‹ Nécessités d'un Retour à la TerreChapitre 37 sur 49 · NÉCESSITÉ ÉCONOMIQUE TEMPORAIRE · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ ÉCONOMIQUE TEMPORAIRE

Plus que jamais en 1941, nous devons tirer de notre sol notre subsistance et ne compter que sur nos ressources pour nous nourrir. La conjoncture actuelle nous contraint à une autarcie totale, irrémédiable.

Il ne s’agit plus de produire davantage pour équilibrer une balance commerciale déficitaire, il s’agit de le faire pour ne pas mourir de faim. En période normale, un déficit agricole — quelque important qu’il soit — ne condamne pas à la famine un peuple civilisé entouré d’autres peuples civilisés, il l’oblige simplement à être tributaire de l’étranger. Les économistes déplorent cette dépendance, s’affligent devant les chiffres qui l’expriment, la prospérité géné rale du pays s’en ressent peut-être, mais chaque citoyen pris en particulier n’en fait pas moins d’aussi copieux repas. Vient un jour où l’on perd la faculté d’être tributaire de l'étranger, et le problème devient angoissant : il faut coûte que coûte acquérir par ses propres moyens le droit élémentaire de manger, sous peine de sombrer dans la disette. C’est le cas présent de la France.

L'intérêt le plus vital de la nation est en jeu. L’agriculture indigène est notre unique pourvoyeuse alimentaire, la ration quotidienne de chacun de nous varie en fonction directe des variations de la production agricole. Nous sommes revenus quelques siècles en arrière ; nous connaissons de nouveau le stade économique du Moyen-Age où les régions ne commerçant pas entre elles devaient se suffire à elles-mêmes, et ne consommer que ce qu’elles produisaient. Si nous ne voulons pas souffrir de sous-consommation, non seulement nous ne devons pas tolérer la sous-production agricole, mais nous devons, à n'importe quel prix, dépasser notre production habituelle du temps de paix.

Dans son message du Nouvel An, le Maréchal PÉTAIN exprimait l’importance capitale de cette rude tâche : « Je m'adresse aux Paysans de France. Il faut qu'ils tirent de la terfe tout ce qu’elle peut donner. Les rendements devront être augmentés en dépit de toutes les difficultés. »

Et le 30 mars 1941, le Ministre de l’Agriculture lançait à son tour un appel aux énergies terriennes françaises pour les inciter à développer la production, malgré la pénurie de main-d'œuvre, d’attelages, de semences, d’engrais et de carburants.

« Les immenses ressources de notre pays ont fondu et quand nous arriverons à la prochaine récolte nos réserves auront disparu. Les moyens matériels dont nous disposons s’amenuisent peu à peu. C’est donc du seul effort des paysans que dépend l'existence même du pays. Les travailleurs des villes et les jeunes gens vont être appelés à soutenir cet effort. Il faut que tous le fassent avec la volonté farouche de gagner la Bataille du pain quotidien » (41).

Cette demande pressante de main-d'œuvre adressée par l’agriculture aux éléments citadins doit contribuer à atténuer les effets du chômage provoqué par le manque de matières premières industrielles. S’il est une matière qui mérite vraiment d’être appelée « première », et qui seule ne fait pas défaut aux bras de bonne volonté, c’est la terre. Revenir à elle, constitue pour la France de 1941 une nécessité économique urgente.

Page 1