‹ Necker, Sur la legislation et le commerce des grains. Montyon, Quelle influence ont les diverses especes d'impots sur la muralite, l'activite et l'industrie des peuples. J. Bentham, Lettres sur la defense de l'usure, Precedes de notices historiques sur chaque auteur, et accompagnes de commentaires et de notes explicativesChapitre 28 sur 96 · DES BLÉS · texte numérisé non relu

DES BLÉS

Nous avons vu que la libre exportation des grains pouvait être nuisible il la société, soit en occasionnant un vide réel, soit en privant le royaume d'un superflu absolument nécessaire.

La loi de 1764 crut mettre obstacle aux abus de l'exportation en la défendant lorsque le prix s'élèverait à trente livres le setier.

On présuma sans doute, qu'il pouvait être contraire à l'intérêt général que le prix de cette denrée s'élevât davantage.

Je ne m'arrêterai pas, dans ce moment, à discuter si ce prix même était trop distant du prix habituel de la main-d'œuvre, et s'il convenait d'augmenter ainsi rapidement le bénéfice momentané des propriétaires de terre, aux dépens de l'aisance du peuple, et peut-être au risque de contrarier les établissements d'industrie, l ne telle discussion n'entre pas ici dans mon sujet; mais je dois montrer que le dessein même d'empêcher que le prix des blés en France n'excédât pas trente livres, n'était nullement rempli par la loi qui défendait l'exportation à cette limite.

Le prix des blés dépend essentiellement de la somme du superflu qui entretient une sorte de balance entre les forces inégales des acheteurs et des vendeurs de cette denrée; or, dans le commencement d'une récolte, la denrée abondant de toutes parts, on ne peut jamais comparer avec quelque justesse la somme des besoins et la quantité de blés qui existe ; il est possible alors qu'on fasse sortir du royaume une partie essentielle du superflu de Tannée, sans que le prix s'élève au-dessus de trente livres.

Mais à mesur(; ([ue la consommation diminue partout la quantité de blés répandue dans le royaume, il devient plus facile déjuger des rapports entre cette quantité et la somme des besoins ; c'est alors que la partie du superflu qu'on a fait sortir produit un elfet très-sensible dans l'opinion ; et la même exportation qui n'avait pas élevé le ])rix à trente livres, immédiatement après la récolte, peut être cause qu'il monte à quarante ou cinquante \ ers la fin de l'année.

Lnfin, peu de temps après la moisson, le prix des grains dans uiu

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province ne se forme guère qu'en raison de l'abondance de la récolte de cette même province; ce n'est que peu à peu, et par la communication des différents avis d'un bout de la France à l'autre, que les prix s'établissent en raison des circonstances générales du royaume.

Il résulte de ces observations, que la détermination dun prix pour la sortie des blés, ne peut être une sauvegarde qu'autant que ce prix est fixé très-bas.

Mais alors on tombe dans un autre inconvénient, beaucoup moins fâcheux à la vérité, mais qu'il faut cependant indiquer, afin de présenter cet objet sous toutes ses faces.

Je suppose que le prix pour la sortie des blés soit fixé à vingt livres ; une suite de bonne récoltes, et les précautions même prises pour s'opposer à l'exportation, amènent les grains cà cette limite dans quelques provinces frontières, et l'on en vend alors une quantité aux étrangers; mais ces mêmes étrangers, chez qui le blé était plus cher depuis longtemps, auraient également acheté à vingt-cinq livres, si l'exportation avait été permise plutôt ; ainsi la loi qui a mis obstacle à cette sortie, tant que les blés n'étaient pas à vingt livres, devient un dommage réel pour le royaume, puisque c'est autant d'argent de moins qu'il reçoit en échange de ses productions.

C'est ainsi que la détermination d'un prix pour l'exportation, est dans tous les cas une modification soumise à quelques inconvénients.

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