‹ Nécessités d'un Retour à la TerreChapitre 6 sur 49 · EN PRUSSE · texte numérisé non relu

EN PRUSSE

La Prusse, au xvrr siècle, n'avait pas connu en raison de sa situation continentale un essor commercial comparable à celui des pays maritimes, mais elle n’avait pas perdu son temps et s'était attelée à la mise en état de ses terres dont une grande partie n’avait jamais encore été exploitée méthodiquement. FRÉDÉRIC II LE GRAND (1740- 1786) reprit cette sage politique avec d’autant plus d’énergie que « l’agromanie » sévissait dans les états voisins. Après avoir conquis la Silésie, il l’assainit, ainsi que la région de Kustrin en régularisant le cours de l’Oder. Des « Hollanderies » furent fondées, où se perfectionna l’élevage. Une police sanitaire très rigoureuse réussit à prévenir les ravages des épizooties. On introduisit des étalons du Dessau, des béliers d’Espagne pour améliorer les espèces. Le Roi Sergent fonda une école de laiterie dont les élèves étaient généreusement dotés. — La variété des cultures s’accrut. Les pommes de terre furent importées en Prusse. Obligation fut faite aux paysans de planter 6 chênes et 6 arbres fruitiers avant de se marier. La production agricole fit de gros progrès,-les jachères furent réduites. — « Nous créons cette année 70.000 arpents de pré, écrivait « FRÉDÉRIC à VOLTAIRE, ces arpents nourriront 16.000 « vaches dont le-fumier engraissera notre sable » (19).

Après la guerre de Sept Ans, la Prusse, quoique victorieuse était épuisée. FRÉDÉRIC II entreprit l’œuvre de redressement. Pendant les vingt-trois dernières années de rieuse, était épuisée. FRÉDÉRIC II entreprit l’œuvre de l’agriculture ; il fit rebâtir des centaines de villages et distribuer dans les campagnes 17.000 chevaux empruntés à l’armée, ainsi que des semences et des instruments aratoires. Il avança de l’argent aux hobereaux besogneux et

(19) -Cité par G. Renard, Le Travail dans l'Europe moderne, chap. VII, Alcan, 1920.

fit circuler comme une véritable monnaie des mandats hypothécaires garantis par l’ensemble des propriétaires du district. Il organisa enfin la première institution de crédit agricole qui eût fonctionné dans l’Europe du Nord (1769). Mais l’œuvre la plus remarquable de FRÉDÉRiIC fut sans conteste sa « colonisation agricole », lointaine ancêtre de la colonisation agricole pratiquée par la Prusse à la fin du xIx° siècle puis par l’Allemagne hitlérienne.

La main-d'œuvre faisait défaut dans les campagnes, aussi fallut-il attirer les colons des pays voisins.

Le Roi Sergent tenta les défricheurs par des exemptions d’impôts, par des gratifications ; il installa dans la Prusse 20.000 fugitifs de l’archevêché de Salzbourg. Son fils organisa deux agences permanentes de racolement qui travaillèrent notamment à réparer les pertes de la Guerre de Sept Ans (près de 500.000 hommes). L’une dont le siège était à Francfort-sur-le-Main rayonnait dans toute l’Allemagne du Sud, l’autre, établie à Hambourg, avait pour mission spéciale d'arrêter au passage les émigrants en partance pour les Amériques. Quand les sergents recruteurs, pourtant stimulés par des primes, ne fournissaient pas un contingent suffisant, on enlevait, le cas échéant, des paysans à main armée sur les frontières de la Pologne (20), ou bien sur les confins de la Bohême et de la Saxe. Les années de disette, on aménageait des magasins de blé : les malheureux qui mouraient de faim sous l'autorité des souverains voisins accouraient vite à l’appât. FRÉDÉRIC II gagna ainsi, prétend-on, près de 300.000 travailleurs (21).

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