Académie, p. 115; Laussanne, 292 ; Staël
— <JT —
a L'intérêt de l'argent tire son origine de la nature : la terre a besoin de la semence, et la semence a besoin de la terre. Celui qui fournit la semence au propriétaire de la terre a un droit sur sa récolte. Ce que je dis de la semence s'applique à mille objets semblables. Le droit de part à toute reproduction, lorsqu'on a concouru à cette reproduction, s'appelle un intérêt; et rien au monde n'est plus juste : et l'on dit communément l'intérêt de l'argent, parce que l'argent set l'image de toutes les richesses (1). »
L'intérêt dans un pays est haut ou bas, en raison de la rareté et de l'abondance de l'argent, du nombre et de l'utilité des emplois que cet argent peut trouver. Le prix de l'intérêt n'est donc pas une marque positive de la prospérité ou de la pauvreté d'un État. Le prix de l'intérêt doit être libre, comme celui d'une marchandise, puisqu'il est le point de réunion entre les convenances de deux parties, le prêteur et l'emprunteur.
Necker, si embarrassé et si en retard sur son temps d&ns les questions purement économiques, écrit au contraire avec netteté et dans un esprit tout moderne^ès qu'il s'agit de finances. Ce qu'il dit du crédit public serait à retenir presque eu entier.
« Un besoin de cent millions survient dans une société. 11 y a deux manières d'y pourvoir, ou d'ordonner une contribution pour cette somme ou de l'emprunter, en n'établissant un impôt que pour l'intérêt annuel de cent millions.
» Quand la confiance permet la réussite de cette deiv
i. Académie, p. 119. — Lausanne, p. 296. — Staël» p. 113.
nière manière, elle est la plus facile et la plus commode pour toute la société ; car, elle satisfait aux désirs de ceux qui auroient besoin d'emprunter pour payer leur part aux cent millions nécessaires, sans contrarier ceux qui aimeroient mieux payer cette même part en capital, puisqu'ils peuvent le placer dans l'emprunt, et retirer un intérêt annuel équivalent à l'impôt annuel établi... »
« Le crédit fait le succès d'un emprunt; l'emprunt rend la levée des impôts plus facile; et les impôts pourvoient aux demandes du Souverain... »
« Imposer un capital, ou remprunter, en n'imposant (jue son intérêt, revient à peu près au même en soi, ainsi que nous venons de le présenter; mais il est des circonstances morales qui doivent déterminer la préférence. Quand le besoin est considérable et pressé, et qu'il y a du crédit, il faut employer l'emprunt, parce que la levée d un gros impôt seroit difficile, et occasionneroit des convulsions. Mais, pour des besoins modérés, il faut toujours préférer l'impôt, tant pour simplifier les opérations, et suivre plus facilement l'équilibre des finances, que pour ménager le crédit public, et le prix de l'intérêt, par la rarelé des emprunts.
» J'observerai seulement encore en faveur des emprunts, comparés à l'impôt pour le capital entier, que l'augmentation annuelle, en Europe, des métaux précieux, adoucit le poids des tributs en argent qu'on paye au Souverain, et diminue la \aleur des intérêts qu'il répartit aux rentiers : car, un million vaut beaucoup moins aujourd'hui qu'il y a vingt ans. puisque, pour ce même million, on auroil eu dans ce temps-là beaucoup plus de productions
de la terre, ou d'ouvrages des hommes, qu'on n'en obtiendroit aujourd'hui pour la môme somme.
» On objecte avec' force contre les emprunts publics, qu'ils sont la source des rentiers, et par conséquent des hommes oisifs. Il me semble qu'on exagère cet inconvénient.
» C'est une propriété quelconque qui entraine l'oisiveté, en dispensant de travailler ; mais les emprunts publics n'augmentent pas la somme des propriétés; ils ne font que les déplacer. S'il n'y avoit pas de propriétaires de richesses mobilières, inutilement ouvriroit-on un emprunt ; et s'il y en avoit, ils trouveraient, d'une manière ou d'autre, le moyen d'échanger ces richesses contre une part annuelle aux productions du travail d'autrui, en restant eux-mêmes dans l'oisiveté. On ne sauroit cependant se dissimuler que la facilité d'oblenir de gros intérêts, par les emprunts publics, n'encourage, jusqu'à un certain, point celte oisiveté, en présentant au propriétaire d'argent un revenu plus considérable que celui qu'il pourrait retirer de la même somme, appliquée à des objets d'agriculture, de commerce et d'industrie.
» On est quelquefois induit en erreur par la somme immense d intérêts que paye un Etat. On voitcent millions de rentes distribués dans la société, et Ton croit qu'il en résulte des hommes oisifs en môme proportion ; mais l'on ne prend pas garde qu'en même temps il y a cent millions d'impôts établis pour pourvoir à ces intérêts, et que souvent la plus grande partie de ces impôts sont payés par ceux mêmes qui ont des rentes (I) >>