‹ Necker, Sur la legislation et le commerce des grains. Montyon, Quelle influence ont les diverses especes d'impots sur la muralite, l'activite et l'industrie des peuples. J. Bentham, Lettres sur la defense de l'usure, Precedes de notices historiques sur chaque auteur, et accompagnes de commentaires et de notes explicativesChapitre 22 sur 96 · CHAP. XIV. — SUR LES PRIX · texte numérisé non relu

CHAP. XIV. — SUR LES PRIX

Les prix ne sont que l'effet des rapports qui existent entre la convenance des vendeurs et celle des acheteurs, entre les quantités à vendre et la somme des besoins , et ces rapports tiennent eux-mêmes à des causes premières ; ainsi les prix, dans l'étude des vérités économiques, sont assez semblables aux degrés d'un thermomètre dans les observations du physicien ; ils annoncent la température de l'air , mais ils n'influent point sur elle.

C'est en vain cependant qu'on voudrait fixer uniquement l'attention sur les grandes circonstances qui gouvernent les prix. Bans les questions abstraites, ou ne peut jamais voir d'une manière sensible la chaîne qui lie les causes premières avec leurs effets ; l'homme du bien pubhe , le souverain, remplit par sa pensée l'intervalle qui existe entre les sources de la prospérité d'un État et les différents intérêts particuliers ; mais l'homme privé , comme perdu dans ce grand espace , ou guidé par un flambeau qui n'éclaire que lui , ramène tout à ses calculs familiers : c'est ainsi que, dans les dispositions relatives aux grains , il n'observe que-leur impression sur les prix; c'est un fait simple qu'il saisit lapideraent, et sur lequel il mesure avec facilité sa convenance.

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En général, les prix sont le premier objet de la réflexion des hommes, le motif le plus prochain de leur détermination ; c'est une vérité de morale autant que d'économie politique.

Dans ce commerce continuel d'argent, d'esprit, d'opinions et de louanges établi dans le monde, chacun \eut que ce qu'il distribue soit estimé, afin d'avoir en échange d'autant plus de ce qu'il désire ; et c'est ainsi que le mot de prix, en exprimant la valeur que les autres mettent à ce qui nous appartient, est devenu le terme le plus général de la langue, celui qui représente notre intérêt le plus constant et notre idée la plus habituelle.

Quoi qu'il en soit , les hommes, accoutumés à subordonner à ce mot toutes leurs combinaisons, y rapportent aussi leur jugement sur le bien public ; et de cette manière le propriétaire de terre croit à la prospérité de l'État, quand il vend cher sa denrée ; tandis que l'homme qui vit de son industrie attrDîuetous ses maux à la cherté des grains.

Il faut donc nécessairement suivre les hommes dans leur manière habituelle de raisonner, et voir si les idées qu'on se fait des prix , et les conséquences qu'on en tire, sont contraires aux opinions que nous avons établies. ]Vous ne tarderons pas à reconnaître que l'intérêt général de la société, à telle hauteur qu'on Tait pris , demeure toujours le même , sous quelque aspect plus ou moins subalterne qu'on vienne ensuite à l'envisager.

CHAP. X'V. — QUEL EFFET PRODUIRAIT SUR LES PRIX LA LIBERTÉ CO>- STAÎVTE d'exporter LES GRAINS.

La liberté constante d'exporter des blés augmente dans un pays les moyens de vendre, puisqu'elle admet au marché les acheteurs étrangers ainsi que les nationaux.

Cette liberté n'augmente pas en même temps les moyens d'acheter au dehors, puisqu'elle n'assujettit les étrangers à aucune réciprocité.

Il est donc manifeste que la permission constante d'exporter des grains doit tenir les prix plus hauts que la loi de prohibition.

