Analyse, p
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Tout autrement sérieuse est la critique de Baudeau. Elle s'étend tout le long des tomes VI, VII et VIII des Nouvelles Épliêmèrides économiques (1775).
Baudeau relève d'abord, comme Morellet, les passages où Necker attaque ou parait attaquer la propriété et les propriétaires, et expose son système de contrat social. Les citations ne sont pas truquées. Il fait remarquer que l'homme n'a jamais vécu en dehors de l'état social, et que le sort des sauvages n'est agréable que dans les livres. Quant à la propriété, elle ne résulte ni de conventions ni de partages, parce que la nature ne produit ni prés, ni terres, ni vignes, ni vergers. Mettre en culture, c'est incorporer au sol des capitaux considérables, et le prix de vente « ne fait que rembourser les avances du fondateur ».
Les vraies richesses d'un État sont les avances foncières et les avances de la culture, la population et le bonheur sont les effets de ces richesses, alors que Necker efface u d'un trait de plume du catalogue de nos vraies richesses toutes les propriétés foncières et tous les capitaux de la culture » (VI, 97) .
Il critique de même, en alignant des citations, les idées de Necker sur les prohibitions d'un coté, la nécessité du bas prix des denrées de l'autre : « Au moyen de ce bas prix des subsistances, les marchands qui doivent porter tous ces objets aux riches étrangers les achèteront à bon marché. » Tout ce système est destiné à enrichir les fabricants aux dépens des propriétaires et des cultivateurs.
Il s'élève contre l'exagération de Necker qui regarde les cultivateurs comme ne possédant rien. Necker n'entend rien aux choses de la campague et ne les a jamais obser-
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vées. La culture n'esl possible que si Ton dispose decapïtaux, qui peuvent être de plusieurs dizaines de mille livres dans les campagnes du Nord de la France. A la doctrine colbertiste de Necker, il oppose une doctrine de Sully qui n'est peut-être pas historiquement très exacte, et soutient que si l'application de ce système avait été continuée, la situation économique de la France serait bien plus florissante (VII).
Quant au système de Necker sur la législation môme du commerce des grains, Baudeau répond que toutes les mesures contraires à la liberté du commerce sont précisément la cause des disettes. « Nous ne voulons point de bas prix dans les bonnes années, parce que c'est la ruine des fermiers, des propriétaires, du clergé, de la noblesse... C'est ce bas prix qui cause ensuite les chertés excessives... les terres sont abandonnées, on les cultive mal... une partie de la denrée a été gaspillée... La disette venant, les gens de la ville achètent fort cher le bled des pays étrangers, ou de quelques monopoleurs privilégiés (V, 179). » Et Baudeau établit par des statistiques ces conséquences de la recherche du bas prix.
Dans ces critiques, Baudeau tient peut-être plus de compte que de raison de l'attitude interventionniste de Necker, car la plupart ne portent plus si l'on s'en tient aux conclusions finales de la Législation, mais il est de bonne foi, et ne prête point à son adversaire des opinions trop éloignées de la réalité .