Académie, p. 4C ; Lausanne, 221 ; Staël
un nombre à peu près égal de pages, exactement les pages 69 à 135 de l'édition de l' Académie. Ces Notes sont une série de courtes notices, presque toutes consacrées à des questions économiques. Elles ont pour objet apparent de préciser ce <pie les exigences delà rhétorique n'avaient pas permis d'insérer dans le contexte du discours, et quelques unessontd'une très réelle importance. Beaucoup d'ailleurs sont passées presque sans modification dans le texte de la Législation des Grains, et servent à montrer d'une façon très claire que ce dernier travail était conçu plusieurs années avant d'être écrit.
D'autres ne se retrouvent que dans ['Administration des finances; d'autres enfin restent tout à fait isolés et sont le seul témoignage que nous possédions au sujet des idées de Necker sur la matière, tout au moins à l'époque où fut écrit Y filage, c'est-à-dire au commencement de 1773.
Ces Notes ne sont pas reliées par des renvois au texte de Y Éloge. Elles constituent des réflexions ou groupes de réflexions qu'il est quelquefois difficile de raccorder à une partie déterminée du texte. On dirait que l'auteur a profité de l'occasion pour faire une sorle d'examen général de ses idées économiques. Quand on les pèse un peu, il semble bien que l'auteur n'ait pas toujours assez réfléchi, en tout cas n'ait pas assez clarifié sa pensée.
Ces Notes sont, de toutes les œuvres de Necker, l'endroit où il a le plus accumulé d'idées économiques et les plus V riées On n'y trouve d ailleurs rien de bien neuf. Cet homme, qui fait la figure d'un ministre de Louis-Philippe égaré dans un cabinet de Louis XVI, n'a jamais eu qu'une idée : imiter Colbert, être le Colbert de son siècle.
ïl prend la peine de nous expliquer lui-même, au commencement de ses Notes, comment l'évolution des idées économiques lui est restée indifférente. « J'ai trouvé, en réfléchissant sur ces différents objets, qu'il y avoit souvent plus de vérité dans les opinions communes que dans les nouveaux systèmes. Il en est peut-être des principes de l'économie politique, passés en usage, comme de la morale transmise en proverbes. Les hommes un peu supérieurs aux autres les dédaignent souvent, par mépris pour ceux qui les suivent ou qui les citent sans pouvoir les approfondir ni les défendre ; mais le plus souvent cependant, ce sont des résultats donnés par le temps et par une suite d'observations dont personne n'a montré la chaîne, mais qui n'en a pas moins existé. »
Les Notes commencent par des réflexions sur les sociétés. Il y en a d'assez surprenantes : « Le plaisir d'aimer aurait pu réunir autour de l'homme quelques-uns de ses semblables; mais la haine et le désir de la vengeance formèrent les grandes associations. » La haine, base des sociétés, n'est certainement pas une idée commune : elle n'est d'ailleurs peut-être pas tout à fait contraire à la vérité historique.
Necker revient sur les rapports de l'abondance et de la multiplication des hommes :
a Si l'abondance produit la multiplication des hommes ; si un heureux climat et de bonnes lois les attachent à leur société, et si le nombre des soldats est en raison du nombre des citoyens, il paroit que la population annonce le bonheur et la puissance.
» Mais, dit on, ne vaudroit-il pas mieux, pour le bon-
W qu'il veut moins d'hommes dans cteqo. MMté .
, C.U. qu.sliot* est de pure spéculation : *»1 9" « •* ta rés-ullal, toute M qui limil-u, h population ««1 w loi barbare. Car si tous les ****** sort appelés par la nature à se multiplier et à désirer de couver leurs enfants, il fau.lroit, pou* mettre des bornes ù la poputa- U(m .avoir auparavant quelle est La porlion de la „ui pent ordonner à l'antre de renoncer à ces 'sentiments lurets, et lui annoncer qu'elle est de trop. On répondra peut-être que ce sont les propriétaires de terre; queux seuls forment la société, et que tons les autres hommes ne
sont que leurs salariés. ,
/ ««m^/hVpi Hp terre constituent » S'il est vrai que les propi ictaiiis ae icrrt
seuls la société.
«Cette proposition, qu'on a quelquefois avancée, donne à la propriété une extension incompatible avec la nature des choses; on y confond l'importance de la terre, avec celle de sa propriété ; l'une est la source de la vie, l'autre est un arrangement social.
» Pour qu'une telle proposition fût juste, il fandroil que chaque propriétaire eût apporté sa terre d'une planète vmsine, et pût l'y rapporter; mais les propriétés étant une loi des hommes, elles n'ont pu s'établir que pour le bonheur commun, et elles ne peuvent subsister qu'autant que la société leur prête de la force.Ainsi, s'il eût été pos- *ible que la propriété eût trouvé sa convenance dans la destruction ou la diminution de l'espèce humaine, jamais les hommes n'auroient consenti à une telle loi (1). » 1. Académie, 71; L. 244; St. T*.
» Les hommes salariés sont les seuls qui ont intérêt à ce qu'il y ait moins de monde dans une société, car tout ce qu ils ont, c'est de la force ; tout ce qu'ils peuvent vendre c'est du travail. Ainsi, plus leur nombre seroit petit, plus les propriétaires seroient obligés de les ménager. Mais ces mêmes salariés désirent d'avoir des enfants et de les nourrir; ainsi, en même temps que la population nuit à leur aisance, chacun d'eux met son grand bonheur à concourir à cette même population (1). »
Necker donne ensuite son opinion sur les richesses ; ce qu'il en dit est d'ailleurs assez peu de chose. Il y reviendra un peu plusloin.
« J'entends parles richesses le produit du travail. Elles contribuent toutes au bonheur, en multipliant les jouissances, et elles augmentent la force par leur faculté d'être échangées contre les services des étrangers, ou contre les subsistances qu'ils possèdent, et avec lesquelles on augmente sa propre population.
» Si le même nombre d'hommes, dans des circonstances différentes, peut augmenter inégalement les richesses, ces richesses se sont pas toujours l'effet de la population.
» Certains pays du Nord, contrariés par leur climat, par leur sol et par leur situation, n'auront jamais de richesses, tandis que les autres nations de l'Europe sont appelées à les augmenter sans cesse (2).»
Viennent ensuite quelques pages relatives à l'agriculture,