‹ Necker économisteChapitre 12 sur 87 · Lausanne, p. 351; Staël, p · texte numérisé non relu

Lausanne, p. 351; Staël, p

ment faux dans l'application que vous lui donnez ; dix acheteurs luttant contre cinq vendeurs, ou dix vendeurs disputant contre cinq acheteurs, le prix du marché ne différera guère si la somme de leurs besoins respectifs est toujours la même, parce qu il y aura une discordance dans les opérations des acheteurs comme dans celle des vendeurs, qui les rapprochera mutuellement d'un point central entre leur cupidité réciproque. Mais le cas est absolument différent, quand un seul acheteur ou un seul vendeur lutte contre beaucoup d'autres ; celui qui achète seul de plusieurs, est sûr que la rivalité qui s'établit entre les vendeurs, lui annoncera nécessairement le terme du profit dont ils peuvent se contenter ; et seul confident de ses desseins, seul guide de ses opérations, il lui devient facile d'en profiter, et il établit sur eux une loi impérieuse à laquelle il leur est impossible de se soustraire ; le désavantage des acheteurs en concurrence, comparé à l'acheteur unique, est encore plus sensible, lorsqu'il y a une diversité dans les sortes et les qualités des marchandises que l'on doit acheter, parce que la masse entière des acheteurs se portant vers la partie de marchandises qui donne le plus de profit, il s'établit alors une inégalité constante entre la somme à vendre et la somme des besoins, en sorte qu'il peut y avoir fréquemment cent demandes de mille, contre mille à vendre, quoique la masse totale des marchandises demandées soit égale à la masse totale des marchandises à vendre. L'avantage universellement reconnu de la Compagnie des Indes, dans ses achats et dans ses ventes, en raison de l'unité de ses opérations. aurait pu suffire sans doute pour détruire votre prôposi-

tion ; mais vous ne vous rendriez pas à des exemples (1) ». La discussion se termine par quelques remarques ironiques sur l'incompétence commerciale de l'économiste, son adversaire. « J'ai le plus grand respect pour les spéculations de l'esprit humain, ... mais le coup d'œil le plus pénétrant seroit peut être celui qui engageroit à dédaigner moins promptement les idées établies dans le commerce : elles ont la pparence d'une routine et d'un espèce d'instinct... il n'en est pas moins vrai que cet espèce d'instinct, chez les négocians, doit sa naissance à une multitude de perceptions et de combinaisons fines que l'œil actif et pénétrant de l'intérêt a saisies, et que les spéculations tranquilles de la théorie n'ont peut-être pas encore apperçues. »

11 en fournit quelques exemples tirés des raisonnements de son adversaire et termine sur ce sage conseil : « Jusqu'à ce qu'on nous prouve le contraire, croyez les hommes tels qu'ils doivent être, francs et honnêtes, mais capables de se tromper. »

Le Mémoire de Necker produisit une très grande impression. On le trouvait jusque sur la table de toilette des dames, et Mme Necker écrivait : « L'auteur modeste osoit à peine passer dans les rues; il est impossible d'imaginer rien de plus flatteur (2). »

Ce succès contribua beaucoup à faire connaître davantage le mérite de Necker, mais ne changea rien aux destinées de la Compagnie. La polémique continua quelque temps, il

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