Cette même liberté constante doit aussi occasionner des écarts considérables dans les prix, parce qu'elle n'est pas une sauvegarde contre une exportation inconsidérée, et qu'une exportation de cette nature , quoique médiocre eu quantité , peut quelquefois donner lieu à une hausse excessive , ainsi que nous l'avons déjà développé. Enfin les prix, qui ne sont que le résultat d'une cause quelconque , ne peuvent se rapprocher davantage dune certaine égalité , qu'autant que les circonstances qui influent sur eux sont elles-mêmes rendues plus égales. Ainsi, que la France autorise les nations étrangères à venir enlever ses blés dans leurs besoins, si ces nations lui accordent la même permission , et

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qu'on puisse compter sur leur engagement à cet égard (deux suppositions vaines), l'égalité des prix sera favorisée , puisqu'un cliamp plus vaste sera ouvert à des secours mutuels. Mais que la France ouvre ses greniers aux étrangers, tandis qu'ils lui ferment les siens, l'inégalité est manifeste. Enfin qu'elle les ouvre indistinctement à toutes les nations , tandis qu'une partie d'entre elles seulement lui rendront le réciproque , cette inégalité, moins palpable, n'en est pas moins une encore ; car si les Flamands, les Anglais, les Savoyards, les Suisses, etc., ont la permission d'exporter des blés de France, un espace de huit jours leur suffira pour en faire usage : mais si ces nations refusent toute réciprocité , la France ne pourra recourir dans ses besoins qu'à l'Amérique, à la Barbarie, ou au Nord de l'Europe ( pays qui , les uns par leur éloignement, les autres par les obstacles que les saisons mettent à leur navigation , ne peuvent donner du secours que dans l'espace de deux, trois ou quatre mois), et il résultera de cette disparité des effets inégaux, et par conséquent des écarts dans les prix plus fréquents ou plus faciles.

Ainsi , au milieu du système prohibitif plus ou moins étendu qu'observent les diverses nations de l'Europe , une loi qui permettrait constamment en France la libre exportation des grains , ne serait qu'un moyen de joindre aux accidents intérieurs qui influent sur les prix , tous ceux auxquels les nations étrangères pourraient être sujettes ; ce serait exposer la France à se ressentir de leurs besoins, de leur inquiétude , de leur politique , sans lui assurer des secours réciproques dans les temps de disette ou d'alarme.

CHAP. XVI. — LE HAUT PRIX CONSTANT DES BLES n'eST PAS NECES- SAIRE A l'encouragement de l'agriculture : RAPPORT DU PRIX DE CETTE DENRÉE AVEC LE TRAVAIL.

L'introduction des monnaies dans la société a rendu les échanges beaucoup plus commodes , en permettant de les rapporter tous à une mesure commune ; mais cet usage a rendu plus difficile l'entretien d'une sage harmonie entre les droits respectifs des trois grandes classes de la société, les propriétaires, les hommes industrieux et le souverain.

En effet, à mesure que les sociétés se sont étendues, que la population s'est augmentée , que les richesses se sont accumulées , que les emprunts se sont introduits, .et que la somme du numéraire a varié , tous les rapports primitifs sont devenus plus confus , et chacune de ces trois classes de la société a pu abuser de ses forces et des circonstances avec beaucoup plus d'obscurité , et par conséquent avec plus de hardiesse et d'indifférence.

Le souverain, qui n'aurait point osé demander plus d'une ou deux dîmes à ses peuples, si l'on avait dû les acquitter en Jialure, a déguisé

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facilement rinjustice de ses prélciitious, lorsqu'il a pu les désigner par une somme en argent dont le rapport avec les facultés de ses sujets n'était plus aperçu.

Les propriétaires, à leur tour, qui auraient rougi de jouir du travail continuel d'un de leurs semblables, sans lui procurer une subsistance lionnète , ont pu se livrer sans trouble à leur cupidité tyrannique , lorsque ce travail, évalué en argent, les a dispensés d'examiner si, avec cet argent, l'bomme de peine pouvait pourvoir en tout temps à ses besoins. Au milieu de cette confusion et des secousses continuelles dans les prix du travail ou des denrées et dans la somme des impôts, l'homme observateur a quelquefois de la peine à démêler le véritable intérêt public, et le vœu d'une classe entière de la société ne sert souvent qu'à l'égarer.

Tâchons de nous défendre de ces nombreuses illusions, et de réduire à des notions simples le rapport du prix des grains avec l'encouragement de l'agriculture. Pour y parvenir, supposons d'abord l'usage des monnaies inconnu dans une société ; le propriétaire d'un revenu équivalant à la subsistance annuelle de cinquante hommes, pourrait exprimer sa fortune d'une manière abstraite, mais sensible, en disant ( après avoir distrait sa propre nourriture) : J'ai quarante-neuf subsistances dont je puis disposer.

