Trinceps, 26; Lausanne, 20; Staël, 22; Molinari
pas d'autre ressource, mais la France n'a plus besoin de vendre ses grains pour acquérir de l'argent ou d'autres productions étrangères. Elle est sûre d'obtenir tous ces biens par rechange des fruits de son industrie, véritable commerce d'un État dans sa perfection, et le seul qui entretienne sa prospérité en accroissant à la fois sa population et sa richesse.
L'échange des blés contre l'industrie nationale est beaucoup plus sur et plus encourageant pour les propriétaires, que l'échauge de ces mêmes denrées contre les productions des autres pays. Plus les arts et les manufactures qui plaisent aux propriétaires des subsistances sont établies près d'eux, plus ils peuvent avoir d'objets de luxe et de commodités en échange de leur blé, puisqu'ils ne sont point obligés d'en donner une partie pour acquitter des frais de transport. Necker ne se demande pas si l'étranger ne produirait point à meilleur marché. Il répond, au contraire^ l'objection que l'industrie dépeuple les campagnes, mais il est assez difficile de comprendre sa réponse : les ouvriers, dit-il, sont nourris par les subsistances superflues, mais ces subsistances n'ont pu exister que par la culture, et après que tous les hommes employés à la terre ont reçu leur entretien. Un physiocrate lui répondrait que ces excédents auraient nourri de nouveaux producteurs qui auraient mis de nouvelles terres en culture.
La défense de l'industrie est toujours une préoccupation du bon colbertiste qu'est Necker. Voici comment il termine son chapitre IX : « Qu'on finisse donc de déclamer contre les arts et les manufactures, ou que ceux qui les proscrivent trouvent les moyens de faire partager les terres
également, et de renouveller encore ce partage toutes les années ; sans cet expédient, impossible à réaliser, la variété des établissements d'indus! rie sera l'unique moyen d'exciter les possesseurs de vastes domaines à perfectionner la culture, et d'admettre la multitude au partage des fruits de la terre (1). >)
Les établissements d'industrie sont l'unique moyen d'élever la consommation au niveau de la plus grande culture. La force souveraine peut bien empêcher les propriétaires de vendre leurs blés au dehors, mais elle ne peut pas les obliger à cultiver leur terre avec activité. Il faut donc nécessairement que le pays soit rempli de tous les établissements d'industrie qui peuvent plaire aux propriétaires des blés. L'exportation, au contraire, suffit pour répandre une inquiétude générale et causer des secousses ; sous cet aspect, la liberté constante d'exporter des grains serait une loi funeste au repos et à la prospérité de la France.
Dans le système de la liberté absolue, on ne pourrait être à l'abri dune exportation nuisible au bien général.
Tous ces raisonnements d'interventionniste impénitent ne sont en somme, que des mots, et Necker ne cherche même pas à sortir des généralités. Tout le chapitre XIII, sur l'importance des inconvénients attachés à la libre exportation des grains, parait un essai de démonstration avec chiffres, qui n'a rien non plus de bien nouveau, mais ce chapitre est loin de satisfaire. Voici ce |que l'on en peut tirer.
1. Édit. princeps,I, p. 47. — Lausanne, p. 35. — Staël, p. 40. C# Vacher de Lapouge
Pendant les trois années qui ont suivi la loi de liberté donnée en 1764, il n'est guère sorti en moyenne plus de quatre à cinq cent mille setiers par an, ce qui aurait suffi à nourrir 250.000 personnes. Cette très modique exportation a suffi pour causer des désordres.
Si tous les habitants d'un royaume achetaient au commencement de la récolte nouvelle, les deux setiers de blé nécessaires à leur subsistance pendant une année, l'on reconnaîtrait avec certitude la quantité dont on aurait besoin. Supposons que ces habitants achètent leur pain ou chaque semaine ou chaque jour, non seulement le vide sera connu beaucoup plus tard, mais le danger s'accroîtra d'une manière terrible. Dans le premier cas, le vide de 40O.000 setiers a pu contraindre 200.000 hommes à émigrer, mais si le partage ne se faisait que tous les trente jours, le vide ne s'apercevant qu'au commencement du dernier mois, 2/iOO.OOO hommes se trouveraient sans pain jusqu'à la fin de l'année. Enfin, une nation de 24.000.000 d'hommes pourrait mourir de faim si elle faisait sa provision tous les trois jours, parce que les trois derniers de l'année, il n'y aurait plus de blé.
Ces calculs rappellent un peu les exercices de rhétorique de Quintilien, et Necker aurait bien dû citer un pays où les gens fussent assez simples pour ne pas apercevoir assez vite l'insuffisance de la récolte, et prendre les mesures nécessaires pour la pallier.
