Blennerhasset, II, p
tune ne fut pas la moins décisive, décidèrent le « Magnifique Petit Conseil » à le choisir pour ministre de la République de Genève à Paris, quand le poste devint vacant par la mort de Crommelin, en 1768. Necker répondit en témoignant aux a Magnifiques et très honorés seigneurs, membres du Petit Conseil, sa sensibilité pour l'honneur qui lui était fait ». Quelques jours après, il était présenté au Roi et recevait ses entrées à Versailles. Le premier pas dans la voie des honneurs était fait, et il ne faut pas croire que cette dignité de représentant d'une république célèbre, mais minuscule, ait été une chose de peu de poids dans les destinées du financier. C'est cette qualité de ministre de la République de Genève qui lui a donné une existence officielle, sans laquelle il n'aurait peut-être jamais été appelé à la Cour.
Necker continuait d'ailleurs à diriger sa banque, et à mesure que le Trésor devenait plus obéré, à fournir à TÉtatdes sommes de plus en plus fortes, contre des valeurs dont la plus-value lui assurait d'énormes bénéfices. Il n'était pas banquier de la Cour, mais quand les banquiers du Roi n'avaient plus d'argent, c'est la banque Necker qui leur fournissait les fonds nécessaires. « La Borde et La Balue (les banquiers du roi) sont enchantés de vous, lui écrivait Choiseul. Que de remerciements ne vous dois-je point ». Il venait alors d'avancer un million trois cent mille livres au banquier de la Cour 1).
Sous le ministère besoigneux de Terray, ces opérations
i. àlaussonville, P, p. 92.
deviennent d'autant plus considérables. Le banquier de la Cour, Boullongne, n'ayant plus d'argent, d'un seul coup Necker avance deux millions. La somme étail considérable dans un temps où l'on ne puisait pas indéfiniment, comme aujourd'hui, dans l'épargne privée. Plusieurs passages de lettres, écrites à Necker par les bureaux du contrôleur général Terray, révèlent non seulement la détresse de l'administration, mais le degré de turpitude où elle était tombée : « Nous vous supplions de nous secourir dans la journée, daignez venir à notre aide, nous avons recours à votre amour pour la réputation du Trésor royal il). »
Au commencement de 1772, Necker se retira avec une fortune de sept à huit millions de livres, qui feraient une vingtaine de millions de nos jours. Pour le temps, c'était une très grosse fortune et si Necker avait eu goûta la continuer, il aurait pu aisément l'accroître. Il céda la banque à son frère aîné, Louis Necker, qui avait abandonné sa chaire, et à Girardot. Louis Necker est aussi connu sous le nom dune propriété, Germany près de Genève, qu'il avait héritée de son père, d'où il est résulté que dans beaucoup d'ouvrages, on parle de Louis Necker et de M. de Germany, ou de Germanie, comme de deux personnages différents. Il se retira à son tour, au bout de quelques années, avec une fortune de deux millions. La banque dura sous le nom de Girardot et Haller fils, jusqu'au temps de Napoléon.
Necker ne conserva aucun intérêt dans la maison ; il