‹ Necker économisteChapitre 80 sur 87 · Dernières rues, Staël, t. XI, p · texte numérisé non relu

Dernières rues, Staël, t. XI, p

Pensées publiée dans les Manuscrits occupe le n° 1, et qui a disparu de l'édition Staël. MmfL de Staël nous donne comme écrit de « l'année dernière », donc en 1803, ce morceau qui présente selon elle « des idées tout à fait nouvelles ». Cet écrit, qui me parait plutôt une ébauche du livre publié sous le même nom, — nous y retrouvons maintes pages textuelles, et des passages caractéristiques du plus ancien style de Necker, comme la terre apportée d'une planète voisine et la comparaison des économistes au crocodile, — ne peut, à mon avis, servir en rien pour la recherche des opinions dernières de Necker.

Eu ce qui concerne le commerce extérieur, Necker est modérément protectionniste en principe, mais en fait, il considère la protection comme une nécessité pratique dont il s'accommode sans regret. Dans Y Eloge, il excuse Colbert d'avoir établi « quelques lois prohibitives, mais c'étaient des lois douces, dictées par la sagesse ; cétoient des institutions d'un père tendre, qui connoissant l'industrie de ses enfans les excite par de légères contraintes à recourir à leurs talents, et à connoitre leur propre force (1) ». Dans les Notes, où il s'explique davantage et consacre plusieurs paragraphes aux lois prohibitives, il se montre bien moins libéral.

11 ne s'agit plus de lois de protection destinées à permettre le développement des industries naissantes, mais d'une manière générale, des lois qui « multiplient les occupations en protégeant les manufactures ». 11 les tolère parce qu'elles existent aussi dans les autres pays, mais il est

1. Édition Académie, p. 35. — Lausanne, p. 211. — Staël, p. 39. C. Vacher de Lapouge i(j

favorable au traité qui les supprime : « Il faut y consentir, si la chance d'acheter ou de vendre paroit à peu près égale. » Il est partisan de leur abolition générale quand les industries « sont arrivées à déployer toute leur force ; elles devroient désirer que tous les Etats, d'un commun accord, abolissent ces lois. C'est le cas de la France, elle y gagneroit sûrement. Mais tant que les autres pays maintiennent leurs lois prohibitives, il est sage et politique d'observer une juste réciprocité (1). »

Dans le chapitre XXI de la Législation, Necker revient sur le même sujet, et dans le même esprit. Il discute contre les partisans de l'admission en franchise des marchandises étrangères, sans réciprocité. On lui dit : « Il faut permettre l'entrée des manufactures étrangères ; puisqu'on peut les acheter à meilleur marché que celles de France, c'est un bénéfice. » Il répond : « L'avantage de l'État ne peut jamais être l'effet du bénéfice de quelques particuliers, si ce bénéfice nuit à la richesse publique... La société sera exposée à perdre les habitans que cette fabrication occupoit. » On lui répond que les ouvriers de ces manufactures s'appliqueraient à d'autres ouvrages qu'on vendrait aux étrangers. Necker réplique : « Ce raisonnement ne seroit juste qu'autant qu'une réciprocité de commerce seroit établie et elle n'existe pas. »

Dix ans plus tard, après l'expérience du ministère, Necker n'a pas changé d'opinion, mais il est devenu plus avisé, plus fiscal : t Je crois qu'on doit préférer les droits d'entrée aux prohibitions absolues, parce qu'il n'est jamais

1. Édition Académie, p. 88. — Lausanne, p. 262. — Staël, p. 87

possible d'arrêter entièrement la contrebande... d'après ce principe, la mesure du droit d entrée devroit être proportionnée aux risques et au tarif, pour ainsi dire, du prix commun de la contrebande (1). » Les droits d'entrée ont l'avantage de procurer une ressource au Trésor tout en ménageant une protection suffisante.

Les physiocrates avaient en matière d'impôts une doctrine directement déduite de leur principe fondamental. L'impôt ne peut être pris que sur le produit net, puisqu'il est la seule partie de la richesse vraiment nouvelle, vraiment disponible, tout le reste étant nécessairement absorbé par le remboursement des avances ou l'entretien des classes agricoles et industrielles. Il est prélevé en vertu d'une sorte de copropriété du souverain sur la terre et par suite n'est supporté par personne. Gomme dit expressément Baudeau : « Ce n'est pas sur les propriétaires fonciers que s'exerce le droit du souverain, c'est sur la reproduction totale annuelle de l'Etat (2) ».

Les idées de Necker sont toutes différentes. Dans ses Notes (3), il définit ainsi l'impôt. « L'impôt est la contribution des citoyens aux besoins de la société. Cette contribution peut avoir lieu en travail, ou en subsistances, ou en d'autres richesses, ou en argent, enfin, qui les représente toutes. »I1 définit ensuite les diverses sortes d'impôts, leurs avantages et leurs inconvénients : a II y a deux sortes d'impôts ; les uns sur les productions, les autres

1. Admis tration, t. Il, p. 139. - Lausanne, t. I, p. 394. — Staël, t. IV, p. 561.

2. Introduction à la philosophie économique. Edit. princeps, p. 334; — Dubois, p. 125.

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