Académie, p. 132.— Lausanne, p. 311. — Staël, p
valeur qu'il dispense aux riches et avec laquelle il les force à de la modération dans leur droit. Cette valeur et la faculté de les élire, ou de ne pas les élire pour membres du Parlement; mais les Anglais sont les seuls peuples de l'Europe qui jouissent d'un tel bonheur (1).
Le luxe le plus contraire aux principes de l'économie politique est celui qui contrarie la population. Tel est celui des parcs, des chemins fastueux et des chevaux, parce qu'il emploie une grande portion de terre, capable de multiplier les subsistances. Entre les autres luxes, il faut préférer celui qui s'applique aux richesses durables. Ainsi le luxe des tableaux vaut mieux que celui de la musique, celui de la vaisselle que celui des feux d'artifice. Mais la loi du bonheur, la première de toutes, exige qu'on laisse, à cet égard, la plus grande liberté. Il ne faut pas acheter la force nationale par un trop grand sacrifice, car cette force elle même n'est un bien qu'autant quelle est un garant du bonheur.
C'est sur cette phrase hédoniste que se terminent les Notes.
Cette analyse longue, sèche, mais nécessaire autant que fastidieuse, nous montre que les rapports des Notes avec Y Éloge sont d'une nature factice. Entre les deux ouvrages
1. A l'époque où il écrivait V Eloge et la Législation» Necker admirait déjà la Constitution anglaise, mais ce qu'il dit prouve qu'il ne la connaissait point. « L'homme industrieux » e'est-à-dire l'ouvrier des manufactures, celui qui loue sa l'orée aux fermiers, el bous I»1- salariés » n'avaient point le droit de vote comme il L'imaginait. Tout le inonde ne votait pas dans les villes, et dans les campagnes il n'y avait guèreque les petits propriétaires et les tenanciers qui possédassent le droit de vote. Ce suffrage, très restreint, parait cependant bien être la cause de L'effet signalé par Xecker.
il n'y a pas parallélisme, le style même des Notes est tout autre, sans qu'il convienne d'ailleurs de s'en plaindre. Le morceau d'éloquence, complet en soi, n'ayant pas besoin de ce supplément pour être couronné (1), comment se fait-il que Necker se soit donné tant de peine pour écrire ces longues Notes ? C'est que Y Éloge était destiné à l'Académie, mais que les Notes, appelées à venir au jour avec l'ouvrage couronné, et à participer à sa renommée, étaient faites pour montrer comment le Golbert futur comprenait toutes les questions économiques et financières de son temps. Elles constituent une profession de 'foi de candidat au ministère. « Ce travail avait de l'importance en ce sens qu'il était ce qu'on nomme actuellement un discours-ministre ; seulement au lieu de s'adresser à une Chambre, il s'adressait au public (2).
Cette profession de foi, qui parut mercantiliste au moment où les physiocrates étaient à l'apogée de leur faveur, ne pouvait manquer de produire une émotion, d'autant que son auteur était un homme déjà en évidence. Sa prudence, son respect des traditions et son éloignement pour toutes les formules absolues firent louer Necker par les hommes d'opinion moyenne. Les physiocrates le critiquèrent au nom des principes : et de fait Y Eloge ne se dis-
1. Lire dans la Correspondance inédite de Grimm (Paris, Fume, 1829, in-8°), le compte rendu de la séance de l'Académie du 25 août 1773, où fut faite, par d'Alembert, la lecture de Y Éloge (p. 381 et suivantes). Tout ce qui se rapporte aux menées qui conduisirent Necker au pouvoir a un intérêt historique.
Lors de la publication delà Correspondance en 1813, les censeurs de Napoléon coupèrent ce compte rendu, pour l'aire leur cour à l'ennemi de Mme de Staël ou peut-être par son ordre.