‹ Necker économisteChapitre 71 sur 87 · Staël, I, Notice, page · texte numérisé non relu

Staël, I, Notice, page

second xMémoire de Galonné. Je l'ai lu, etje prends Ici l'engagement de répondre avec évidence a cette nouvelle attaque. »

Cette note polémique, dans laquelle passe un premier éclair des orages de la vie prochaine de Necker, produit un effet de contraste en tète d'un ouvrage de la plus pure sérénité. Ce gros volume de £44 pages est utile à lire pour comprendre la nature d'esprit de Necker. 11 ne renferme aucune théorie économique, seulement une ombre de doctrine politique, et cependant il explique, par un profond sentiment de charité chrétienne, et de fraternité, la revendication du droit des humbles dans l'économie et la politique de l'auteur.

Les Nouveaux éclaircissement et le traité De l'importance des opinions religieuses, sont les dernières productions de Necker avant la Révolution et nous montrent son état d'esprit à la veille d'y prendre part. A partir de ce moment, l'auteur n'est déjà plus un écrivain économiste. Il va beaucoup agir, beaucoup écrire, mais il ne sera plus que Thomme d'Etat, ouvrier involontaire de la destruction de la monarchie, le ministre fidèle qui pleure la mort de son roi et lui pardonne ses injustices, le philosophe politique qui raisonne sur les catastrophes auxquelles il a assisté de près ou de loin, qui forme des projets d'organisations nouvelles

C'est au cours même de l'impression des Nouveaux éclair cissemens que Necker fut rappelé au pouvoir. Le 26 août 1788, il fut nommé Directeur général des Finances, mais cette fois il n'était plus question de lui fermer la porte du Conseil, il y entrait pour y tenir le premier rang. Imposé par la nation, il jouissait d'une telle con-

fiance que les fonds publics haussèrent aussitôt de trente pour cent.

Ce ministère fut le premier ministère de la Révolution. La seconde Assemblée des notables, 6 novembre 1788, le Conseil fameux du 27 décembre 1788 où furent réglées les conditions de la prochaine réunion des États généraux, et la double représentation du Tiers, l'ouverture des Etats généraux, le 5 mai 1789, jalonnent de dates historiques ce ministère, qui se termina le 1 1 juillet par un ordre de quitter la France, envoyé par le roi. Une seconde fois, la Cour l'avait emporté ; le peuple de Paris répondit par la journée du 14 juillet.

Necker se retirait dans son château de Goppet, quand il fut rejoint à Baie par des lettres du roi et de l'Assemblée Constituante, qui le pressaient de venir reprendre sa place. Son retour fut une marche triomphale, mais la fièvre gagnait dans tous les partis, et Necker, pris entre la Cour et la Révolution, vit bientôt sa popularité décroître et s'effacer. Il n'y avait plus de place pour sa politique modérée ni pour sa personne en France. Quand il reprit, le 8 septembre 1790, le chemin de Baie et de Coppet, ce fut au milieu des imprécations de tous. A Arcis et à Vesoul, il fut arrêté, menacé, et même en danger.

Ces ministères, si mouvementés au point de vue politique, ne laissèrent guère le temps à Necker de prendre des mesures d'ordre économique. Il a rendu compte de son administration dans un Mémoire publié en 1791. Les actes du second et du troisième ministère forment les tomes VI et VII de l'édition Staël, le Mémoire de 1791 est en tête du VIIe volume.

Le tome VI ne nous laisse à considérer que le Mémoire instructif remis au Comité des subsistances des États généraux. La libre exportation des grains avait été établie par une loi enregistrée au mois de juin 1787. Le hasard voulut que la récolte fut mauvaise en 1788, et que Necker devint ministre à ce moment même. Il ne manqua point d'ordonner sur-le-champ aux fermiers généraux d'arrêter l'exportation à plusieurs frontières, et le 7 septembre un arrêt du Conseil défendit l'exportation d'une manière absolue. Le 28 novembre 1788, un autre arrêt rétablit la défense de vendre et d'acheter des grains en dehors des marchés ; un troisième, du 23 avril 1789. permit aux intendants et officiers de police d'obliger ceux qui possédaient des grains à les porter au marché.

C'était le retour aux pires pratiques. Aussi l'effet ne tarda pas à se faire sentir : paniques, troubles, paralysie du commerce. Les négociants incertains du lendemain liquidèrent au plus vite et ne firent plus d'achats. Chacun s'empressa d'immobiliser le plus de subsistances possible, de crainte de souffrir de la famine, enfin on commença à arrêter les charrettes chargées de blé. En vain le gouvernement fait appel au commerce, les marchands n'osent se risquer même à servir d'intermédiaires au gouvernement. On fit venir de l'étranger 1.400.000 quintaux de blés et de farine, que les régisseurs des vivres de la guerre furent chargés de vendre à perte dans les régions les plus menacées. On établit des primes à l'importation, on les doubla vers la fin de l'hiver, on paya des primes aux boulangers de Paris, pour qu'ils abaissassent le prix du pain. L'opinion approuva Necker, trouva même qu'il n'allait pas

assez loin : le résultat final fut une cherté extrême, en présence d'un excédent de blé. La répercussion sur les années suivantes de cette panique créée par le gouvernement, et l'habitude des troubles qui en sortirent, aidèrent beaucoup à l'aggravation de la situation générale intérieure.

Plus prévoyante, l'Assemblée Nationale essaya de rétablir la liberté de circulation, au moins à l'intérieur, mais les populations firent obstacle à cette tentative que Necker ne seconda pas. L'anarchie était partout et une crainte irraisonnée de disette affolait le peuple et les paysans. Il résulte du Mémoire adressé par Necker à l'Assemblée Nationale, le 24 octobre 1789, que les gabelous en fuite ne pouvaient plus empêcher l'exportation, que les autorités municipales ne tenaient compte d'aucun ordre relatif à la circulation, et que les subsistances se cachaient. Cet état durera en s'aggravant durant toute la Révolution, et trouvera sa plus parfaite expression dans les mesures prises par la Terreur.

Dans sa retraite de Goppet, Necker se consolait des drames auxquels il assistait de loin en écrivant de nouveaux livres. Ces nombreux volumes n'ont pas grand intérêt pour nous. C'est à peine si de loin en loin on y trouve une idée qui se rapporte à l'économie politique. Ils forment les tomes VIII à XV de l'édition Staël. Necker écrivit ainsi presque jusqua sa mort, ses Dernières vues de politique et de finance ayant paru en 1802. Il ne chercha jamais à revenir en France. Napoléon qui le juge durement donne à entendre qu'il aurait désiré revenir au pouvoir, mais le récit de l'entrevue montre trop son anti-

pathie pour inspirer beaucoup de confiance. On y lit surtout l'aversion qu'il avait pour le père de Mme de Staël.

Necker mourut à Goppet le 9 avril 1804, à l'âge de soixante-douze ans.

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