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difficile. Des inspecteurs inquiètent ies manufacturiers, d'autres n'apportent aucun frein aux abus, et les marques ne servent qu'à surprendre la confiance. Les étoffes
d'invention nouvelle ne peuvent être revêtues du plomb, ce qui les expose à des saisies, et l'industrie se trouve ainsi arrêtée et contrariée par l'autorité même des lois. Les institutions ne doivent pas s'étendre jusqu'au point de circonscrire 1 imagination et le génie d'un homme industrieux, et encore moins jusqu'à résistera la succession des modes et à la diversité des goûts.
Les Lettres fixent les marques des diverses étoffes classiques dites réglées, dont les conditions de fabrication seront définies par de nouveaux règlements ; de même pour les teintures. Un plomb est établi pour les étoffes libres, dont la lisière portera des marques à mille raies, destinées à faire connaître au public que ces tissus sont vendus sans garantie de l'Etat, tout en écartant la confusion avec les tissus étrangers. Les sévérités delà répression sont aussi légèrement atténuées. Enfin, on restreint l'abus de la qualification do Manufacture Royale, qui sera réservée à l'avenir aux établissements uniques en leur genre. Enfin, les fabricants qui auront exploité eux-mêmes, pendant soixante ans, de père en fils, avec une réputation soutenue, la même manufacture, pourront apposer euxmêmes les plombs de garantie.
Gette réglementation, parfaitement surannée dès sa 'naissance, est un nouvel exemple do l'esprit transactionnel 'de Necker et de sa timidité. Si ces fractions de mesure avaient été appliquées beaucoup plus tôt, et la détente ipoursuivie d'une manière progressive, la question de la
liberté industrielle aurait fini par se régler toute seule, m lis en cela comme en toute chose, Necker n'apportait que des réformes dont il ne sentait point que l'heure était déjà passée,
En ce qui concerne les commerce des grains, le ministre fut logique et appliqua les principes de l'écrivain, mais dans les mesures qu'il prit on dislingue nettement l'influence de cette crainte irraisonnée de la famine qui domine toute sa conception du problème. Il fut ainsi amené à prendre des mesures prématurées, déraisonnables, et môme de nature à provoquer l'accusation de mauvaise foi.
Le 26 septembre 1777, il fit prendre un arrêt suspendant l'exportation à l'étranger, dans le Languedoc et la Provence. Le préambule porte que la récoite n'a pas répondu aux espérances qu'on en avait conçues, et que le prix des blés en Languedoc et en Provence était porté à un prix assez haut pour [garantir l'intérêt des propriétaires. Larrèt dispose d'ailleurs qu'il ne sera apporté aucun obstacle à la circulation dans toute l'étendue du royaume, ni à la réexportation des grains étrangers, en franchise de tous droits. Deux arrêts semblables suspendirent aussi, sine die, l'exportation par la Guyenne, le Béarn, et le Roussillon.
Toutes ces provinces avaient officiellement recouvré le droit d'exportation par une déclaration du 10 février 1776 et des lettres patentes du 25 mai 1776, rendant à l'édit de 1764 son exécution en ce qui les concernait. A fan as siev n'a pas trouvé le texte de ces deux documenls, visés dans la déclaration du 17 juin 1787, mais il a découvert, (Àrch. nat. F11* l),des séries de pièces qui montrenl Necker
demandant aux intendants de plusieurs provinces des renseignements sur l'étal des récoltes (11 juillet 1777), établissant une enquête et provoquant ses correspondants à demander la prohibition de la sortie des blés. Le 16 septembre,il demande encore avis à l'intendant de Bordeaux, et le 20, à celui de Bretagne. Comme on ne conclut point à la prohibition, il en prend l'initiative. Le Languedoc et la Provence étant favorables à l'exportation, il écrit le 23 septembre aux intendants de ces provinces que le Conseil est décidé à suspendre l'exportation. « Je ne sais, ditil, si l'on attendra votre réponse », et de fait, le 26, l'arrêt analysé ci-dessus était pris.
Dans lout le resle de la France, l'exportation fut interdite par de simples circulaires aux intendants, parce que les actes de 1776 n'y avaient pas remis en vigueur l'édit de 1764. Un petit nombre de marchands très protégés purent exécuter les marchés passés avant la prohibition. A l'égard des autres l'exécution fut si rigoureuse que l'on arrêta même les navires déjà en voie de descendre la Loire, au grand préjudice du commerce nantais. Le commerce en gros des grains était une fois de plus écrasé net.
Neckeralla même jusqu'à interdire par une lettre à l'intendant de Bordeaux (9 février 1777), la réexportation des blés étrangers que l'on venait faire moudre dans les moulins de la Garonne et de ses affluents, mais cette mesure dut être rapportée.
A la fin de la campagne, la présence d'un large excédent de blé montra que Necker s'était trompé dans ses calculs, mais les prohibitions rétablies furent maintenues, avec de rares tolérances locales. Dans les meilleures années
qui suivirent, ii filtra tout au plus au dehors des frontières deux cent mille septiers par an, malgré labondauce des récoltes.
Les mesures prises pour empêcher l'exportation n'arrêtèrent pas que le commerce extérieur ; les négociants renoncèrent même au commerce intérieur, et la circulation fut assez diminuée pour devenir un sujet d'inquiétude. Le 17 novembre 1777, Necker écrivait lui-même à l'intendant de Languedoc, pour lui donner connaissance d'un mémoire par lequel il était prévenu « que les négocians, redoutant des gênes et des actes d'autorité de la part des ministres, s'empressent de mettre à fin les spéculations auxquelles ils s'étoient livrés, paroissent vouloir se refuser à celles dont l'utilité leur est indiquée par les circonstances ». En vain, le même jour, il écrit à la Chambre de commerce de Toulouse que « Sa Majesté veut que la liberté la plus entière du commerce soit maintenue. »
La réputation de Necker et ses premiers actes avaient sutfi pour semer la panique et la ruine. Aussi fut-il dès le commencement obligé de faire acheter et revendre des blés pour le compte du gouvernement. En général, il conia aux intendants de choix de ces intermédiaires. « Je crois, écrivait-il le 7 octobre à l'intendant de Bordeaux, qu'il vaut mieux que vous dirigiez tout ce qui concerne votre généralité que si je traitois avec quelques commissaires, comme on a fait ci-devant Cela est presque toujours mal interprété, mal gouverné, et vos négociants seront découragés par celte concurrence (1). »