Pour jouir d'un tel superflu, ce même propriétaire destinerait ces subsistances à nourrir des hommes sans propriété, et il obtiendrait en échange le fruit de leur industrie.

Alors un ouvrage quelconque, qui aurait exigé un an de travail , vaudrait nécessairement une subsistance ; et l'ouvrage fait en six mois ne vaudrait qu'une demi-subsistance.

Un artiste intelligent, profitant de la rareté de son talent et de la concurrence des propriétaires empressés à en jouir, demanderait pour prix de son travail, non-seulement une subsistance pour lui, mais encore celle de dix personnes dévouées à le servir ; alors l'ouvrage de cet artiste vaudrait nécessairement onze subsistances.

C'en est assez pour faire voir comment le prix du travail d'un homme grossier qui n'a que de la force, et le prix du talent d'un homme habile sont tous deux également composés du prix des subsistances \

Qu'on introduise maintenant dans cette société une monnaie quelconque pour servir de mesure générale dansions les échanges, les raj) ports que nous venons d'établir ne changeront point, si la même ])ièco de monnaie représente le produit du travail d'un homme, et ce que nous avons appelé la subsistance. Or, c'est ce qui ne peut manquer d'arriver;

' Sous le mot de subsistance, je comprends, outre la nourriture de riiomme de travail, la portion qu'il devait céder à ceux qui lui faisaient un habit ou lui construisaient une cabane, s'il n'avait pas le talent ou la liberté de s'occuper de ces soins lui-niènie ; eu sorte que tous les besoins de nécessité absoluo ifntrtnt ainsi mii;s «c mol de sh/jsistd/nr.

Llî:ClSLAT[ON KT COMMEKCi: DES GRAINS. 241

rar le rapport entre le travail et sa récompense ne tient pas au nooi ({u'on donne à cette récompense, mais aux degrés respectifs de besoins et de pouvoir qui existent entre les propriétaires qui se font servir, et les hommes sans propriété qui les servent.

Que gagnera donc un propriétaire à vendre les subsistances dont il dispose pour une valeur d'argent plus ou moins considérable, si le travail qu'il veut acheter en échange renchérit en proportion? Quel encou ragement aura-t-il de plus à cultiver?

On me répondra sans doute : A^otre théorie ne réussira point ; elle est trop contraire aux idées les plus communes et les plus générales ; elle est même démentie par l'expérience. Comment nous persuaderezvous, diront les possesseurs de terres, que nous n'avons pas plus d'intérêt à cultiver, quand le setier vaut trente livres que lorsqu'il n'en vaut que vingt? Si vous ne nous croyez point , voyez l'effet de l'édit de 1764 , qui, en renchérissant les prix par la liberté de l'exportation, aoccasionné beaucoup de défrichements.

Une théorie qui serait constamment eu opposition avec les faits serait sans doute très-peu digne de foi ; mais ceux qui viennent de servir de base à l'objection que je me suis faite, ne détruisent point la proposition que j'avais établie.

Dans un espace de temps donné, le prix constant des grains, quel qu'il soit, doit être indifférent aux propriétaires de teiTCs; mais le renchérissement de cette denrée est un bénéfice plus ou moins durable pour eux, et c'en est assez pour que cette circonstance soit l'objet de leui's vœux et les engage à défricher, comme il est arrivé par l'effet de l'édit de 1764.

Il faut donc distinguer le haut prix constant d'avec le renchérissement. Le haut prix constant des blés n'améliore point le sort des propriétaires de terres, parce que le prix du travail s'y conforme; mais le renchérissement, c'est à-dire le passage du bas prix au haut prix, et les premiers temps de cherté, procurent un avantage réel à ces mêmes propriétaires ; car tandis qu'ils augmentant le prix de leurs denrées, ils résistent à hausser celui du travail , ils combattent du moins contre les prétentions des ouvriers; et tant qu'une disproportion subsiste, les propriétaires profitent de toute la souffrance de l'homme- de peine et ils aperçoivent ainsi dans la culture un bénéfice nouveau qui peut les engager à des défrichements. IMais cet avantage disparait à mesure que l'homme industrieux parvient cà renchérir le prix de son temps, et que les anciens rapports se rétablissent.

