaines (38).
L'année 1936 voit le triomphe du Front Populaire qui décide — sur le plan agricole comme sur les autres — d'opérer les réformes prétendues salutaires. Pour lui, tout doit converger vers la classe ouvrière. Il ne s’intéresse au paysan qu’en fonction des services qu’il rend au prolétaire industriel, et du bulletin de vote qu’il dépose dans l’urne de la Révolution en marche.
Il croit avoir tout réglé, une fois qu’il a institué l’Office du Blé, organisé les contrats collectifs agricoles et provoqué les grèves rurales.
A vouloir traiter l’agriculture comme une branche de l’industrie, à vouloir faire du statut social du paysan une transposition maladroite du statut de l’ouvrier d’usine, le Front Populaire aboutit à aggraver le malaise dans les campagnes de France, et par là même à accentuer la décomposition morale du pays.
On assiste alors à un redoublement de l’exode rural et à un dégoût de plus en plus prononcé du Français pour le labeur paysan.
« Il faut bien constater — déclare M. Pierre CAZ10T, à
(38) Cf. Bertrand Nogaro, « La crise de l'agriculture et la politique agricole de la France », Rev. Econ. Intern, janv. 1936, P- 7; et Augé Lanibé, & Structure agricole de la France », Rev. d'Econ. pol., 1939, pp. 144, 145, 146.
la session de 1937 des Agriculteurs de France — que tout ce qui a été fait depuis quelques mois a été conçu et réalisé dans l’oubli le plus complet des nécessités paysannes. Non seulement on les a ignorées, mais il semble que l’on ait recherché les moyens indirects les plus sûrs pour retirer peu à peu la vie aux campagnes françaises. Les hommes d’Etat ne devraient jamais perdre de vue l'incidence agricole des réformes qu’ils entreprennent. Mais il faut pour cela être profondément pénétré de l'importance capitale de l’agriculture dans la vie de la nation. Ce n’est pas là malheureusement l’idée directrice de la politique actuelle » (39).
En 1938, la France secoue sa torpeur. Les événements de politique extérieure ont fini par primer ceux de sa politique intérieure, dans la complexité desquels elle aimait à se débattre. Elle sent qu’elle a besoin d’être forte, et s'aperçoit de sa faiblesse.
Les hommes qu’elle a placés à sa tête réalisent le péril et s'engagent dant la voie du redressement. Ils se tournent vers la terre et l’appellent à l’aide.
Le Président du Conseil, Edouard DaALADIER, le 26 octobre 1938, au Congrès radical-socialiste de Marseille proclame enfin cette vérité élémentaire trop longtemps méconnue : « La France est une nation de Paysans ».
De cette révélation, hélas bien tardive, découle une nouvelle orientation de la politique qui trouve son expression, en juillet 1939, dans le « décret relatif à la famille et à la natalité française », communément appelé « Le Code de la Famille ». Le rapport du Gouvernement, remis au Président de la République pour solliciter sa signature, explique le besoin urgent de relever la natalité française : « Les « forces militaires, l’armement économique risquent de « s’amenuiser ; le pays se mine peu à peu ; la lourde charge « fiscale individuelle, au contraire, s’accroît sans cesse, le « poids des obligations sociales, comme celles de l’assis-
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(39) Revue des Agriculteurs de France, avril 1937, « L'Agriculture devant: les problèmes sociaux », p. 154.
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+ tance, se fait plus pesamment sentir à chaque citoyen ; des industries sont petit à petit privées de débouchés et, par suite, menacées d'abandon, des terres tombent en friche ; l'expansion au delà des mers perd de sa force ; de l’autre côté des frontières, notre prestige intellectuel, artistique est atteint » (40).
Il n'y a pas de politique de natalité sans politique paysanne. Les Français le reconnaissent enfin : « La sollicitude dont le Gouvernement fait preuve envers les professions agricoles n’a pas pour seule cause le souci d’atténuer le poids des charges propres à l’agriculture ; elle provient également de l'intérêt profond que nous attachons au maintien du traditionnel équilibre de la France. Dès longtemps, un mouvement s’est fait jour dans les campagnes: quitter les durs labeurs des champs pour aller jouir des agréments supposés de la ville ; contre cette conception erronée des avantages comparés des métiers, les paroles sont malheureusement inefficaces, aussi vous proposons-nous des mesures dont il y a tout lieu d’espérer qu’elles porteront des fruits nombreux. »
Ces mesures concernent les allocations agricoles, le prêt à l’établissement des jeunes ménages paysans, et le contrat de salaire différé. Elles sont jointes à des prescriptions relatives à la protection de la famille, de l’enfance et de la race.
Pour la première fois depuis la guerre 1914-1918, un texte législatif est l’expression du lien indissolable qui unit le salut de la France à celui de sa terre et le destin du Français à celui du paysan ; pour la première fois la volonté nationale accorde la priorité à l'élément moral dans l’œuvre de redressement nécessaire.
Le Décret est en date du 29 juillet 1939. Les événements ne lui ont pas laissé le temps de prouver son efficacité. Sans doute n’auraient-ils pas été ce qu'ils furent, s’il était venu vingt ans plus tôt.