CHAPITRE III
Il faut attendre le xvirr° siècle pour observer un véritable mouvement en faveur de la terre. Ce mouvement s'explique parce que les siècles qui l’ont précédé ont connu une désaffection progressive du sol, un relâchement des liens qui unissent l’homme à la nature. C’est une réaction contre la politique économique issue de la Renaissance et des bouleversements provoqués par la découverte des nouveaux mondes, politique basée presque uniquement sur le commerce et l’industrie au détriment de l’agriculture. Elle fut pratiquée par tous les Etats et revêtit des aspects différents selon qu’elle donna la préférence à tel ou tel principe : métallisme espagnol, industrialisme français ou commercialisme anglais (1). L'Espagne s'efforça d’agir directement sur les métaux précieux en les attirant et en les empêchant de sortir lorsqu'ils étaient entrés ; elle thésaurisa. La France (2) et l’Angleterre, elles, qui n’avaient pas de mines d’or et d’argent n’eurent qu’un but : vendre plus qu’elles n’achetaient aux autres nations, de manière que la balance du commerce leur fût favorable. Le moyen principal employé pour y parvenir fut, pour l’une l’industrie, c’est-à-dire la production, et pour l’autre, le commerce, c’est-à-dire, le trafic.
Cette doctrine résolument « mercantile » conquit toute l’Europe. Cromwell en Angleterre, Pierre-le-Grand en Russie, et surtout Colbert en France, en furent les plus ardents promoteurs. Les premiers résultats furent plus
(1) Cf. Louis Baudin, 1937-38, Précis d'histoire des doctrines économi- ‘ques, p. 26.
(2) Sur la question de l'industrialisme français, voir Levasseur, Histoire du commerce de la France, 2 vol, Paris, 1910.
qu'encourageants. Le monde connut une ère de prospérité incroyable et les peuples, reniant leurs origines terriennes, se livrèrent sans frein à l’industrie et au commerce qui leur procuraient des profits dépassant de beaucoup tous ceux que le sol le plus fertile aurait pu leur rapporter.
Mais on ne néglige pas impunément la terre — pas plus dans l’Antiquité qu’au xvin* siècle — et vint un jour où le mercantilisme fit sentir ses effets néfastes.
Le système de la balance de commerce avait pris un caractère de plus en plus agressif, qui était en contradiction avec une époque d'échanges internationaux grandissants. Les Etats pratiquant tous la même politique, la lutte économique risquait de devenir stérile. D’autre part, la règlementation très stricte qu'imposait l'application du système s’avérait chaque jour plus difficile à maintenir et plus impopulaire. Les pouvoirs publics avaient systématiquement négligé l’agriculture parce que les denrées agricoles, à poids et à volume égaux, ont une moindre valeur que les objets manufacturés, et étant soumises aux influences saisonnières sont produites moins régulièrement. Ils avaient sacrifié volontairement la classe rurale à la classe ouvrière : l'exportation du blé était interdite et son transport, pas plus que sa vente, n’était libre, car on voulait maintenir le bas prix du blé pour éviter la hausse des salaires. On aboutit ainsi à rendre la misère paysanne plus. grande et son mécontentement plus inquiétant. Chaque nation ne demandait plus à l’agriculture que son approvisionnement personnel. Ce rôle avait paru secondaire aux économistes de l’époque, mais il fallut bientôt se rendre à l’évidence : les disettes se multipliaient à travers l’Europe. Le luxe des cités augmentait en raison inverse de la pauvreté des campagnes, les agglomérations s’enflaient démesurément, tandis que les territoires incultes s’étendaient, et que les villages étaient désertés. L'équilibre économique était rompu, il devenait urgent de le rétablir.
De même que le mercantilisme avait été un mouvement général en Europe, de même la réaction gagna tous
les pays dans la deuxième moitié du xvir° siècle. Le mérite de son éclosion revint à l’Angleterre, celui de son épanouissement à la France. C’est en France que se cristallisa la doctrine sous le nom de Physiocratie. Et c’est cette doctrine que les autres nations mirent en pratique.
