Ed. Académie, p. 33. — Lausanne, p. 210. — Staël, p
«Cette vie est à nous, diroient les autres, nous voulons la conserver, et toutes les lois de propriété seroient détruites.»
Un autre point de contact avec les socialistes existe certainement dans les idées de Necker sur la fatalité de la réduction du salaire des travailleurs au minimum nécessaire à leur subsistance, mais cette loi d airain a été formulée bien avant les socialistes, bien avant Ricardo, bien avant Necker, par les physiocrates et par bien d'autres. Nous avons vu d'autre part que l'exception de l'Angleterre ôtait à l'opinion de Necker sa portée absolue, et que pour lui la notion de subsistance ne se réduisait pas toujours à ce qui est strictement nécessaire à l'entretien de la vie.
La ferme conviction de Necker que le sort des classes pauvres peut être amélioré seulement par les institutions politiques, le rapproche également des socialistes. « Ceux qui n'ont rien, ont besoin... de lois politiques... qui tempèrent envers eux la force de la propriété ( I ) . »
Il a échappé à Sivers que précisément le despotisme qu'il suppose agréable à Necker, c'est à-dire celui du bon tyran, est compatible avec les principales formes du socialisme. C'est même un fait historique que toutes les réalisations du socialisme, en Egypte, en Chine, au Pérou, furent lœuvre de despotes et disparurent avec eux. Necker, d'ailleurs, n'était point partisan du despotisme. pas plus que ne le furent après lui la plupart de ceux qui cherchèrent à améliorer le sort des travailleurs par l'intervention de la loi.
Je désirerais donner maintenant quelques détails sur
i. Législation, Ed. originale, t. 11, p. 172. — Lausanne, p. 290. Staël, p. 335. — Molinari, p. 357.
diverses idées de Necker qui ne se présentent point dans ses œuvres avec un degré suffisant de précision.
Necker parle très souvent du prix, quelquefois de la valeur, souvent delà richesse. Attache-t il à ces divers mots un sens précis et technique, ou le sens vague de la langue courante?
Jai relevé, groupé et combiné sans résultat les passages nombreux où il emploie ces expressions. Je citerai à titre d'exemple les plus explicites.
Dans les Notes (1), Necker nous ditqu'« à mesure qu'il y a plus d'argent en Europe. .. les choses de la vie haussant de prix, il faut. . . une plus grande quantité de signes ou de monnoies. Mais cette augmentation n'est pas proportionnée à la hausse des prix». Les passages de la Législation qui paraissent présenter de l'intérêt sont plus nombreux : « Les prix ne sont que l'effet des rapports qui existent entre la convenance des vendeurs et celle des acheteurs entre les quantités à vendre et la somme des besoins, et ces rapports tiennent eux-mêmes à des vérités premières ; ainsi les prix, dans l'étude des vérités économiques, sont assez semblables aux degrés d'un thermomètre dans les observations du physicien ; ils annoncent la température de l'air, mais n'influent point sur elle... (2) »>. « Les prix qui ne sont que le résultat d'une cause quelconque ne peuvent se rapprocher davantage d'une certaine égalité; qu'autant que les circonstances qui influent sur eux sont elles-mêmes rendues plus égales (3) » .