Académie, p. 12» ; L. 303; St
colonies et au commerce exotique. Il a quelques vues particulières.
Si une colonie était aussi facile à défendre qu'une province frontière il n'y aurait aucune raison pour la traiter différemment ; car la séparation par la mer ne romprait pas plus l'identité qu'une séparation par une rivière, s'il n'en résultait pas « une beaucoup plus grande difficulté de conserver ». C'est à cette circonstance, et non à aucun principe économique, qu'il faut rapporter les lois prohibitives qui sont particulières aux colonies.
On doit les pourvoir de tout ce qui leur est nécessaire, mais leur défendre tout commerce direct avec les étrangers ; il convient de ne pas lever des contributions dans les colonies, mais d'établir l'impôt en Europe sur leurs productions. Au reste, ces ménagements et ces lois prohibitives seraient bien moins importantes pour la nation qui se croirait certaine d'être maîtresse de la mer.
Gomme on le voit, Necker, à la modération près, partage les idées coloniales des Espagnols et des Anglais ; il n'avait pas encore l'idée de la liberté des colonies.
Ce qu'il dit du commerce des Indes montre aussi la différence de ses vues et de celles qui ont prévalu depuis*
Il relève la contradiction apparente de la faveur donnée* à ce commerce, et des principes qu'il avait établis sur l'importance de multiplier et de protéger tous les travaux intérieurs. L'explication qu'il en donne relève de ce grand principe de la spécialisation des pays dans les productions qui leur conviennent le mieux, mais il ne tarde pas à en faire une application discutable.
« Quand une nation possède beaucoup d'objets d'échange >
elle ne doit pas employer son terrain et ses hommes à des objets pour lesquels elle n'a pas des avantages naturels.
» Si. pour planter du tabac, il falloit sacrifier un terrain propre à des vignes, avec le produit duquel on pourroit obtenir celui d'un plus grand nombre d'arpens étrangers produisant du tabac, certainement on feroit une mauvaise combinaison; de môme s'il y avoit un pays comme les Indes, où par la nature du sol, du climat et des usages, les hommes fabriquassent une certaine manufacture à infiniment meilleur marché que les Européens, il pourroit convenir à une nation industrieuse, comme la France, d'employer ses hommes à d'autres travaux, d'échanger le produit de ces travaux contre de l'argent, et de porter ensuite cet argent aux Indes.
» Par exemple, si par le travail de dix mille François, les uns faisant des toiles, des chapeaux, etc , les autres les portant à Cadix pour avoir des piastres qu'ils transportent au delà du cap de Bonne-Espérance, on pou voit obtenir aux Indes une quantité de mousselines qu'on n'auroit pu fabriquer en France qu'avec quinze mille hommes, on doit préférer d'acheter ces mousselines aux Indes, puisqu'il reste en bénéfice le travail de cinq mille hommes (1). »
Ce qui suit peut être considéré comme une adhésion à l'idée que la Compagnie des Indes avait fini par ne plus avoir de raison d'être :
« Ce fut par de telles considérations que le commerce des Indes fut trouvé raisonnable el politique par Colbert,