Académie, p
lorsqu'il s'applique à des marchandises de luxe ou de commodité, mais intervalle terrible lorsqu'il est question d'une denrée dont on ne peut pas supporter la privation pendant un jour (1) ».
Pour bien comprendre cette remarque de Necker, il faut se souvenir de la lenteur avec laquelle fonctionnaient alors, en ce qui concerne les grains, l'offre et la demande. Les blés venaient suitout par mer, de la Mer Noire, de la Prusse ou de la Nouvelle-Angleterre. Il fallait des mois en ce temps où le télégraphe n'existait pas et où la navigation se faisait à la voile, pour que les besoins fussent connus sur les lieux de production et les grains expédiés dans les ports, chargés sur des charrettes et roulés jusqu'aux provinces où la disette se faisait sentir. On comprend ainsi tout le luxe de prohibitions d'exportation et de greniers d'abondance, inutiles aujourd'hui, que nos aïeux regardaient comme nécessaires. 11 suffit maintenant d'un càblogramme instantané pour déchaîner une avalanche de blés arrivant de Russie, des États-Unis et d'Argentine dans un délai variant entre une semaine et un mois, et la seule possibilité de cette avalanche suffit pour régulariser les prix.
Necker termine l'exposé des idées de Golbert sur le commerce des grains par une de ces remarques qui l'ont fait regarder quelquefois, et du reste bien à tort, comme un des pères du socialisme : « La libre exportation des grains est un droit de la propriété sans doute ; mais cette multitude d'hommes qui n'ont rien à échanger, qui ne
1. Académie, p. 32; Lausanne, p. 209; Staël, p. 31-37. G. Vacher de Lapouge
veulent que du pain pour le prix de leur travail, et qui m naissant ont acquis le droit de vivre, ils ont aussi leurs titres. La société est fondée sur une douce réciprocité de concessions et de sacrifices, etc'estpar cette prudente harmonie que les hommes trouvent dans leur union, du bonheur, delà paix et de la sûreté (1). »
Xecker loue ensuite Colbert des soins qu'il apporta à l'établissement des manufactures, pour la protection desquelles « Il fut obligé d'établir quelques lois prohibitives; mais c'étoient des lois douces, dictées par la sagesse (2). »
Il le loue enfin des soins donnés au développement du commerce, et de l'élévation de la Compagnie des Indes, « longtemps l'objet de notre attachement ». L'auteur ne consacre d'ailleurs que deux paragraphes à cette compagnie, dont un affecté à démontrer que le privilège qui lui était attaché n'était point un bénéfice accordé à quelques personnes au détriment de plusieurs. C'est le dernier écho de la polémique contre Morellet. Il arrive enfin à quelques considérations sur le luxe.
» En établissant les arts et les manufactures, en étendant le commerce, en augmentant les richesses nationales, il n'a fait qu'augmenter le luxe, il a donc contrarié la force et la félicité publiques. Si cette proposition éloit juste. Colbert se seroit trompé dans son but, et l'édifice de sa grandeur crouleroit avec ses fondemens. »
Necker explique et définit ainsi le luxe : « La loi des propriétés produisit des inégalités de fortune, qui entraînèrent