‹ Necker économisteChapitre 7 sur 87 · C. Vacher de Lapouge · texte numérisé non relu

C. Vacher de Lapouge

Le Mémoire, qui comprend les pages 295 à 360 du quatrième volume dans l'édition de Lausanne, et les pages 127 à 202 du quinzième volume de l'édition Staël, est ainsi divisé :

Sur les droits des actionnaires ;

Sur l'évaluation du bien des actionnaires ;

Profit du commerce ;

Sur la possibilité d'emprunter ;

Sur la liberté du commerce.

Comme il est facile de le supposer d'après cette table, le Mémoire de Neckcr ne présente pour les économistes qu'un intérêt assez limité. C'est une plaidoirie, sous la l'orme de lettre adressée à M. l'abbé M... et tendant à détruire, dans l'opinion du public, mais surtout dans celle des personnages au pouvoir, l'impression causée par le mémoire de Morellet. Les faits de la cause y tiennent donc une place prépondérante, pour ne pas dire presque exclusive. Les considérations économiques qui surviennent à propos de circonstances de l'affaire ne touchent que des points particuliers. L'auteur écrit en banquier, en négociant, en représentant de la Compagnie menacée et non en théoricien ; il n'a d'autre but que la sauvegarde des intérêts dont il est, par ses fonctions dans la Compagnie, le représentant qualifié.

Il n'est pas inutile cependant d'analyser avec soin ce Mémoire peu accessible, et de reproduire les passages qui méritent d'être retenus.

Necker commence par s'étonner du procédé de Morellet : « Des députés nommés par les actionnaires font pendant plusieurs mois des recherches pénibles pour connaître

la fortune de la Compagnie ; vous vous procurez, sans leur consentement, les états qu'ils ont formés; vous devancez le compte qu'ils doivent en rendre à leurs coassociés ; vous faites imprimer ces états, vous y joignez des notes critiques que vous n'avez point soumises au jugement des personnes qui pouvaient les discuter. Cependant le droit de communiquer un travail n'appartient-il pas à celui qui l'a fait ? et les propriétaires ne doivent-ils pas entendre les premiers ce qui intéresse leur propriété ?Avaient-ils remis leur cause entre vos mains (1) ? »

Necker ignorait moins que personne le rôle véritable de Morellet dans cette affaire, mais il y a des cas où Ton peut feindre d'ignorer ce que Ton sait. Le véritable auteur de la divulgation des documents était très haut placé, et du moment qu'il avait employé un tiers sans se découvrir lui-même, il était de bonne guerre de s'en prendre à ce tiers, avec la certitude que le public et les intéressés sauraient qui était visé par la riposte.

La thèse de Necker est que les intérêts de la Compagnie et des actionnaires ont toujours été subordonnés à ceux de l'État. « La Compagnie des Indes, dit il, a rendu les plus grands services à 1 État, bien loin de lui avoir été à charge. Les actionnaires ont fait des sacrifices immenses pour lui, bien loin d'avoir augmenté à ses dépens leur fortune particulière. Voilà les deux propositions dont j'espère démontrer l'incontestable vérité (2). »

La démonstration débute (3) par des observations sur

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