Première partie
Nous voyons d'abord reparaître la théorie de la prospérité de l'Etat basée sur l'équilibre du bonheur et delà force ; l'affirmation que la population contribue plus à la force que les richesses : tout cela dit plus longuement que dans Y Eloge, mais sans une idée de plus.
Necker revient sur sa notion particulière des richesses : « Ce sont les biens surabondans de toute espèce qui s'amassent parle temps dans une société, et qui, susceptibles d'êtres échangés contre les services des étrangers, peuvent augmenter la force publique. Ces biens consistent principalement aujourd'hui dans les matières précieuses, telles que l'or et l'argent (2) ».
Reviennent aussi les mêmes idées sur le rapport de la richesse avec le bonheur. 11 ne suffit pas qu'un pays soit
t. Éd. prineeps. 1,8; Lausanne, t. IV, p. 6 ; Staël, 1.0: Molinari. 213. 2. Ed. princeps, 1, 18; Lausanne, li : Staël, 1G ; Molinari, 217.
puissant, il faut qu'on y soit heureux; car la force n'est un bien qu'autant qu'elle est un garant (Je bonheur. La quantité d'argent qui s'accumule dans un pays n'a aucun rappel t direct avec le bonheur; cette introduction est le résultat général du commerce. Une nation composée de propriétaires sans économie dépenserait tous ses revenus et demanderait aux étrangers une plus grande quantité de leur production ; elle garderait davantage les siennes et recevrait par conséquent moins d'argent, mais tous ses désirs étant satisfaits, elle serait également fortunée.
On savait déjà que l'argent ne fait pas le bonheur ; mais Necker en fait la démonstration à l'aide d'un autre argument, de ceux qui l'ont fait classer si à tort parmi les précurseurs du socialisme :
« Bien plus, si le système social qu'on a toujours envisagé comme le plus conforme à la félicité publique, si l'égalité des propriétés pouvait tout à coup s'introduire et se maintenir, l'État dans lequel ce projet chimérique se réaliseroit, quelque favorisé qu'il fût par la nature, ne recevroit plus d'argent des pays étrangers ; cependant une telle société seroit, sans contredit, la plus digne d'euvie (1) ».
Tout un chapitre sur le rapport de la population avec le bonheur n'est que le développement de ce que nous avons vu dans les Notes. Dans le chapitre VII, Neekor cherche à démontrer que la liberté constante d'exporler des grains n'est pas nécessaire au progrès de l'agriculture en France. Cette liberté est utile dans les pays qui n'ont