Lausanne, p. 355; Staël, p
2. Golowkin, Lettres recueillies en Suisse, p. 361. C. Vacher de Lapouge
y eut ira autre Mémoire de Morellet en réponse à celui de Necker. Du Pont de Nemours en publia un à son tour. Le privilège de la Compagnie fut suspendu, par un arrêt du Conseil du 13 août 1769, et la situation était vraiment si mauvaise que la Compagnie n'essaya même pas de lutter contre le commerce libre. Elle fit cession de biens entre les mains du Roi, qui se chargea de satisfaire les créanciers et de servir la rente des actions à 5 0/0. La Révolution eut à terminer la liquidation.
Le commerce libre ne bénéficia pas beaucoup de la suppression du privilège. Très entravé par la guerre contre les Anglais qui reprit bientôt, à l'occasion de l'insurrection américaine, puis pendant à peu près toute la durée de la Révolution et de l'Empire, il ne put se développer que sôus la Restauration.
Encore était-il limité aux comptoirs que nous avaient laissés les Anglais. La Compagnie anglaise des Indes gagna tout ce que la nôtre avait perdu et fit de l'Inde la plus magnifique des possessions britanniques. Quant à Madagascar, il fallut attendre jusqu'à la fin du xix" siècle pour voir reprendre la tentative delà Compagnie.
Les rapports de Necker et de Morellet ne furent point modifiés par leur polémique ; l'abbé continua de venir s'asseoir, chaque vendredi, à la table du financier, comme si aucun nuage ne s'était élevé entre eux. On s'est demande si les deux personnages n'étaient point d'accord, si la polémique était bien sincère, si la publication provoquée par Maynon d'Invau n'avait pas été favorablement agi < par Neckerou par sa femme.
Le plus clair résultat fut, en tout cas, de permettre à Née-
lcer de se mettre en évidence. Les contemporains s'étonnèrent un peu, mais plutôt aux dépens de Morellet : « Et étaient les bonnes âmes singulièrement édifiées, dit Grimm dans sa Correspondance, de l'àme sans fiel de ce digne ecclésiastique, lequel s'asseyait une fois par semaine à la table de M. Necker, comme si rien n'était, après en avoir reçu cinquante coups d'étrivières, bien appliqués, au milieu des acclamations du public (1) ».
La situation de Necker dans le monde allait en s'élevant sans cesse et très vite. Les appartements de la rue Michelle-Gomte, qui tenaient au bureau de la maison de banque, étaient devenus trop étroits pour les relations nombreuses de Mm° Necker, et le ménage avait abandonné les régions lointaines et laborieuses du Marais, pour s'établir rue de Cléry, dans l'hôtel superbe construit sous Louis XIV par Claude Leblanc, secrétaire d'Etat au département de la guerre.
L'hôtel Leblanc, qui occupait le n° 27 de la rue de Cléry et le coin de la rue du Petit-Carreau, a été démoli en 1842 pour faire place à la rue de Mulhouse (2). Comme maison d'été, Necker loua d'abord le château de Madrid, au bois de Boulogne, construit par François Ier, puis il acheta le beau château de Saint-Ouen, sur le bord de la Seine (3).
Necker, comme nous le savons, était très en faveur près de Choiseul, qui fut au pouvoir de 1758 à 1770; cette circonstance, et d'autres parmi lesquelles sa situation de for-
1. T. I, p. 118. Voyez, à la suite du t. I des Mémoires de Morellet, p. 365, la réponse de celui-ci.