Notre intention n’est pas d'étudier le mouvement agraire pour lui-même, mais simplement de chercher en quoi il fut un mouvement de retour à la terre.
Suivant un ordre à la fois logique et chronologique, noùüs examinerons le problème successivement en Angleterre où il se posa d’abord, en France où il fut mis en pleine lumière, et dans les autres nations européennes où il reçut des solutions.
SECTION I
En Angleterre
Ce fut l’Angleterre qui, la première, dès le début du xvI° siècle, tourna officiellement ses regards vers la terre. Elle ne le fit pas, poussée par une nécessité impérieuse, sous le coup d’une détresse économique. Jamais, au contraire, sa prospérité n’avait été plus grande. L’excès d’industrialisation qui commençait à nuire aux autres pays ne lui avait encore causé aucun tort et n’était pas près de le faire. Sa situation géographique lui permettait de n’être plus qu’un entrepôt international, une vaste manufacture dont dépendaient les Etats européens davantage qu’elle ne dépendait d’eux.
Ce fut donc — tout anormal que cela puisse paraître — dans le pays qui souffrait le moins de son abandon agricole, que prit naissance le mouvement en faveur de la terre. Le paradoxe s’explique par le désir d'équilibre économique qui se fit sentir chez les économistes anglais (3) surpris de voir une partie des ressources de la nation négli-
(3) En particulier chez Child, Cantillon, Home et Tucker. À ce sujet, consulter Ashley, Histoire des Doctrines économiques de l'Angleterre, traduction frençaise 1900, t. I et II.
gée sans raison et qui aboutit à leur faire émettre une nouvelle conception : pourquoi les bénéfices du commerce ne seraient-ils pas employés à l'amélioration de l’agriculture ?.…. La prospérité de la nation n’en pourrait que s’accroître. Cette conception dont les économistes voulaient tirer une politique générale de l'Etat en vue de l'intérêt commun, avait été adoptée d’instinct dès le xvi° siècle dans un esprit de lucre et pour leur compte personnel par beaucoup de marchands enrichis.
Ceux-ci avaient été assez avisés pour acheter et faire valoir des propriétés foncières ; mais ces nouveaux gentlemen-farmers ne s'étaient nullement astreints à vivre des fruits traditionnels de terres qui ne présentaient pas à leurs yeux le caractère respectable d’un patrimoine et n’avaient cherché qu’à en tirer le plus de profit possible en leur faisant produire le maximum et aux meilleures conditions.
Il s’ensuivit au début du xvurr° siècle une amélioration des méthodes de culture, et un progrès général de l’agriculture qui devint vite commerciale. ;
A ce moment la bourgeoisie commerçante et financière menaçant de conquérir définitivement la première place dans l'Etat, l’aristocratie nobiliaire se ressaisit. Encouragée par les nouvelles doctrines économiques prônant la productivité de la terre, elle jugea que le moyen le plus honorable et le plus sûr de restaurer sa puissance — tout en gardant son rang — consistait à améliorer les terres qu’elle avait conservées, afin d’en recueillir un plus fort revenu. Nombreux étaient aussi les gentilshommes qui s'étaient lancés dans des entreprises de draperie ou de brasserie, et qui avaient tout avantage — pour éviter d’onéreux intermédiaires — à récolter eux-mêmes l’orge et le houblon nécessaires à leur fabrication ou à produire leur laine.
Aux conseils de l'intérêt se joignit bientôt les engouements de la mode ; à la passion du chenil et des écuries, succéda celle de l’agriculture. On professa avec conviction Vamour de la nature.
Tuomson, en 1726 (25 ans avant J.-J. ROUSSEAU), célébra dans son poème des Saisons, les charmes de la simplicité primitive, et chanta la beauté des lacs, des prairies, des forêts. Le jardin anglais avec ses vallonnements, ses pelouses semées de bouquets d’arbres, son irrégularité systématique, remplaça la systématique symétrie des jardins à la française. Suivant et accélérant le mouvement qui emportait les esprits, les seigneurs anglais ne passèrent plus que quelques mois à Londres et vécurent le reste de l’année sur leurs terres auxquelles ils prodiguèrent mille soins.