Qu'importe! peut-on dire, en attendant cette espèce de nivellement qui détruira le bénéfice momentané des propriétaires , ils auront défriché quelques terres , et la société entière deviendra plus riche et plus puissante.

J'en conviens ; mais de tous les encouragements dont l'agriculture est {Mé^anq^s, T. II.) 16

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susceptible, c^4iù qui résulte du renchérissement de la denrée de nécessité paraît, sans contredit, le moins convenable ; car c'est un encouragement qui n'a lieu qu'aux dépens du bonheur de la multitude et du repos général. C'est en dernière annalyse un encouragement semblable à une capitation immense et rigoureuse, imposée momentanément sur tous les hommes de travail, au bénéfice de tous les hommes à propriété, encore cette dernière manière serait-elle moins affligeante, parce qu'on en connaîtrait les bornes, et que l'abus cesserait par son évidence ; mais lorsque les propriétaires haussent le prix, de la denrée et se défendent de hausser le prix de la main-d'œuvre des hommes industrieux, il s'établit entre ces deux classes de la société une sorte de combat obscur, mais terrible, où l'on ne peut pas compter le nombre des malheureux, où le fort opprime le faible à l'abri des lois, où la propriété accable du poids de ses prérogatives l'homme qui vit du travail de ses mains.

Lorsque le pain était à un prix modéré, l'artisan nourrissait sa famille et ménageait une petite réserve pour suppléer à quelque maladie. Si le prix vient à monter sensiblement , il est contraint de renoncer à cette épargne salutaire; il faut peut-être qu'il diminue la nourriture habituelle de ses enfants; il faut qu'il se rende sourd à leurs larmes, ou qu'il se prive lui-même de la subsistance nécessaire à l'entretien de ses forces. Enfin, à mesure que le pain renchérit, l'empire du propriétaire augmente ; car dès que l'artisan ou l'homme de campagne n'ont plus de réserve, ils ne peuvent plus disputer ; il faut qu'ils travaillent aujourd'hui sous peine de mourir demain, et dans ce combat d'intérêt entre le propriétaire et l'ouvrier, l'un met au jeu sa vie et celle de sa famille, et l'autre un simple retard dans l'accroissement de son luxe. Souvent même l'industrie n'est ])oint arrêtée, et la détresse n'est que domestique : car le propriétaire, qui ne jouit que du travail qu'on lui consacre, se contente de supputer ce qu'il faut à la subsistance de l'homme qu'il emploie, et il ne regarde pas derrière ce malheureux la femme et les enfants qu'il doit nourrir : c'est ainsi que la misère s'accroît de la misère même.

Je ne mets point cependant au nombre des renchérissements dangereux celui qui provient de l'augmentation annuelle de l'argent en Eu rope, parce qu'un tel renchérissement étant insensible, le prix de la main-d'œuvre .s'y proportionne sans elFort; et par cette même raison, ce genre de renchérissement n'augmente point les bénéfices attachés à la culture.

Ce sont les hausses rapides et sensibles qui offrent un avantage plus ou moins durable aux propriétaires ; mais désirons aux travaux rustiques d'autres encouragements. Lorsque, dans un pays tel que la France, des terres restent encore incultes, manque-t-il de moyens à une administration éclairée pour exciter des défrichements sans convulsion et sans dommage envers personne? Non, sans doute ; une avance faite aux possesseurs de ces terres, une franchise momentanée d'impôts, une mauu-

LÉr.lSLATlOiN I;ï COMMEHCF. des GUAINS. 243

facture établie dans le voisinage, un canal creusé, une rivière rendue plus navigable, la baisse générale de l'intérêt de l'argent, suite d'une sage administration : voilà des moyens immanquables pour exciter la culture.

