‹ Necker économisteChapitre 67 sur 87 · Arch. Nat F · texte numérisé non relu

Arch. Nat F

Les primes à l'importation furent appliquées rite préférence par quelques intendants : précisément par celui do Bordeaux, et par celui d'Auch. La mesure était moins dangereuse pour la sécurité des commerçants, mais le résultat fut quand même mauvais, car en mai 1778, Necker en fut réduit à faire vendre dès l'arrivage à quai des cargaisons de blé, et finalement, en juillet, ne trouvant plus facilité pour revendre même à perte, il conseille à l'intendant de Bordeaux d'employer ce blé en secours, au lieu d'argent.

Revenons maintenant au Compte rendu. Ce document produisit sur la nation toute entière et môme à l'étranger l'effet le plus prodigieux. Il en fut vendu cent mille exemplaires, et dans toute la France on ne parlait que de ce livre ; pour la première fois, la nation prenait conscience de l'état de ses finances, et le mécanisme compliqué des recettes et des dépenses lui était dévoilé. A cette publication, les ennemis de Necker répondirent par celle du Mémoire sur les Administrations provinciales, dont Gromot avait pu se procurer une copie. Augeard dit, par l'intermédiaire de Monsieur. Dans quel esprit ils l'utilisèrent pour diminuer la popularité de son auteur, on pourra en juger par l'analyse qu'en fait précisément Augeard, un des complices :

« Les intendants abusent, les Parlements gênent, les anciens corps offrent des obstacles et des résistances à l'autorité. Réformer et restreindre les premiers, réduire les secondsau seul métier de jugcur, abroger toute forme, toute dénomination, toute trace d'anciens États et de leur prétention, en les remplaçant par des administrations locales,

et du choix du ministère, qui s'assembleroient rarement, qui offriroient rarement, n'offriroient jamais de résistance, qui ne pourroient faire que des observations rapides de trois ans en trois ans, qui auroient besoin de ses grâces, et au besoin deviendroient un moyen de force pour convertir et corriger les Etats de Provinces, qui conservent encore quelque souvenir de leur ancienne constitution et quelque courage pour la défendre (l). »

Necker écœuré quittait, à ce moment même, le ministère (19 mai). Las des intrigues dont Maurepas était devenu le centre, il avait nettement posé la question ministérielle en demandant plusieurs mesures nécessaires à l'exécution de ses projets, et notamment l'entrée au Conseil. C'était se heurter à un principe de droit public. Maurepas eut beau jeu pour répondre : « pas avant que vous ayez abjuré ».

Necker n'était pas homme à penser que le pouvoir valait bien une messe. Le roi l'abandonnait, tout le ministère était contre lui. En vain, la reine en pleurs, pressentant peut-être l'horreur de l'avenir, le supplia de rester. Necker partit. S'il avait su temporiser, attendre la fin de Maurepas, qui était mourant, et succomba peu après à un accès de goutte, peut-être aurait-il pu adoucir les brutalités de la révolution imminente; quand il revint au pouvoir, il était trop tard.

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