Quelques nobles du parti Tory, suspects de fidélité à l'égard de la dynastie déchue, donnèrent le signal de cette espèce d’émigration aux champs. En 1730, un des premiers homme d'Etat du Royaume, lord TOWNSHEND, se brouilla avec le premier Ministre WALPOLE et se retira dans ses domaines du Norfolk où il se consacra à de vastes travaux d'économie rurale. Son exemple fut suivi. L'’historien anglais TH. ROGERS l’atteste : « Ce goût gagne toute la « nation. Des habitants de Londres, absorbés cinq jours « par semaine par leur commerce, se firent cultivateurs « les deux autres ; nombre de gens quittèrent leur profes- « sion pour l’agriculture : des médecins, des hommes de « loi, des ecclésiastiques, des marins » (4). «
Le Roi GEORGE lui-même, surnommé par le peuple : « le fermier GEORGE », se plut à installer des exploitations agricoles et des élevages où il aimait à séjourner ; il collaborait sous le pseudonyme de Ralph RoBINsON aux Annales d'Agriculture, éditées à partir de 1784 par Arthur YounG (5). C’est ainsi que les gens de qualité en donnant à la terre leurs loisirs et leur argent contribuèrent à l’achèvement des défrichements en Angleterre, et aux progrès techniques de l’agriculture.
(4) Cf. Th. Rogers, Histoire du Travail et des Salaires en Angleterre depuis la fin du XII siècle, traduction française, 1897.
(5) La famille Royale d'Angleterre, fidèle à la tradition, a depuis cette époque entretenu de grands domaines agricoles, des élevages et des haras d'où sont sorties les plus belles espèces reproductives. Elle a toujours voulu donner l'exemple de l'attachement à la terre.
AU XVIII SIÈCLE à AR 29
SECTION II
En France
En 1750 l’Angleterre triomphe et son système politique, aussi bien que son système économique, fait l’admiration de l'élite intellectuelle française.
Aux yeux des contemporains, son agriculture prospère passe pour le fondement de sa prospérité générale. (Personne ne se demande si ce n’est pas justement l’essor de son industrie et de son commerce qui a favorisé celui de l’agriculture). Les économistes français persuadés de cette: vérité fondamentale, la reprennent pour le compte de la France et bâtissent une théorie nouvelle basée sur la productivité exclusive de la terre.
La doctrine des Physiocrates (6) est suffisamment connue pour qu’il nous soit permis de la résumer en quelques mots : il faut se conformer à l’ordre naturel qui est le plus favorable à l’homme. S’y conformer, c’est accorder à la terre l’importance primordiale qui lui revient. La terre est l’unique source de richesse et l’industrie ne peut exister que par elle, aussi bien que le commerce, puisque c’est de son sein que sort toute matière dont vit l’homme. Il faut donc pratiquer une politique exclusivement agricole, l’agriculture procurant seule un revenu net. A part l’agriculture qui a le monopole de la fécondité, les autres branches de l’activité humaine (industrie, commerce) sont stériles.
L’Ecole des Physiocrates dite en son temps des Economistes ou « La Secte » donna le jour à une abondante littérature où les démonstrations scientifiques voisinaient avec les éloges lyriques. On prêchaiïit la nouvelle politique au nom de la Raïson, mais on y méêlait les sentiments. La théorie de la circulation des richesses précédait des éloges enflammés de la nature. :
(6) Cf. l'ouvrage approfondi qui fait autorité sur la question : Le mouvement physiocratique en France (de 1756 à 1770), par Georges Wenlersse, 2 vol. Paris, Alcan, 1910.
Robert Mallet, | | 8
Si les ouvrages du Docteur Quesnay, le fondateur de la Secte, se maintinrent toujours à un diapason modéré, ceux du Marquis DE MIRABEAU allèrent jusqu’au dithyrambe. Il écrivit : « L’agriculture est un art d'institution ” divine : il est visiblement à notre existence ce qu'y est la respiration ; c’est l’art universel, l’art de l’innocence et de la vertu, l’art de tous les hommes et de tous les rangs » (7) et ailleurs : « Aimez, honorez l’agriculture, c’est le foyer, « ce sont les entrailles et la racine d’un Etat » (8).
