‹ Necker, Sur la legislation et le commerce des grains. Montyon, Quelle influence ont les diverses especes d'impots sur la muralite, l'activite et l'industrie des peuples. J. Bentham, Lettres sur la defense de l'usure, Precedes de notices historiques sur chaque auteur, et accompagnes de commentaires et de notes explicativesChapitre 20 sur 96 · LES RICHESSES · texte numérisé non relu

LES RICHESSES

Avant de comparer enseml)le ces deux, grandes sources de puissance, il est important de faire connaître avec précision ce qu'on doit entendre, dans ce parallèle, par les richesses de l'État.

Ce ne sont pas d'abord les revenus du souverain ; car si ces revenus ont un rapport avec la fortune publique, ils en ont un aussi avec la sagesse ou limpéritie de ceux qui gouvernent , et qui ne mesurent pas toujours les impôts sur les facultés de la nation.

i^es richesses de l'État, dans le moment où on les compare à la population, ne seront pas non plus composées des biens qui sont essentiellement nécessaires à cette population; on ne pourra donc point comprendre alors sous le nom de richesses, ni la terre qui nourrit les honmies, ni les avances en outils, en animaux , en bâtiments, eu denrées nécessaires pour la semence ou poiu' la culture ; tous ces genres de biens font comme partie absolue de la population , car on ne peulj |)as sépai'cr l'homme de sa îstibsistancc.

Ainsi les seules richesses qui forment une puissance distincte de la population, ce sont les biens surabondants de toute espèce qui s'amassent par le temps dans une société, et qui, susceptil^les d être échangés contre les services des étrangers, peuvent augmenter la force publique.

Ces biens consistent principalement aujourd'hui dans les matières précieuses telles que l'or et l'argent, parce que ces métaux sont devenus la mesure commune des échanges, et le moyen certain d'acquérir partout les productions de la terre et les travaux des hommes.

Il est des Etats où ces richesses s'accroissent avec le nombre des habitants.

Il en est d'autres où l'on né peut acquérir ces richesses qu'aux dépens de la popdlatiou.

Qu'un pays, en effet, soit encore sauvage et dans sa naissance , ou qu'il n'ait reçu de la nature que du blé et quelques productions communes à toutes les autres contrées ; que ses habitants ne se distinguent par aucune sorte d'industrie particulière , l'argent et toutes les autres richesses précieuses ne pourront s'introduire chez une telle nation qu'en échange de ses blés : les hommes que ces grains nourriront ailleurs seront de moins chez elle; et il faudra quelle se prive d'une partie de la population dont elle était susceptible, pour acquérir des richesses.

Il est des sociétés plus fortunées , qui augmentent leur richesse en étendant le nombre de leurs citoyens ; telle est surtout la France, qui, par l'industrie variée de ses habitants, et par la culture de quelques productions précieuses particulières à son sol , paie tous les biens de l'univers qui lui font envie , et finit par attirer encore dans son sein, chaque année, une somme prodigieuse d'or et d'argent.

Depuis dix ans, la France a fait venir de l'étranger plus de blé qu'elle n'y en a envoyé; et cependant, depuis dix ans, ce royaume est devenu possesseur de près de la moitié des métaux qui se sont amassés en Europe pendant cet intervalle '.

Certainement, dans un tel pays, la population concourt à la richesse; mais cette richesse, pût-elle s'accroître par la vente des denrées de né-

• 11 est venu d'Amérique, depuis 10 ans, cent dix à cent vingt millions chaque année. Quinze millions environ ont passé annuellciiient dans les Indes ou à la Chine, par le couiuierce de France , de Hollande , de Suède et de Danemark. Resterait donc tous les ans en Europe environ cent millions.

