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CHAPITRE VII

Opinions économiques de Necker

Absence de système personnel ou emprunté, caractère pratique des idées de Necker. — L'hédonisme de Necker. — Concordances et différences avec le mercantilisme : enrichissement en métaux ; commerce extérieur ; balance du commerce ; intervention de l'État. — Concordances et différences avec la physiocratie : importance de la terre ; lois naturelles ; notion de la propriété ; productivité en valeur du commerce et de l'industrie ; produit net ; bon prix et bas prix ; liberté du commerce et de l'industrie ; impôts. — Necker et le socialisme. — Prix, valeur, richesse. — Luxe.

Ce chapitre pourrait s'appeler : « Critique des doctrines économiques de Necker. » Ce titre cependant ne serait pas exact. De l'analyse des ouvrages de Necker, il résulte que jamais leur auteur n'a possédé un corps de doctrine à lui, ni fait profession des doctrines d'une école économique. Tout ce qu'il a consigné par écrit, c'est l'opinion qui lui a paru la plus pratique parmi celles en cours dans les bureaux des financiers, dans les salons politiques, dans l'entourage de son ministère. Nulle part on ne trouve une trace de principes auxquels puissent se rattacher, par voie de conclusion, les opinions particulières qu'il expose.

Il paraît ignorer toute espèce de théorie, et n'a souci que des solutions particulières aux difficultés de pratique soulevées par chaque sujet. On n'a vu, dans ce résumé d'une

longue suite de volumes, aucun noua, aucune citation, tout au plus quelques allusions abstraites à des opinions contraires aux siennes, et pas même les mots physiocrates et physiocratie. Tous les écrits des économistes sont écartés par un même dédaigneux silence, et quand il parle, d'une manière rare et brève, des économistes en général, c'est pour marquer le peu de cas qu'il fait, lui praticien, de leurs vaines dissertations.

Quand on lit avec soin les ouvrages des économistes du temps, même celui de Galiani, on est frappé de voir que rien d'eux n'est passé dune manière certaine dans les livres de Necker. Gondorcet a montré dans les dialogues de Galiani une explication claire et anticipée du traité ennuyeux de la Législation des grains. On a rapproché aussi des arguments de Necker ceux de Galiani. Les ressemblances sont bien naturelles entre deux ouvrages de la même époque, sortis du même milieu, écrits sur le même sujet et soutenant la même thèse. Il n'est pas nécessaire non plus d'emprunter au prochain des idées aussi simples que celle-ci : que la facilité d'exporter les grains est plus grande dans les régious frontières. Ce sont des rencontres presque nécessaires et des choses puisées par les deux auteurs dans le fonds commun de leur temps.

Cette attitude est le résultat d'un parti bien pris, et d'une méthode dont jamais Necker ne s'est écarté. Nous savons qu'il avait peu de culture générale, mais il n'est pas permis de supposer qu'il avait négligé de lire les écrits de ceux qu'il s'abstient de citer. Vivant au contact continuel de Morellet, de Galiani, ses commensaux, il a certainement lu leurs livres, bien probablement aussi ceux de

Mirabeau, et tout ce qui a été cité comme bibliographie de cette période qui va de 1700 à 1770. Adversaire de Turgot, il u'a certes pas omis de lire le peu d'écrits alors publiés de ce grand homme. Il a personnellement connu Adam Smith, et celui-ci s'est plaint de n'avoir pas été cité, de n'avoir pas vu prendre en considération ses idées dans le traité de l'Administration des finances, postérieur à sa Richesse des Nations (1). Tout cela ne peut s'expliquer que d'une seule manière, par une indifférence profonde et presque hostile pour les travaux des théoriciens, indignes de retenir l'attention d'un homme de bon sens, occupé de la pratique, et sur lequel devaient peser, pesaient ou avaient pesé les responsabilités effectives du pouvoir.

Est-ce l'effet seulement d'un immense orgueil? d'une méfiance de praticien à l'égard des faiseurs délivres? Oui, mais surtout d'une imparfaite compréhension de léconomie politique.

Si l'on veut chercher ie secret de Necker, on le trouvera peut-être dans un ouvrage qui n'a pas été analysé parce qu'il est posthume, et ne contient d'ailleurs que deux paragraphes concernant l'économique (2). C'est dans les

1 . Voyez sur ce point la Notice de Staël surNecker (OEuvres, I, p. 191). Dans les Dernières vues (éd. originale, p. 456, éd. Staël, XI, p. 238), on trouve un astérisque, et en note : Adam Smith. Necker a donc, dans les derniers temps de sa vie, fait en faveur de l'économiste anglais une exception, honorable et unique, à son principe de ne jamais citer d'auteur.

2. Manuscrits de M. Necker, publiés par sa fille, Genève, Paschoud? an XI 11. Ce volume contient : Du caractère de M. Necker et de sa vie privée, par Mme de Staël, p. 1 à 153. La pagination recommence ensuite: p. 1-206 des Pensées, sous 119 numéros, p. 207-222, des Esquisses de pensées, sous 26 numéros, enfin de 223 à 347 l'unique œuvre littéraire de Necker qui ait été publiée : Suites funestes d'une seule faute. Les

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