Des citations de ce genre, nous pourrions en emprunter à tous les économistes de « la Secte » qu'ils se fussent appelés Mercier de la Rivière, Dupont de Nemours, Le Trosne ou Galiani.
Le goût de l’agriculture se répandit dans toutes les classes de la société, et ne fut plus l’apanage exclusif des économistes. Ou plutôt, chacun devint économiste. Les salons les plus aimables et les plus cultivés regorgèrent de philosophes ruraux. VOLTAIRE raconte les débuts de ce curieux état d'esprit : « Vers 1750, écrit-il, la nation ras- « sasiée de vers, de tragédies, de comédies, d’opéras, de « romans, d'histoires romanesques, de réflexions morales « plus romanesques encore et de disputes théologiques sur « la grâce et les convulsions se mit enfin à raisonner sur « les blés » (9). Cela devint une mode, un fanatisme, une maladie : « l’agromanie » (10). « La théorie de cet art, « écrit én 1764 le poète DELILLE, occupe presque autant de « têtes dans les villes que la pratique exerce de bras dans « les campagnes » (11). Le Roï, la famille royale, les Princes, prodiguèrent des marques personnelles de leur sympathie à l'égard de l’agriculture. Louis XV en 1756 fit
(7) Mirabeau, L'Ami de l'Homme, 1° partie, ch. VIIL, €. I, p. 174-175.
(8) Op. cit. p. 192.
(9) Cité par G. Renard et A. Dulac, L'Evolution agricole depuis 150 ans, 2° partie, p. 260, Paris, Alcan, 1912.
(10) Expression employée par Grimm, Correspondance, 1* juin 1762, D'AVENDrIoÙ
(11) Cité par G. Weulersse, Le Mouvement physiocratique en France, t. II, p. 152, Paris, Alcan, 1910.
répéter devant lui à Trianon, les expériences de Tillet sur la carie des blés. En 1765, il institua à ses frais des expériences d’étuvage des grains. Dans la Déclaration du 25 mai 1763, le Monarque honora les laboureurs du titre de « portion préeieuse de ses sujets », et dans une réponse au Parlement de Paris, il s’intitula « leur père et leur protecteur ». Le 16 juin 1768, le Dauphin mit lui-même la main à la charrue. Devenu Louis XVI, il rédigea un mémoire concernant la destruction des lapins, et se plut à décorer souvent sa boutonnière d’une fleur de pomme de terre.
Les littérateurs et les artistes entretenaient la faveur du public pour tout ce qui, de près ou de loin, concernait « l’unique source de la richesse ». ROUSSEAU se fit l’avocat du retour à ia nature. On traduisit les Saisons de THOMSON, les Georgiques de ViRGILE, l’'Economique de XÉNOPHON. Les auteurs de théâtre, comme SEDAINE, multipliaient les pièces villageoises, les peintres eux-mêmes, comme GREUZE, orientaient la sensibilité du temps vers les vertus de la vie champêtre.
Le mouvement physiocratique eut donc le rare privilège de posséder les deux éléments essentiels que doit réunir toute doctrine qui vise à sa réalisation : la part de science raisonnée et la part d’enthousiasme généreux. Tout le monde était d'accord : il fallait revenir à la terre. La raison l’imposait et le cœur le conseillait. Mais y revint-on ?
Voyons comment se manifesta la théorie (12).
Le Gouvernement reprit la politique féconde d'Henri IV qui avait formé le projet grandiose de dessécher les marais du Royaume (13). En 1764, il fit bénéficier les desséchements et assainissements d’une exemption de tous les
(12) Cf. Georges Weulersse, Le Mouvement physiocratique en France, t. 2, livre IV, chap. 1°.