La France a monnayé quarante-trois millions par an, l'un dans l'autre, depuis di\ années; et cet argent reste en entier en France; car tant que ce royaume reçoit de nouvelles sommes en métaux non monnayés, on ne peut pas en exporter des métaux monnayés qui coûtent deux pour cent de façon ; un tel commerce est iujpossihle, ou s'il sort quelquefois des espèces de France, elles rentrent dans un autre moment.

Or, à ces quarante-trois millions monnayés, si l'on peut eu ajouter sept convertis en augmentation de vaisselle, de bijoux et en d'autres ouvrages, ce qui ne paraît pas excessif, ce serait en tout cinquante millions de métaux précieux accumulés en France chaque année; ainsi l'on ne court pas le ris(|ue d'une grande erreur, en présumant (lue la France reçoit près de la moitié des métaux qui s'amassent eu Europe.

{Note de l'Auteur.)

±iS iNECKEn.

cessilé, un pareil accroissement de fortune, acquis aux dépens de la population, ne serait ni sage ni politique.

La richessse et la population sont deux sources de puissance : mais la population est une force bien plus certaine.

Si les richesses mobiliaires dont les différents membres d'un Ktal peuvent disposer suffisaient pour constituer la puissance, la république de Gènes jouerait un plus grand rôle en Europe que le royaume de Suède ; mais ce genre de richesses ne concourt à la force nationale que par le moyen des impôts, et les propriétaires de ces richesses les cachent, les dissimulent, ou se transportent ailleurs avec elles, lorsque l'État en demande une trop grande part.

D'ailleurs ces richesses mêmes, entre les mains du sôYiverain, ne deviennent une force additionnelle à la population dun empire qu'autant que, par des traités avec d'autres puissances, on obtient d'elles ou des troupes auxiliaires, ou la permission de faire des reciues dans leurs Etats ; au lieu qu'une population nombreuse est une force par ellemême, indépendante de tout pacte quelconque: et dans les circonstances actuelles de l'Europe, où la perfection de la discipline et des talents militaires met les soldats en mouvement avec une rapidité prodigieuse, la population acquiert un nouveau degré de supériorité sur l'argent, puisqu'on ne peut convertir cette richesse en augmentation de puissance que par le secours plus ou moins lent des négociations.

S'il s'introduisait enfin une politique qui fit de la force le droit des gens, bientôt à la guerre on n'observerait aucune règle dans les hostilités, l'on exigerait partout au lieu de payer, et la richesse deviendrait encore un peu moins essentielle à la puissance ; car les métaux précieux ne se convertissant dans les biens véritablement utiles ou agréables aux hommes quepai' l'effet d'une convention, à mesure que l'esprit de convention s'affaOîlira parmi les souverains, l'argent sera moins nécessaire pour conquérir ou pour se défendre.

Enfin il est des pays oii les richesses ne s'accumuleront jamais ; il en est d'autres où elles se rendront toujours sans effort. C'est en vain qu'un État gagne de l'argent par le commerce et par la vente de ses productions; cet argent suit le sort des personnes qui le possèdent, et Ton ne verra jamais longtemps de gros propriétaires de richesses mobiliaires dans les pays despotiques ni sous un ciel rigoureux. Les hommes qui disposent de beaucoup d'argent veulent obtenir tous les avantages qu'il procure, et, maîtres de le transporter partout où le bonheur les appelle, ils seront toujours entraînés vers les climats tempérés, vers les pays où les arts et les sciences fleurissent, où les mœurs des habitants sont douces, où la société est facile, où les lois sont sages, où les préjugés ont le moins d'éiiergie. C'est dans le très-petit nombre de pareilles contrées que l'argent ira toujours se concentrer. Ainsi l'inquiétude de leurs gouvernements doit se porter principalemcMit vers rcntrclien de la popula-

LÉGISLATION ICT COMMERCE DES GlUliNS. -2iy

lion qui , dans l'état actuel de la politique , deviendra de plus en plus la force essentielle des États, et qui s'accordera toujours en France avec raccroissement de ses richesses.

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