EN ESPAGNE
Après avoir connu une période de prospérité éclatante, l'Espagne, à la fin du xvu° siècle — à la différence de l'Angleterre et de la France — avait sombré peu à peu dans une mortelle anémie économique. L'agriculture était ruinée. L'élevage, qui en est la forme la plus facile, s’étendait aux dépens des cultures de céréales. Au début du xvi° siècle, le royaume était incapable de nourrir sa population qui pourtant diminuaïit, et le Gouvernement était obligé d’autoriser l’importation des blés en permanence. Les paysans — en dépit des immunités qu’on leur offrait — ne se mariaient plus, s’expatriaient. Les uns s’engageaient dans les armées qui combattaient dans les domaines extérieurs de la monarchie, en Italie, en Flandre. Ils ne revenaient jamais. D’autres s’embarquaient sur des galères en partance pour l’Amérique. Le manque de bras sévissait et l’Espagne devait faire appel à la main-d'œuvre française (17).
Le règne de Charles III (1759-1788) fut celui de la régénération nécessaire, entreprise par deux ministres énergiques, CAMPOMANÈS et FLORIDA BLANCA. Leurs principaux efforts se portèrent sur la restauration de l’agriculture. Pour remédier ‘et remettre en valeur les déserts de la Sierra Morena, on fit venir des laboureurs de Suisse, Flandre, Bavière. En quelques années, près de 60 villages s’élevèrent sur les terres abandonnées. Pour le perfectionnement de la technique, une soixantaine de sociétés d’agriculture furent créées et une Banque Nationale fut fondée pour consentir des avances aux cultivateurs pauvres. Les pâturages furent de nouveau emblavés. Et d’importants travaux hydrauliques furent entrepris (18). Sans doute le royaume ne put encore se passer des blés étrangers, mais
(17) Au xx° siècle, c'est l'inverse qui se produit.
(18) On acheva le canal impérial commencé sous Charles-Quint qui fertilisa la vallée, de l'Ebre en amont de Saragosse. On ouvrit les canaux du Mançanarès, de Guadarrama et de Murcie.
la population remonta de 7 à 11 millions et les revenus triplèrent en moins de 30 années.