Necker constate ensuite que la permission cop<tanle d'exporter des grains doit tenir les prix plus hauts que la loi de prohibition. C'est un point que l'on peut lui » der, mais il ajoute à torique cette liberté doit augmenter
les écarts de prix en ajoutant aux causes intérieures « «ïllcs de l'extérieur. G'est supposer que les causes s'additionneront, ce qui pourra arriver quelquefois, mais non toujours.
Il ajoute encore et sur ce point il se met en contradiction précise avec les Physiocrates, que le haut prix constant des blés n'est pas nécessaire à l'encouragementde l'agriculture. Necfcer se hase sur le raisonnement suivant.
Que gagnera un propriétaire à vendre les subsistances dont il dispose pour une valeur d'argent plus ou moins considérable, si le travail qu'il ATeut acheter en échange renchérit à proportion? Quel encouragement aura-t-il de plus à cultiver ?
Il faut distinguer le haut prix constant, d'avec le renchérissement ; le haut prix constant des blés n'améliore point le sort des propriétaires de terre, parce que le prix du travail s'y conforme ; mais le renchérissement, c'est-àdire le passage du bas prix au haut prix, et les premiers temps de cherté, procurent un avantage réel à ces mêmes propriétaires. Tandis qu'ils augmeutent le prix de leurs denrées, ils résistent à hausser celui du travail ; ils combattent du moins contre les prétentions des ouvriers, et tant qu'une des proportions subsiste, les propriétaires profitent de toute la souffrance de l'homme de peine, et ils aperçoivent ainsi dans la culture un bénéfice nouveau qui peut les engager à des défrichements ; cet avantage disparait à mesure que l'homme industrieux parvient à renchérir le prix de son temps, et que les anciens rapports se rétablissent.
Necker est profondément convaincu de cet antagonisme des classes et de la nécessité de ne pas laisser le riche poursuivre son avantage jusqu'au bout :
a Lorsque le pain étoit à un prix modéré, l'artisan nourrissoit sa famille, et ménageoit une petite réserve pour suppléer à quelque maladie ; si le prix vient à monter sensiblement, il est contraint de renoncer à cette épargne salutaire ; il faut peut-être qu'il diminue la nourriture habituelle de ses enfants ; il faut qu'il se rende sourd à leurs larmes, ou qu'il se prive lui-même de la subsistance nécessaire à l'entretien de ses forces. Enfin, à mesure que le pain renchérit, l'empire du propriétaire augmente; car dès que l'artisan ou l'homme de campagne n'ont plus de réserve, ils ne peuvent plus disputer ; ils faut qu'ils travaillent aujourd'hui sous peine de mourir demain, et dans ce combat d'intérêt entre le propriétaire et l'ouvrier, l'un met en jeu sa vie et celle de sa famille, et l'autre un simple retard dans l'accroissement de son luxe. Souvent même, l'industrie n'est point arrêtée, et la détresse n'est que domestique ; car le propriétaire qui ne jouit que du travail qu'on lui consacre, se contente de supputer ce qu'il faut à la subsistance de l'homme qu'il emploie, et il ne regarde pas derrière ce malheureux, la femme et les enfants qu'il doit nourrir ; c'estainsi que lamisère s'accroît de la misère même » (1).
Le renchérissement bénéficie quelque temps aux propriétaires et à l'homme industrieux, en ce sens que les impôts restent d'abord les mêmes, mais comme il faut bientôt tenir compte des soldats et des employés de l'État qui souffrent du renchérissement, il faut augmenter les impôts pour les payer davantage, et l'équilibre se rétablit.
1. Edit. princeps, I, 87-88; Lausanne, 63 ; St. 73; Molinari, 242.
LIBRAIRIE MARCEL RIVIÈRE & ClE
31, Rue Jacob, PARIS - VI»
Tél. LITTRÉ 56-53
S. A. R. L. au Capital de 160.000 francs.
R. C. Seine 272^56 B — Producteur Seine 1070 C. C. P. Paris 202-87 — .0. P. du Livre 150.223
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LA PLANIFICATION SOVIETIQUE
(3e Edition mise à jour fin 1945)
1 volume in-8 raisin de la Bibliothèque Générale d'Economie Politique, 360 pages 200 fr.
L'ouvrage de Ch. Bettelheim sur la Planification Soviétique, dont la 3" édition vient de paraître, constitue un livre indispensable pour qui veut connaître les méthodes soviétiques de planification. La structure de l'économie soviétique et le mécanisme de son fonctionnement planifié y sont étudiés à partir d'une ample documentation. Celle-ci a été mise en œuvre avec sûreté et avec une remarquable objectivité ; elle a permis à l'auteur de donner à son exposé un tour très concret, qui rend aisée, captivante la lecture d'un livre qui, sur cette question, est certainement le meilleur qui ait paru en France.
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