Car comment ne cultivcra-t on pas toute terre (|ui rend cinq ou six pour un, si par le prix modique du crédit général, ou le secours du représentant de la société, on trouve les premières avances? si, par quelque fabrique attirée dans le voisinage, on assure un échange convenable des denrées superflues, ou si la facilité des communications permet cet échange un peu plus au loin? et combien d'autres encouragements ne peut-on pas trouver qui , particuliers aux terres qu'il faut défricher, n'ébranleraient pas l'ordre public comme la hausse générale du prix des subsistances et produiraient en même temps un effet plus certain et plus permanent ?

Car supposons que les blés montent tout à coup de vingt à trente livres sans que les salaires varient, et qu'a cette condition seule un propriétaire puisse trouver son compte à entreprendre une nou\elle culture ; il j devra nécessairement renoncer, lorsque le prix du travail aura suivi dans sa marche la hausse des denrées , puisque son bénéfice passager sera détruit.

Qu'on encourage donc l'agrif ulture par des moyens naturels, durables et tranquilles ; il n'est rien de plus digne de louanges, ni rien heureusement de plus facile dans un pays tel que la France : mais tendre à ce but par dp? renchérissements subits ; mais, pour occasionner le défrichement de vingt mille arpents, déranger l'harmonie établie entre le prix des productions d'un royaume de vingt- cinq mille lieues carrées, et le produit du travail de la portion industrieuse de vingt-quatre millions d'habitants ; animer ainsi le riche par la souffrance du pauvre, et déléguer pour encouragement de l'agriculture une part sur le nécessaire du peuple, c'est, sans contredit, entre tous !es moyens d'exciter cette agriculture, le moins raisonnable, le plus dangereux et le plus contraire aux principes d'une saine administration ^

' Voilà bien des déclamations. Selon sa coutume, M. Necker part encore d'une hypothèse au lieu de s'appuyer sur une observation. Il suppose que la production des céréales dans le pays, est sinon une quantité fixe, du moins une quantité peu susceptible d'augmentation, et, en conséquence, que tout accroissement de la demande, pi ovenaiit de l'agrandissement du débouché, d<;it se traduire en une hausse du prix. Il est bien évident cependant qu'à l'époque où écrivait M. Neckor, l'agriculture française étnii fort loin de son maximum ne production, puisqu'elle ne nourrissait que '?.'i millions d'individus, tandis qu'aujourd'hui elle en nourrit 36 millions. Il y avait donc <le la marge pour l'exportation. D'ailleurs si le prix avait haussé d'une manière anormale, est-ce que l'étranger aurait continué ses achats? Des concurrences ne se seraient-elles pas établies au dehors.' La liberté d'exportation pouvait, sans doute, avoir pour effet innnédiat d'élever le prix, mais il était évident que cette hausse n'aurait été que temporaire ; disons plus, il était évident que le prix serait tombé bientôt au-dessous du niveau antérieur, car l'augmentation de la demande aurait inévitablement stimulé le progrès agricole. Or [tout progrès

Ui NKCKEH.

CHAP. XVIT. RAPPORT DU PRIX DES GRAIiSS AVEC LES IMPÔTS.

J'ai montré que le haut prix constant des blés n'était pas un profit pour les propriétaires, parce que le pri\ du travail qu'ils achètent en échange s'y conformait. Mais si l'impôt ne se proportionne point à ces renchérissements, le propriétaire de terres ne fera-t-il pas un gain sensible sur la portion de ses revenus destinée à cette contribution? Car, s'il était obligé de consacrer cent setiers de blé au paiement des tributs, il pourra les acquitter avec soixante, si le prix de la denrée est monté dans cette proportion ; ainsi Yoilà un bénéfice certain pour les propriétaires.

Pour bien juger de cette objection, voyons quel est l'effet du renchérissement subit de la denrée de nécessité à l'égard du trésor du prince.

Ce trésor ne reçoit que pour dépenser , et une partie de ses dépenses sont fixes, les autres sont variables.

Les dépenses fixes sont les appointements, les pensions, les gages, les rentes, et tous les paiements qui ne sont pas susceptibles d'altération.

Les dépenses variables sont les fournitures de toute espèce , et les travaux libres de différents genres, dont les prix sont déterminés en raison des circonstances.

Développons l'effet du renchérissemeftt de la denrée de nécessité sur ces deux sources de dépenses.

liSFLUENCE DU SURHAUSSEMENT DES BLES SUR LES DÉPEîSSES FIXES DU

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