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Académie, p. 92 ; Lausanne, 266 ; Staël

Les grains, dans deux circonstances différentes, sont une marchandise absolument dissemblable. La somme de blé proportionnée à la population, est presqu'aussi nécessaire que l'air. Le blé qui excède et les besoins d'une année, et la provision de précaution pour la suivante, est la plus inutile de toutes les marchandises, parce que la subsistance de l'homme est marquée par la nature.

« Quoique rien ncsoil plus dissemblable que le blé nécessaire et le blé superflu, la ligne qui les sépare est très difficile à trouver, et encore plus difficile à marquer par des signes certains dans une loi permanente ; et comme la loi est obligée de s'expliquer d'une manière simple, elle ne pourrait guère établir, pour règle, que le prix; mais le prix lui-même ne peut être une règle fixe, pour marquer le point où finit la sortie du superflu, où commence celle du nécessaire.

» D'un autre côté, abandonner une affaire aussi importante que lexportalion des blés aux hasards de la liberté du commerce ; compter qu'elle aura toujours l'art de rapporter au moment précis du besoin le nécessaire qu'elle aura fait sortir; espérer enfin que les lois prohibitives des autres nations répondront par leur condescendance à nos propres convenances ; c'est avoir une bien haute idée du résultat d'une infinité de combinaisons personnelles inspirées par l'ignorance et la cupidité aussi souvent que par l'intelligence ()). »

Quand l'administration se réserve de manifester chaque année les intentions du Souverain sur la sortie des grains,

1. Académie, p. 95; Lausanne, 270; Staël, 93. C. Vacher de Laponge

il devient bien important qu'elle mette tout en usage pour avoir une connaissance aussi exacte qu'il est possible de la population et du produit des récoltes. Il faut non seulement permettre par une loi publique la sortie de l'excédent, en désignant la quantité, mais il faut encore exciter dans l'intérieur la plus libre circulation, car la spéculation ne peut alors tomber que sur la partie qui excède les besoins de Tannée, spéculation excellente pour la société, puisqu'elle tend à soulager ceux qui sont pressés de vendre, par l'assistance de ceux qui peuvent garder. Quand les spéculations portent sur les portions d'un tout qui est à peine équivalent au nécessaire, elles peuvent occasionner une hausse ou une rareté dangereuse.

Necker emploie ensuite neuf pages à nous faire connaître ses idées sur les impôts. Il définit ainsi l'impôt: « L'impôt est la contribution des citoyens aux besoins de la société. Cette contribution peut avoir lieu en travail, ou en subsistances, ou en d'autres richesses, ou en argent enfin, qui les représente toutes». Si le Souverain prélève des impôts qu'il applique à nourrir des hommes inutiles, il diminue la quantité du travail productif, parce que cet argent aurait été appliqué à un travail qui eut accru les richesses nationales. Si les impôts obligent, par leur complication, à entretenir une grande quantité d'employés, la somme du travail utile est encore diminuée.

La détermination de l'impôt par la loi, et jamais par l'autorité, est une des principales conditions qu'exige le bonheur. Il y a deux sortes d'impôts : sur les productions, qui se prélèvent sur les fruits même, ou en raison d'un revenu annuel qu'on présume, sur les consommations, au

moyen des douanes. La perception des impôts sur les consommations oblige à entretenir une foule de gardes. La fraude conduit à des fautes qui avilissent les mœurs et des punitions qui répugnent à l'esprit social. L'avantage est de présenter l'impôt sous la forme d'une contribution volontaire,proportionnée au désir de dépenser.

Lorsqu'un pays a le bonheur de tenir une sorte de biens particulière et qui sera nécessairement recherchée par des étrangers, c'est leur faire payer une portion de nos dépenses de société que de mettre un impôt sur ces marchandises. Tous les impôts sur l'exportation des objets qui ne sont pas particuliers à une nation, ne sont ni sages, ni politiques, c'est se nuire à soi-même.

Les impôts aux entrées des grandes villes ont un objet d'utilité, puisqu'ils servent à tempérer l'attrait de leur séjour, en haussant le prix des consommations.

Les impôts sur la consommation des denrées de nécessité peuvent toujours être remplacés, sans inconvénient, par une addition d'impôts sur la terre, mais les impôts sur les consommations particulières aux riches sont dans un cas différent; ils n'influent point sur les prix élémentaires des choses.

L'auteur s'occupe ensuite des monnaies et de la circulation monétaire. Il y a peu à noter dans ces pages.

Les monnaies, dans un pays qui n'aurait aucune communication avec d'autres, ne seraient qu'un signe des valeurs, et une facilite d'échanger. Dans un pays qui commerce, elles sont en même temps de métaux qui donnent le pouvoir d'acquérir les biens étrangers de toute espèce. Ce sont ces deux qualités des monnaies qu'il ne faut pas

perdre de vue, sans quoi l'on est facilement induit en erreur.

A mesure qu'il y a plus d'argent, toutes les choses de la vie haussant de prix, il faut une plus grande quantité de monnaie. Mais cette augmentation n'est pas proportionnée à la hausse des prix, plus la circulation est rapide, moins il faut de monnaie. « Si l'argent que l'Espagne envoie chaque année dans les autres pays de l'Europe n'était applicable qu'à leur circulation intérieure, ce seroit une grande duperie de la part des nations que d'échanger les productions de leur terre et les fruits de leur industrie, contre une augmentation d'embarras dans leurs échanges. Mais l'argent étant un métal estimé également partout, la somme des monnoies qui excède la quantité nécessaire pour les échanges journaliers devient une richesse active, qui peut servir à acquérir les autres biens de l'univers : et sous cet aspect, elle est la plus précieuse de toutes ; elle se termine en population, par l'acquisition des subsistances des autres pays ; elle se change en force, par les subsides ; elle se convertit en jouissances, par l'acquisition des productions étrangères ; et en attendant, cet argent est jouissance lui-même en représentant sans cesse à son propriétaire la faculté d'acquérir (i). »

Necker fait ensuite l'éloge de l'Angleterre, où la circulatiou est faible en métal et très grande en billets de banque. Mais des traces des préjugés mercantilistes l'amènent aussitôt à des conclusions fautives. L'argent inutile dans l'intérieur s'appliquerait à acquérir au dehors des créances

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