(13) If avait fait appel à l'entrepreneur hollandais Bradley auquel il avait conféré le titre de « maître des digues >» et avec qui les propriétaires devaient s'entendre. D'avance il avait déclaré que toutes les terres asséchées et tous les ouvriers qui auraient pris part aux travaux seraient exempts de taille. Aïnsi fut conquis sur les palus du Bas-Médoc le district qui porte encore le nom de
Petite Flandre.
impôts royaux et même de dime pendant 20 ans. En 1766, il s’attaqua aux friches qui couvraient encore d'immenses étendues en promettant aux défricheurs une immunité complète pendant 15 ans.
Le Gouvernement prit également des mesures politiques susceptibles de contribuer directement au progrès de l’agriculture. En 1760, il institua auprès du contrôle général, sous le nom de Comité d'Agriculture, un corps consultatif comparable à un office d’études et d’informations. Il provoqua dans les provinces la constitution de nombreuses sociétés d’agriculture qui devaient éclairer l’action de ce nouvel organe du pouvoir central. Au sein des assemblées provinciales que créa Necker, le Tiers-Etat des campagnes obtint une représentation égale à celle des villes. En 1784, si obéré qu'il fût, l'Etat distribua 3 millions de secours aux cultivateurs, victime des inondations, et l’année qui précéda l’ouverture des Etats Généraux vit fonder un Grand Prix Royal d'Agriculture qui devait être remis au lauréat par le Monarque en personne.
Des garanties effectives furent accordées à l’exploitation agricole et à la propriété foncière ; citons par exemple des dispenses de droits en faveur des baux de ferme à long terme, des partages de communaux, l'interdiction de la vaine pâture et l’autorisaition d’enclôre prononcées pour plusieurs provinces. L’immunité personnelle et pécuniaire du cultivateur fut favorisée : on abandonna le système des corvées dans plusieurs intendances, on modifia dans un sens moins arbitraire le recrutement de la milice, on atténua la taille. La grande culture, celle que préconisaient les Physiocrates comme étant la plus productive, fut encouragée et fit de gros progrès grâce à l’usage plus étendu des engrais, à l'amélioration de l'outillage, à l’augmentation du bétail, au développement des prairies artificielles et à la modification de l’assolement.
Si nous en croyons Georges WEULERSSE, le savant spécialiste du mouvement physiocratique (14) : « Vers 1762
(14) Georges Weulersse, Le Mouvement physiocratique en France, Alcan, Paris, 1910, t. II, Livre IV, p. 158.
« un mouvement général de retour des propriétaires et de « leurs capitaux à la terre commença à se dessiner ». — « Depuis 15 ans environ, écrivait MIRABEAU en 1777, les & choses à cet égard se sont fort rétablies ; on a regardé « comme un mérite le soin de faire valoir son domaine. » DuponT DE NEMOURS constatait avec-satisfaction que « déjà « beaucoup de seigneurs, et des plus grands à tous égards, | « commencent à se livrer avec succès à l’agriculture qu’ils « encouragent par leur exemple, par le séjour plus long « qu'ils font dans leurs terres » (15). Quand les exigences de ses fonctions ne le retenaient pas à Versailles, TRUDAINE‘ venait chaque année dans son château de Montigny-Lencoup. Une bonne partie de la noblesse bretonne rentra dans ses manoirs et se fit agricole avec passion. En certains endroits, des mesures furent prises comme le demandait QUESNAY pour déterminer les petits propriétaires à revenir sur leurs terres et à les exploiter eux-mêmes. A Champaissant (Touraine), après la réforme de la taille, les propriétaires exploitants furent dispensés de la taille de propriété, car on estimait que celle-ci était une surcharge au détriment des propriétaires résidants non nobles (16). Enfin, on vit les bourgeois riches acheter des domaines et opérer ce qu’on a appelé « le retour des capitaux à la terre ».
SECTION III
Dans le reste de l’Europe
Reste à étudier maintenant le rayonnement des idées physiocratiques à travers l’Europe et leurs différentes modalités d’application selon les pays qui se distinguèrent en les adoptant.
(15) Cité par Jean Jaurès dans son Histoire de la Révolution, t. I, p. 180.
(16). Cf. Mauguin, Etudes historiques sur l'administration de l'Agriculture, 2 vol. t I, Paris, 1876.